[CRITIQUE] : Si tu penses bien
Réalisatrice : Géraldine Nakache
Avec : Monia Chokri, Niels Schneider, Clémentine Célarié, Christian Benedetti,...
Distributeur : Pan Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h34min.
Synopsis :
Lorsque Gil rencontre Jacques, leur amour est évident. Mais l’intensité des débuts laisse place à une relation où elle se sent de plus en plus enfermée, jusqu’à en perdre ses repères. Jacques la rassure : si elle pense bien, il ne lui arrivera que du bien. Peu à peu, Gil comprend le contrôle qu’il exerce sur sa vie…
Depuis sa création post-pandémie du Covid-19 (ah, Souvenirs, souvenirs comme le disait si bien Johnny Hallyday...), il est toujours aussi difficile de se positionner sur une section telle que Cannes Première, qui n'a pas fondamentalement les velléités à incarner une vraie sélection à part entière (moins qu'une sacro-sainte - où pas loin - Séance de minuit, qui a une vraie singularité/personnalité pour ceux ayant la chance de vivre ses projections), mais plus une sorte de fourre-tout consenti visant à ne pas trop gonfler les autres sections annexes - Séances Spéciales comme Hors Compétition -, tout en récompensant une petite galerie de cinéastes avec une présence sur la Croisette, sans pour autant leur faire hériter d'une place plus prestigieuse au sein de la hiérarchie annuelle (Vol de nuit pour Los Angeles de John Travolta pour ne citer que, qui justifiait cela dit la remise d'une Palme d'Honneur pour l'éternel Tony Manero).
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Chaque festival à ce type de sélection cela dit, certes, mais notre trésor national commence un brin à les empiler.
Un entre-deux faute de pouvoir prétendre à « mieux », qui colle plutôt bien à Si tu penses bien, estampillé quatrième long-métrage d'une Géraldine Nakache dont le pendant cinéaste n'a fait - jusqu'ici - que de décliner depuis son explosion avec Tout ce qui brille (quand bien même Nous York et J'irais où tu iras restent des séances attachantes), et qui s'inscrit pleinement dans l'ombre du Mon Roi de Maïwenn et de L'amour et les forêts de Valérie Donzelli, en abordant le sujet ô combien important mais casse-gueule, de l'emprise et des violences conjugales, avec un prisme sensiblement inédit - la religion juive et son poids dans un mariage en crise.
Une auscultation tout en allers-retours temporels et à la subtilité parfois fuyante (comme ses flashbacks dispensables qui ne nourrissent pas toujours le récit au présent), des mécanismes d'une relation toxique tournant autour des manipulations d'un mari jaloux comme violent (isolement familial comme professionnel, culpabilisation, soumission, espionnage domestique constant,...) dont les travers sont pourtant instinctivement perceptibles dès la première bobine (ce qui en partie à la crédibilité de son édifice narratif, sans compter quelques afféteries bourgeoises et/où personnels - un médecin qui se nomme Toledano, pourquoi pas - qui la dessert tout autant), même s'ils se font plus surlignés au fil d'une narration prévisible qui sait parfois se faire saisissante (son final, les disputes percues à travers le regard de l'enfant), quand elle dessine avec crudité les contours de son portrait des ravages d'un pervers narcissique dans un mariage - supposé - passionné (car tout naît, même le pire, par un amour), qui annihile toute notion de liberté et d'être chez l'autre, tout en se servant d'une réappropriation de la religion pour consolider son emprise.
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Nécessaire (quand bien même le terme est des plus bateau, évidemment) dans sa potentielle portée extra-cinématographique et une libération de la parole toujours aussi fragile, même si pas toujours adroit dans sa prose comme dans sa structure, Si tu penses bien n'en reste pas moins une juste mise en images de la brutalité physique et psychologique de l'emprise conjugale et de la toxicité - pbsessionnelle - masculine, dénuée de tout jugement putassier et portée tout autant par une esthétique soignée (une belle gestion de la lumière couplée d'une solide photographie signée ddd) que par sa jolie distribution, allant de la prestation nuancée d'une Monia Chokri particulièrement poignante en femme lentement asphyxiée (presque mise sous cloche, par une union dont elle ne cesse jamais de croire), à celle plutôt intense d'un Niels Schneider résolument moins sur la retenue que pour l'excellent L'inconnue (convaincant qu'il est en figure tout en vices - pour rester poli - et en névroses).
Jonathan Chevrier



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