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[CRITIQUE] : Club Kid


Réalisateur : Jordan Firstman
Acteurs : Jordan Firstman, Reggie Absolom, Diego Calva, Cara Delevingne,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h02min.

Synopsis :
Peter, organisateur de soirées branchées à New York, mène une existence aussi effrénée qu’insouciante, rythmée par les nuits festives et les excès. Sa vie bascule lorsqu'Arlo, le fils de 10 ans dont il ignorait l'existence, frappe à sa porte. Dépassé par ce rôle de père qu'il n'avait jamais envisagé, il est rapidement conquis par le charme et la spontanéité de l’enfant. Au fil du temps, un lien aussi inattendu que profond se tisse entre eux, et Peter découvre enfin qu’il existe une vie au-delà de la prochaine fête.




Au sein d'une distribution hexagonale à la proposition de plus en plus imposante (une bénédiction comme une malédiction pour tous les cinéphiles que nous sommes, tant il est impossible de nous dédoubler comme Hermione avec le Retourneur de Temps de Dumbledore, pour ne rien manquer chaque mercredi), il y a des séances dont on n'attend pas forcément grand chose (ce qui est assez vulgaire annoncé comme cela, certes, mais l'honnêteté l'est parfois) mais qui pourtant, presque contre une adversité imaginaire conçue par notre hypothétique prévision de ce qu'elles pourraient avoir à nous offrir, arrivent à nous cueillir de la plus belle des manières, en nous assénant une petite cla-claque derrière la nuque qui remet toutes nos idées en place.

Sans fondamentalement péter dans la soie de l'originalité (ce qui, paradoxalement, est une véritable qualité ici), Club Kid, estampillé premier long-métrage du wannabe cinéaste Jordan Firstman (dont la transition d'influenceur sur les réseaux sociaux à auteur à multiples casquettes sur grand écran, est particulièrement impressionnante), est clairement fait de cette pellicule-là, lui qui jongle habilement tout autant entre la comédie queer (pleinement ancrée dans un esprit du New Queer Cinema, qui rend d'ailleurs directement hommage au cinéma de Gregg Araki et à son importance), la dramédie familiale et le récit initiatique touchant d'un trentenaire immature ramené à la dure réalité de la vie, par de vraies responsabilités d'adulte qu'il fuyait consciemment jusqu'ici (une quête de maturité qu'il arpente sans forcément chercher à se renier).

Copyright A24/Metropolitan FilmExport

Un modeste petit bout de cinéma à hauteur de cœurs et de débauche, qui nous plonge avec gourmandise et ludisme dans l'effervescence tout en excès de la culture du clubbing LGBTQ+ new-yorkais - sans l'idéaliser ni jouer la carte de la complaisance -, au plus près des aternoiements de Peter, un promoteur de boîtes de nuit qui a fait de cette exubérance débridée et - presque - insouciante aussi bien la sienne, que son gagne pain sous overdose, jusqu'à ce que tout son monde bascule à l'annonce d'une paternité inattendue : il découvre qu'il est le père biologique d'un gamin de dix ans, Arlo, qu'il aurait engendré lors de l'une de ces nuits de débauche sous kétamine, sans en avoir le moindre souvenir, et dont la mère vient de disparaître...

Pas si éloigné dans son pendant père-fils tendre et pétillant, du chouette (oui) Big Daddy avec Adam Sandler, dans sa propension à titiller la corde sensible de son auditoire (quelques scènes clés mettent clairement les cœurs d'artichauts en pièces), tout en jouant la carte d'un humour complice (une intolérance au lactose qui provoque une séquence de vomito particulièrement hilarante - même si les cheveux d'un gamin trinque au passage), éléments essentiels pour rendre attachante cet anti-choc des cultures comme cette double découverte de l'autre (avec en prime la partition joliment juste d'un adorable Reggie Absolom), entre l'adaptation naturelle d'Arlo à sa nouvelle vie et un univers festif qu'il avait déjà apprivoisé, et l’apprentissage paternel progressif d'un homme nourrit par une culture de l'entre-soi, qui va apprendre à vivre avec et pour la chair de sa chair, malgré les nombreux obstacles qui se placent sur leur route d'un hypothétique bonheur ancré dans la réalité du présent.

Une histoire de révolution intime qui bouscule et charme avec un naturel ravageur.
La naissance d'un grand cinéaste, on l'espère.


Jonathan Chevrier