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[CRITIQUE] : Ali G : Who Iz I ?

Réalisateur : Sacha Baron Cohen
Acteurs : Sacha Baron Cohen, Morgana Robinson, C. Stewart Rodeheaver,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h29min.

Synopsis :
Après vingt ans passés à "se la couler douce, fumer et s'envoyer en l'air", Ali G découvre que sa petite amie de longue date, Julie, est enceinte de 8 mois. Face à une bouche de plus à nourrir, il se bouge enfin et part aux États-Unis pour retrouver sa gloire d'antan. Mais il se heurte vite à des ennemis qui vont menacer son existence et celle de son enfant.




Contre toute attente, quand bien même il n'avait plus réellement en lui la folie géniale du film original, la suite tardive de Borat, Borat : Le Film d'après (titre VF merdique, well done Amazon Prime), dégainée en pleine pandémie du Covid-19, incarnait une agréable surprise tant si le choc n'était plus dans la fraîcheur d'une oeuvre originale, il se retrouvait dans sa propension à être - majoritairement - scandaleusement drôle et vraie, tout usant de manière pas du tout subtile, des lois hollywoodiennes du bigger and louder de toute suite à succès.

Le film se faisait une satire sociale affûtée et vacharde avec un vrai coeur tendre à l'intérieur (au travers du parcours de Tutar, qui découvrait avec candeur les opportunités qui existent pour les femmes en dehors de la culture hyperbolique et misogyne du Kazakhstan, miroir de nombreuses cultures profondément archaïques actuelles), symbole fou et déglingué d'une année 2020 ou tout fut possible - surtout le pire -; une intelligente et « Very Nice » suite ou les instincts satirico-sadiques de Sacha Baron Cohen (les bons comme les plus scabreux et sombres) étaient encore pertinents...

Amazon-MGM Studios

Six ans plus tard, le Sacha se lance dans un pari peut-être encore plus fou et casse-gueule : ressusciter son Ali-G en mode « impose ton style » deux décennies plus tard et sans Martin Freeman en sidekick, dans une fiction qui s'éloigne volontairement de ses origines traditionnelles pour voguer vers une Boratisation déglinguée qui lui sied plus où moins bien, et dont le public contemporain semble hermétique (la réception rugueuse de Scary Movie 6 en est la preuve la plus probante, malgré son succès en salles).

Intitulé Ali G : Who Iz I ? et partant d'un pitch évidemment prétexte (sa compagne de longue date est enceinte, il doit donc changer pour relancer sa carrière et devenir un futur père responsable... où pas), SBC joue la carte du mockumentary décomplexé et provoquant (dificile de savoir parfois si tout est fictionnel où non) pour mieux satiriser la société contemporaine et nous confronter à l'absurdité profonde de notre quotidien, sans n'avoir aucune peur (ni honte) de choquer à travers une vulgarité plus qu'affirmée, instrument essentiel de son questionnement plus profond qu'il n'en à l'air, sur la légitimité et la liberté de l'humour à une heure d'un politiquement correct exacerbé.
Souvent douteux et tirant à vue sur tout le monde sans forcément viser juste, le film provoque néanmoins plus d'un rire gras et complice mais rate le coche là où on l'attendait : la mélancolie d'un poil à gratter jadis pertinant qui, en nous ramenant à nos défauts, ne se refuse pas à se dire qu'il est lui aussi, trop vieux pour ses conneries.


Jonathan Chevrier