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[CRITIQUE] : L’affaire Bojarski



Réalisateur : Jean-Paul Salomé
Acteurs : Reda Kateb, Sara Giraudeau, Bastien Bouillon, Pierre Lottin, Camille Japy,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 2h08min.

Synopsis :
Jan Bojarski, jeune ingénieur polonais, se réfugie en France pendant la guerre. Il y utilise ses dons pour fabriquer des faux papiers pendant l’occupation allemande. Après la guerre, son absence d’état civil l’empêche de déposer les brevets de ses nombreuses inventions et il est limité à des petits boulots mal rémunérés… jusqu’au jour où un gangster lui propose d’utiliser ses talents exceptionnels pour fabriquer des faux billets. Démarre alors pour lui une double vie à l’insu de sa famille. Très vite, il se retrouve dans le viseur de l’inspecteur Mattei, meilleur flic de France.

   

Jean-Paul Salomé a su s’inscrire comme un très bon portraitiste de personnes en marge de la société malgré leur envie d’inclusion ainsi qu’un excellent thermomètre social de l’état français. Ainsi, après la colère au cœur de La syndicaliste, récit d’une victime culpabilisée par son statut, L’affaire Bojarski, inspirée d’une incroyable histoire vraie, parle aussi d’un rejet raciste au sein du pays qui aboutira à un scandale magnifique où se côtoient escroquerie et quête de reconnaissance par une certaine forme de création.

Copyright 2025 Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinema

Reda Kateb (toujours impeccable) campe ainsi Jan Bojarski, ingénieur polonais constamment renvoyé à ses origines, qui ne peut trouver d’autre échappatoire que la création de faux billets. Alors que la monnaie française évolue et que les traits changent afin de limiter ce genre d’affaires, Bojarski s’affine, s’enrichit mais surtout s’affirme, le tout suivi par un policier retors incarné par le très bon Bastien Bouillon. Le duo principal, dans ce jeu du chat et de la souris, réussit à donner une dynamique intéressante à l’investigation, se répondant de loin tout en trouvant une forme de respect dans leurs quêtes respectives.

Mais le plus intéressant reste le rapport à la création inhérent à la narration. En reproduisant les billets tout en cherchant à inscrire une subtile signature, Bojarski s’affirme en artiste, pied de nez à un état qui l’aura retranché dans l’illégalité par racisme. On retrouve le côté contestataire du cinéma de Salomé (ce dont on a pu discuter avec lui dans une interview qui sera publiée dans quelques temps) et l’envie de capter par le pouvoir cinématographique la politique étatique française dans ce qu’elle impose à ses individus. Ainsi, le jeu de la recréation s’inscrit en parallèle de l’importance de l’image, permettant de s’approprier avec rythme et implication un scandale qui relève de l’art même.

Copyright 2025 Guy Ferrandis - Le Bureau Films - Les Compagnons du Cinema

Comment en effet ignorer cet aspect dans L’affaire Bojarski tant on sent ces interrogations pleinement inscrites dans la narration ? Jean-Paul Salomé met en avant son duo principal pour parler une nouvelle fois d’un scandale bien français, le ludisme de l’arnaque se liant à l’importance de l’art en tant qu’affirmation personnelle et pied de nez aux violences de l’état. C’est solide, maîtrisé, bien joué et surtout ça s’enrichit dans sa façon de peindre une nouvelle histoire en parallèle de l’Histoire du pays.


Liam Debruel