Breaking News

[CRITIQUE] : Seule la vie


Réalisateur : Léopold Kraus
Acteurs : Valerie Pachner, Robert Stadlober, Stefanie Reinsperger,...
Distributeur : Pyramide Distribution
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Allemand, Autrichien.
Durée : 2h01min

Synopsis :
Barbara et Heli sont amoureux et heureux. Clowns professionnels, ils savent rire de tout et mènent une vie joyeuse avec leurs deux enfants. Quand un accident emporte Héli et les enfants, Barbara doit trouver un nouveau chemin. Portée par les souvenirs qu’elle chérit, elle prouve que l’amour ne meurt jamais et qu’il faut toujours oser embrasser la vie.





C'est parce qu'il est douloureusement universel, que le deuil est une mécanique très souvent abordé par le septième art, tant sa complexité et son acceptation peuvent avoir une définition différente selon la personne qui en est touché et, de facto, dans l'expression que cherche à en offrir le cinéaste à sa barre.
Pour preuve, on ne compte même plus le nombre de propositions en ayant fait sa thématique principale, sur les dernières semaines (le documentaire introspectif D'un monde à l'autre de Jérémie Renier, la romcom Voicemails for Isabelle de Leah McKendrick, le drame paranoïaque L'Ombre du corbeau de Dylan Southern ou encore le tragique et brutal Father de Tereza Nvotová).

Copyright Pyramide Films

S'il a été abordé/usé sous toutes ses formes possibles ou presque, à tel point qu'il est intimement difficile de proposer quoique ce soit d'original à son sujet, gageons qu'il est rare d'avoir vu une exploration de celui-ci aussi délicate que par le cinéaste autrichien Adrian Goiginger (dont les précédents efforts ont dû se contenter d'une présence dans l'hexagone, qu'au coeur du catalogue d'Arte) avec son très beau Seule la vie, adaptation du roman autobiographique éponyme de Barbara Pachl Eberhart.
Une histoire qui part donc d'un vécu incroyablement bouleversant, et dont on imagine mal pouvoir se relever : la disparition dans un tragique accident, d'un mari et de deux jeunes enfants, laissant Barbara à la fois veuve, mère endeuillée et artiste amputée de son partenaire sur scène - elle est clown, plus particulièrement auprès des enfants malades.

Le cinéaste aborde ce traumatisme au détour d'une narration non-linéaire, s'attardant moins sur le choc de l'accident que sur ses visite directes et sur le passé conjugal/familial (de la rencontre du couple au quotidien - non sans heurts - avec les enfants) qui vient hanté le long processus de deuil et la difficile reconstruction de son héroïne brisée de toute part, imposée par la force des choses de laisser son existence aller de l'avant, de continuer à donner du bonheur aux autres à travers son masque de clown, là où elle n'est que souffrance et culpabilité à l'intérieur - un paradoxe qui lui sert pourtant de moteur vibrant pour avancer.
Le passé et les souvenirs viennent nourrir le récit d'un présent à la solitude extrême, là où les émotions douloureuses et contradictoires du présent viennent bâtir les fondations fragiles d'un avenir encore incertain.

Copyright Pyramide Films

Particulièrement juste dans son exploration crue et aux émotions fluctuantes d'un chagrin indélébile (jusque dans sa mise en scène assurée), dénué de manichéisme comme de réponses faciles, tout du long cloué à la prestation fabuleuse et toute en retenue d'une Valerie Pachner lumineuse (et incroyablement empathique), Seule la vie évite savamment l'écueil du mélodrame pachydermique pour mieux incarner une drame poignant et thérapeutique, frappé de quelques fulgurances assez folle (la séquence des funérailles en tête), sur une femme dévastée mais fermement décidée à rester en vie, tout en préservant un lien essentiel avec ceux qui ne sont plus - physiquement - là.


Jonathan Chevrier