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[CRITIQUE] : The Fin


Réalisateur : Syeyoung Park
Acteurs : Yeon Yeji, Pu-reum Kim, Goh-woo,...
Distributeur : Damned Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Sud-coréen, Allemand, Qatari.
Durée : 1h25min

Synopsis :
Dans une Corée ravagée par une catastrophe climatique, des mutants appelés Omégas sont pourchassés pour être exploités. Mia travaille dans un magasin de pêche clandestin fréquenté par les nostalgiques de cette activité désormais impossible. Lors d'un contrôle, Sujin, nouvelle employée du gouvernement remarque le comportement suspect de Mia. Elle s'immerge dans son univers souterrain, remettant alors en question sa foi en l'idéologie de l'Etat.





« Moi j'adore l'eau, dans 20 ou 30 ans y en aura plus. J'espère que non ».

Cette déclaration, signée par le plus grand philosophe que la Belgique n'est jamais connu (aucune ironie là-dedans, on a un peu trop tendance à banaliser/oublier que derrière la maladresse de la langue et de la syntaxe, Jean-Claude Van Damme est capable de dégainer des réflexions plus solides encore que ses splits majestueux), dont la vérité n'a jamais paru aussi vraie qu'aujourd'hui (une pénurie d'eau potable est, plus que jamais, un scénario catastrophe plausible), est au coeur même - ou pas loin - du drame post-apocalyptique The Fin, nouveau long-métrage du cinéaste sud-coréen Syeyoung Park (et extension de son court-métrage éponyme), qui compose une sorte de vérité dystopique où une catastrophe écologique provoque une pénurie d'eau tout autant que la réunification forcée entre la Corée du Nord et du Sud, laissant transparaître le pire de leur deux régimes au sein d'une politique encore plus autoritaire et oppressive, et aux écrans omniprésent - ambiance Orwell puissance 1000.

Copyright Damned Distribution

Une union qui implique une autre division, celle entre une population dite « ordinaire » et une autre ayant subit de plein fouet une forme de mutation génétique provoquée par la pollution : des « omégas », des « mutants » dotés de nageoires radioactives qu'ils tentent de dissimuler, une population stigmatisée par une propagande de masse et traquée par des autorités décidées à les expulser vers des colonies où ils sont chargés de collecter des déchets radioactifs, les menant à une mort douloureuse et certaine.

Un contexte méchamment désenchanté qui sert de corps mélancolique et charnu à un drame science-fictionnel experimental et contemplatif, tout en introspections existentialo-philosophiques, dont la trame certes simpliste (la convergeance de trois parcours bien distincts, dont celui d'un oméga qui travaille à la dépollution des océans, s'échappe de sa colonie pour confier la dépouille - enfin, ce qu'il en reste - de son ancien collègue à sa fille, et ainsi réaliser son ultime souhait : être enterré par la chair de sa chair), sert de terreau prospère pour souligner la lente et dangereuse détérioration des relations humaines sous le poids de la paranoïa et d'une angoisse collective, accentuées par une politique brutale se nourrissant de l'inertie même de son peuple.
Alors certes, c'est fauché comme les blés mais Park s'échine à repousser les limites de ses moyens comme de son rythme un chouïa laborieux, par une atmosphère à la fois austère et gentiment poisseuse.
Ça ne transforme pas un Magicarpe en Léviator, mais ça fait gentiment son office.


Jonathan Chevrier