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[CRITIQUE] : Forêt Rouge



Réalisatrice : Laurie Lassalle
Acteurs : -
Distributeur : Les Alchimistes
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h44min.

Synopsis :
Au fil des bouleversements que la Z.A.D. de Notre Dame des Landes traverse depuis l’abandon du projet d’aéroport, la forêt se transforme en territoire de lutte. La Z.A.D. devient une terre de métamorphoses où les idéaux des habitant.e.s se confrontent à la répression de l’État.

  

La production de documentaires français continue de briller par son engagement politique permanent, impliquant son public à constamment faire face aux bascules actuelles du pays et au besoin d’assister sur grand écran aux reflets d’une société marquée par les divisions. C’est de nouveau le cas avec cette Forêt rouge, suivant le groupe de ZAD de Notre-Dame-Des-Landes qui a fait de sa forêt titre un territoire de luttes sociales, parallèle à celles qui nourrissent le pays depuis plusieurs années désormais et captées ici par la caméra de Laurie Lasalle.

Le besoin de filmer se fait évident, la réalisatrice ayant déjà eu du mal à introduire la caméra dans les lieux au vu des surveillances extérieures ainsi qu’à l’interrogation des zadistes sur la manière dont ils allaient être filmés. Pourtant, on sent l’envie de la réalisatrice de suivre le mouvement, de le capter dans ce qu’il a de plus communautaire avec un engagement qui se ressent pleinement. Ici, l’énergie du groupe est indéniable et sa façon de se construire devant la caméra se fait dans une captation d’un réel où l’image se voit marquée par la présence des forces de l’ordre jusqu’à ce que cette dernière rentre dans le champ.

Se joue alors l’enjeu entre une communauté autosuffisante en opposition et celle d’un état voulant s’immerger dans cette société en marge de celle qu’elle cherche à redévelopper. Le documentaire réussit en ce sens à capter cette lutte avec intérêt et surtout dans un traitement du quotidien qui réaffirme une autre façon de vivre tout en n’ignorant pas la violence politique attendant à l’extérieur. Cela se ressent également dans l’approche sonore donnant une autre consistance et même une autre existence à la forêt dans ce qu’elle a de territoire de lutte mais se disposant par elle-même face aux luttes du monde.

Ce que Forêt rouge perd parfois en organisation de groupe, il parvient à l’approcher par sa façon de traiter la lutte en communauté et de recentrer son décor de forêt comme organisme vivant à part entière. Le film de Laurie Lasalle a dès lors le mérite de capter la force du collectif et son besoin de s’exprimer face à des violences étatiques avec une caméra pleine d’emphase, sans trop tomber dans une sur-esthétisation contre-productive, le tout sans nier son regard. Quand l’organisme forestier rencontre l’organe de mobilisation, il en ressort alors un documentaire plutôt intéressant.


Liam Debruel