Breaking News

[CRITIQUE] : Une aube nouvelle


Réalisateur : Yoshitoshi Shinomiya
Avec : avec les voix de Riku Hagiwara, Kotone Furukawa, Miyu Irino,
Budget : -
Distributeur : ADN
Genre : Animation, Drame.
Nationalité : Japonais, Français.
Durée : 1h16min

Synopsis :
L’usine de la famille Obinata, spécialisée dans les feux d’artifice, est sur le point d’être fermée administrativement. Autrefois nichée au cœur d’une forêt verdoyante, le site est désormais recouvert de panneaux solaires, et une route départementale doit bientôt traverser l’emplacement de l’usine. Depuis quatre ans, Keitaro s’est enfermé dans cette usine désaffectée, où il fabrique seul des feux d’artifice. Il est obsédé par le mystère du shuhari, un feu d’artifice fantôme censé représenter l’univers, que son père avait créé juste avant de disparaître. Avant la confiscation de l’usine, Keitaro est déterminé à lancer le shuhari de son père. Hanté par ses souvenirs, il fait appel à son frère Chicchi et à son amie d’enfance Kaoru pour faire éclater Une Aube Nouvelle.




L'avantage, autant que les inconvénients, de l'offre proprement démesurée de sorties débarquant à la fois en salles et sur les plateformes de streaming depuis trois, quatre bonnes années maintenant, fait que nous n'avons parfois (en vrai, tout le temps, même quand le rythme se fait moins frénétique au coeur de l'été) pas le temps d'en découvrir ne serait-ce que la moitié - excepté lorsque l'on hiberne, volontairement, dans nos salles obscures favorites.

Une réalité qui est, dans un sens, assez grisante, puisque l'on a toujours quelque chose à voir (contrairement aux « cinéphiles » ayant tout vu, lu où analysé dès les premières secondes d'une bande annonce), mais aussi furieusement frustrante tant on est obligé de faire des choix et de laisser énormément de séances de côté, d'autant plus lorsque l'on a même pas connaissance de leur sortie - petite crotte de nez pleine d'amour pour toi, Prime Vidéo, et tes sorties de dernière minute qui bouscule nos plannings d'écriture.

Copyright JL Vision Film / Asmik Ace / Miyu / ADN (Animation Digital Network)

Cela aurait pu être le cas avec le chouette même si perfectible petit bout d'animation/bête de festival Une aube nouvelle, estampillé premier long-métrage d'un Yoshitoshi Shinomiya adoubé par la dernière Berlinale (ça tape sur le CV), qui arrive en grande partie à tromper la linéarité - consentie - de sa narration (un récit initiatique assez conventionnel) comme les faiblesses de son rythme contemplatif et cotonneux, pour mieux incarner un pur émerveillement visuel et sensoriel fourmillant de détails, une symphonie tout en créativité et en poésie profondément mélancolique et nostalgique (presque héritée du cinéma de Wim Wenders), visant à célébrer l'art du « shuhari », un feu d'artifice mythique à la beauté éphémère censé représenter l'univers dans son entièreté, art dont le jeune protagoniste qui sert de pivot au récit, tente de percer le mystère, une magie que son père avait créé juste avant de mourir - un héritage qui pourrait disparaître, tout comme la fabrique familiale appelée à être détruite au profit d'une route départementale.

C'est cette quête saine d'un savoir artisanal perdu synonyme d'espoir et de la correction d'une transmission empêchée, tiraillée entre un deuil insondable et une industrialisation vorace qui détruit tout (la nature comme le savoir faire, le passé comme la mémoire et les liens humains), nouée à la sensibilité artistique extraordinaire de son auteur, qui sert de moteur vulnérable (dommage que son écriture manque de corps, comme ses personnages, taillés à la serpe) mais vibrant à ce premier effort, tant avec un tout petit peu plus de rigueur, Shinomiya aurait pu créer un vertige immersif mémorable, allant plus loin qu'une simple - mais magnifique - mosaïque de tableaux sur pellicule.
Vivement la suite de sa carrière donc.


Jonathan Chevrier