[CRITIQUE] : Arrebato
Réalisateur : Iván Zulueta
Acteurs : Eusebio Poncela, Cecilia Roth, Will More,...
Distributeur : Tamasa Distribution
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h55min.
Synopsis :
Un réalisateur de film d'horreur de troisième zone en panne de créativité, une actrice héroïnomane qui a joué dans ses derniers nanars et un mec vaguement autiste qui capte sa vie quotidienne en Super-8 dans le but de réaliser un chef d'oeuvre ultime... Une réflexion sur le rapport morbide à la cinéphilie et plus généralement à l'image.
Force est d'admettre que pour tout cinéphile un minimum curieux et/où averti, il n'y a pas besoin de labourer plus que de raison les terres cinématographiques espagnoles, pour y trouver quelques-uns des cinéastes les plus intéressants de l'épouvante comme du fantastique contemporain, des hommes et des femmes n'ayant pas peur de mouiller la caméra (oui, la métaphore prête à confusion mais ne laisse pas trop ton esprit lubrique t'égarer, cher lecteur), de bousculer une fourmilière ronronnante et sous (forte) emprise nord-américaines - de part sa distribution massive à travers le globe.
Au point même que si la France ne venait pas fréquemment taper du pied (et de la pellicule, même si la production annuelle se fait bien plus timide que nos camarades européens, et ne parlons même pas de ceux de l'autre côté de l'Atlantique et du Pacifique), tout comme une Grande-Bretagne qui aborde peu (mais bien) le terrain de la flippe, nous serions presque tenté d'affirmer que la vraie terreur made in Europe depuis le début des années 2000, à un passeport ibérique.
Mais cela n'a pas toujours été une vérité et lorsqu'il a bien fallu défricher un terrain encore peu exploré, Iván Zulueta, dans une Espagne post-franquiste en pleine transition sociale, humaine et démocratique, a sensiblement fait son dur labeur avec son second effort, Arrebato, petit totem du culte façon bout de cinéma profondément expérimental (comme toute bonne oeuvre s'inscrivant dans la Movida madrileña) et Cronenbergien dans l'âme avant l'heure (s'il est difficile de ne pas y voir des points de concordance avec les futurs Videodrome et Le Festin Nu, tous ne sont que les héritiers du Voyeur de Michael Powell), aussi sombre qu'excessif et baroque, dont la narration volontairement nébuleuse, à la fois fragmentée et non linéaire (pensée comme une descente après un shoot), s'attache à suivre la lente - et terrifiante - autodestruction d'un réalisateur de séries B désabusé et en pleine crise créative et intime, bouffée par une dépendance à l'héroïne qui aspire toute l'essence de son existence à chaque nouveau rail, au lieu de le ramener vers la voie de l'inspiration pure, même lorsqu'il rencontre une figure encore plus névrosée et obsessionnelle que lui, obsédé de découvrir l'essence du cinéma et sa capacité innée à jouer avec le temps, le figer.
Cauchemar psychotiquo-queer et méta-abstrait sur l'ivresse, la quête chimérique de l'extase absolue (tout est dans le titre) où une double dépendance - héroïne et cinéma - s'entremêle dans un ballet tragique et hypnotique, Arrebato est une œuvre aussi hantée et clivante qu'allégorique, où l'acte de tourner se substitue à l'acte sexuel, où se laisser absorber par la caméra se substitue à la consommation physique des corps; une plongée aux confins de la folie absolument saisissante dans sa manière de penser le cinéma comme une entitée vampirique qui dévore lentement ceux qui l'adorent.
Une (re)découverte indispensable.
Jonathan Chevrier

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