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[CRITIQUE] : The Rip



Réalisateur : Joe Carnahan
Acteurs : Matt Damon, Ben Affleck, Steven Yeun, Sasha Calle, Teyana Taylor, Catalina Sandina Moreno, Kyle Chandler, Scott Adkins,...
Distributeur : Netflix France
Budget : -
Genre : Action, Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h13min

Synopsis :
La méfiance s'installe au cœur d'une équipe de flics de Miami après la découverte de millions en cash dans une planque abandonnée. À mesure que se répand la nouvelle de l'ampleur de la saisie, plus personne ne sait quoi penser... ni à qui se fier.




 
Joe Carnahan ne fait peut-être pas partie des premiers noms à venir quand il s’agit de citer des réalisateurs américains spécialisés dans le film d’action mais force est d’admettre qu’il dispose de plus d’un tour dans son sac, et ce malgré une carrière qui le voit réduit aux yeux de certains à de la série B facile. Pourtant, nous conservons en tête des bons souvenirs de différents titres de sa part, comme son Agence tout risque qui avait la qualité de reposer sur une bonne alchimie de groupe. Le voir arriver avec un pitch comme The Rip ne pouvait donc que nous intriguer.

S’ouvrant sur une enquête concernant la mort d’une policière, le film va dévier vers une forme de huis-clos quand une équipe de police décide de suivre un tuyau concernant une somme d’argent cachée par un gang dans une maison. La tension va monter progressivement quand ils vont finir par découvrir un montant largement supérieur à celui reçu, dépassant les 20 millions de dollars, un chiffre qui ne peut que mener à des trahisons ou un piège éventuel…

Copyright Claire Folger/Netflix

Si le film profite dans sa promotion de la présence bromantique de Matt Damon et Ben Affleck, il faut bien admettre que le reste du casting est à l’avenant en captant la montée progressive des enjeux et la multiplicité de doutes. Joe Carnahan passe même le cap de l’efficacité visuelle en gérant ce décor de quartier à la paix factice avec une tension évidente. Ici, les maisons sont moins des refuges que de potentielles menaces et la nature vidée des lieux participe à créer une angoisse proche par moments du cinéma d’horreur. L’investigation parvient à trouver de bons retournements et à aller dans une construction narrative solide, à l’instar de la caméra de Joe Carnahan. La question policière en filigrane aurait pu être plus appuyée mais le fil du récit est assez fort pour maintenir son intérêt avec un rythme soutenu.

Que les amateurs de thrillers policiers se réjouissent : The Rip constitue une excellente proposition allant dans la solidité du ton de Joe Carnahan, en maîtrise de son scénario et de sa mise en scène. La gestion d’un décorum américain vidé de toute humanité pour mieux souligner la nature viciée de celui-ci s’avère fruit d’une bonne tension, tout en ayant un casting qui porte bien l’intrigue. Cela rappellera sans doute que si son réalisateur n’est peut-être pas un gros nom du milieu, il en reste un très bon artisan parvenant à offrir ce que le public attend de lui et même un peu plus avec ce titre.


Liam Debruel



Copyright Claire Folger/Netflix


Au-delà du fait qu'il n'ait jamais réellement eu le rayonnement qu'il aurait pu mériter (excepté peut-être l'enthousiasme suscité par ses débuts), on peut pourtant décemment voir Joe Carnahan comme le versant populaire de Quentin Tarantino, dans le sens où il n'a jamais concocté de bandes ayant une prétention à n'être plus que des séries B de luxes, des films furieusement marqués par sa cinéphilie débordante et burnée, sans qu'ils ne soient frappés par une quelconque fétichisation de la culture populaire.
Pour les bouffeurs de VHS de la grande époque, il serait le tonton rigolard et fun qui te flanquerait une bonne claque dans le dos, en te laissant carte blanche pour te perdre au coeur d'une collection de bonnes bisseries qui tâchent et sentent bon le sang et la poudre... et on aime toujours ses tontons là.

Sauf que le tonton en question nous avait laissé sur un sacré foutage de gueule, totalement indigne de son aura, l'immonde Shadow Force, sorte de condensé confus et amorphe de tous les spy movies récents, jouant sur l'impossibilité de tout agent/espion à pouvoir faire coïncider une vie professionnelle violente, à une intimité dite " normale " (piochez à l'aveugle entre Mr. and Mrs. SmithThe Family PlanRole Play où encore le tout récent Back in Action), voguant avec assurance sur la voie de la narration schématique et stéréotypée dénuée de toute profondeur.

Copyright Claire Folger/Netflix

Le tout en bazardant mignon la moindre de ses séquences d'action avec un déficit de rythme et une nonchalance irritante (explosions, fusillades, courses-poursuites en bateau ou à Mustang, combats au corps à corps : tout y passe mais rien n'est filmé avec inspiration où envie, même dans un dernier acte qui dégueule tout ce qu'il peut à la tronche de son auditoire).
Rien de plus au fond, qu'une énième déclinaison prête à l'emploi d'une formule éculée et obsolète depuis plusieurs décennies - parfait pour le catalogue Prime Vidéo -, qui venait un poil salopé notre amour pour le bonhomme, comme encore un peu plus diminuer les chances de notre Omar Sy national de percer à Hollywood (le succès monstrueux de Lupin ne fait pas tout).

Difficile était-il alors de ne pas craindre une seconde coloscopie visuelle avec le pourtant méchamment alléchant The Rip, réunion testostéronée entre Matt Dmaon et Ben Affleck sous le regard amoureux d'une Netflix ayant mis gentiment les petits plats dans les grands (Kyle Chandler, Steven Yeun, Sasha Calle, Teyana Taylor et Scott Adkins pour tenir les bougies : du lourd).
Petite erreur hâtive de jugement, tant Carnahan prend le pli du Training Day du tandem Fuqua/Ayer tout en lui plaquant un vernis mi-hard boiled, mi-actionner débridé certes pas toujours maîtrisé mais indéniablement généreux, pour accoucher d'une séance hautement efficace - mais pas sans heurts - que l'on attendait pas/plus de sa part

Partant d'un pitch taillé à la serpe (une routine de good cop, bad cop flanqué sur une seule nuit tournant autour de la découverte de 20 millions en cash dans une planque abandonnée : des flics corrompus en embuscade, un cartel dans l'ombre et une équipe constamment sur ses gardes qui ne sait pas sur qui et à qui se fier - et encore plus après la mort suspecte de leur capitaine -, tout le bingo y est), le papa de Narc déroule un petit bout de cinéma à l'ancienne, virile, sauvage et un brin (restons poli) caricatural sans jamais apparaître ni superficiel ni trop bricolé sur les bords (quoique), où la tension réside tout autant dans les intentions que dans les gestes qui mènent au drame.

Copyright Claire Folger/Netflix

S'il se pense sans doute (peut-être un peu trop) plus malin qu'il ne l'est (une habitude avec le Joe, que ce soit dans ses flashbacks explicatifs faciles où ses histoires tragiques convenues et dramatiquement sous-exploitées), et qu'il tourne peut-être un peu trop sur la dynamique du duo Affleck/Damon solide en flics BFF et bourrus (même si Teyana Taylor et, surtout, Sasha Calle, arrivent à gentiment marquer la rétine), The Rip, qui aurait évidemment pu boxer dans une autre catégorie vu les pointures à disposition, réussit néanmoins là où un Sabotage s'était cassé la pellicule, en incarnant une fausse bisserie burnée et tapageuse comme on les aime, une bravade musclée et pulp qui envoie suffisamment de petits bois pour se sentir au chaud en ce mois de janvier un brin frisqué.

On a vu mieux donc mais surtout tellement pire, venant de Netflix comme de ce bon vieux Carnahan...


Jonathan Chevrier