[CRITIQUE] : Los Golfos
Réalisateur : Carlos Saura
Avec : Manolo Zarzo, Jose Luis Marin, Óscar Cruz,...
Distributeur : Tamasa Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h28min.
Synopsis :
Madrid, 1959. Sans emploi, un groupe d'amis qui vivent en marge de la société subsistent grâce à de petits vols. Juan, l'un d'eux, poursuit toutefois un rêve auquel il ne peut renoncer : devenir torero. Pour se sortir de la misère et permettre à leur compagnon d'infortune de réaliser son vœu, la bande multiplie les mauvais coups jusqu'à un point de non-retour...
Cinéaste espagnol ayant sensiblement bâti sa filmographie sur une critique implicite du régime Franquiste, Carlos Saura, à qui les premiers films de Guillermo Del Toro - ses plus beaux - doivent beaucoup, imprègne surtout la mémoire cinéphile de l'auteur de ses mots, grâce au bon souvenir de son chef-d'œuvre (le terme n'est absolument pas excessivement usé, promis) Cría Cuervos, oeuvre protéiforme et féministe, qui se revendique à la fois comme une réflexion mélancolique sur la gestion du deuil et un portrait juste de l'enfance de la société espagnole à une heure où la nation se trouvait à la croisée des chemins (la fin du Franquisme et son espoir d'un renouveau démocratique).
Un cocktail infiniment complexe entre fantaisie et réalité, qui désarçonne dans sa manière de lier le traumatisme de son héroïne au traumatisme de toute sa nation, tant les références au système répressif de Franco sont intimement liés à la psyché qu'il explore, éduquée inconsciemment dans une violence qu'elle perpétue et qui l'a prive de son innocence depuis longtemps; un vrai numéro d'équilibriste où la vision non-idéalisée et à hauteur de môme d'une enfance meurtrie, se fait le miroir troublé et troublant de l'agonie d'un régime totalitaire dont les séquelles sont encore vivaces.
Chef-d'œuvre qu'on vous dit.
Quelle joie dès lors de pouvoir découvrir, une nouvelle fois par l'intermédiaire de Tamasa Distribution, une autre de ses œuvres dans des conditions optimales : son premier long-métrage, le Buñuelien en diable Los Golfos (même s'il n'est pas aussi satirique que les plus hauts faits du papa de Los Olvidados), qui porte en lui les germes de son cinéma en devenir, itinéraire désenchanté et embaumé dans un néoréalisme d'une brutalité folle, d'une jeunesse désenchantée et laissant libre court à ses pulsions, incarnation malade d'une Espagne sur le déclin et rongée par ses vices comme ses valeurs perverties, à la fin des années 50.
La caméra reste tout du long vissé, dans une banlieue défavorisée de Madrid, aux basques d'une poignée de jeunes marginaux survivant à peine grâce à divers petits larcins, se lançant dans l'idée farfelue de réaliser le rêve de devenir torero de l'un des leurs, quitte à basculer dans une escalade criminelle qui ne peut que virer au drame.
Percutant dans sa manière de nouer un parallèle entre une violence institutionnelle (le fascisme ambiant) et traditionnel (la corrida), comme si toute une nation restait figée dans un carcan infernale de brutalité et de machisme, n'hésitant jamais à nimber la barbarie crue de son histoire d'un grotesque salvateur, Los Golfos, pessimiste as hell, n'en reste pas moins frappé d'une mélancolique sèche qui rend d'autant plus puissant son portrait d'une jeune génération sans idéal ni perspective et encore moins avenir.
Une sacrée (re)découverte.
Jonathan Chevrier
Avec : Manolo Zarzo, Jose Luis Marin, Óscar Cruz,...
Distributeur : Tamasa Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h28min.
Synopsis :
Madrid, 1959. Sans emploi, un groupe d'amis qui vivent en marge de la société subsistent grâce à de petits vols. Juan, l'un d'eux, poursuit toutefois un rêve auquel il ne peut renoncer : devenir torero. Pour se sortir de la misère et permettre à leur compagnon d'infortune de réaliser son vœu, la bande multiplie les mauvais coups jusqu'à un point de non-retour...
Cinéaste espagnol ayant sensiblement bâti sa filmographie sur une critique implicite du régime Franquiste, Carlos Saura, à qui les premiers films de Guillermo Del Toro - ses plus beaux - doivent beaucoup, imprègne surtout la mémoire cinéphile de l'auteur de ses mots, grâce au bon souvenir de son chef-d'œuvre (le terme n'est absolument pas excessivement usé, promis) Cría Cuervos, oeuvre protéiforme et féministe, qui se revendique à la fois comme une réflexion mélancolique sur la gestion du deuil et un portrait juste de l'enfance de la société espagnole à une heure où la nation se trouvait à la croisée des chemins (la fin du Franquisme et son espoir d'un renouveau démocratique).
Un cocktail infiniment complexe entre fantaisie et réalité, qui désarçonne dans sa manière de lier le traumatisme de son héroïne au traumatisme de toute sa nation, tant les références au système répressif de Franco sont intimement liés à la psyché qu'il explore, éduquée inconsciemment dans une violence qu'elle perpétue et qui l'a prive de son innocence depuis longtemps; un vrai numéro d'équilibriste où la vision non-idéalisée et à hauteur de môme d'une enfance meurtrie, se fait le miroir troublé et troublant de l'agonie d'un régime totalitaire dont les séquelles sont encore vivaces.
Chef-d'œuvre qu'on vous dit.
Quelle joie dès lors de pouvoir découvrir, une nouvelle fois par l'intermédiaire de Tamasa Distribution, une autre de ses œuvres dans des conditions optimales : son premier long-métrage, le Buñuelien en diable Los Golfos (même s'il n'est pas aussi satirique que les plus hauts faits du papa de Los Olvidados), qui porte en lui les germes de son cinéma en devenir, itinéraire désenchanté et embaumé dans un néoréalisme d'une brutalité folle, d'une jeunesse désenchantée et laissant libre court à ses pulsions, incarnation malade d'une Espagne sur le déclin et rongée par ses vices comme ses valeurs perverties, à la fin des années 50.
La caméra reste tout du long vissé, dans une banlieue défavorisée de Madrid, aux basques d'une poignée de jeunes marginaux survivant à peine grâce à divers petits larcins, se lançant dans l'idée farfelue de réaliser le rêve de devenir torero de l'un des leurs, quitte à basculer dans une escalade criminelle qui ne peut que virer au drame.
Percutant dans sa manière de nouer un parallèle entre une violence institutionnelle (le fascisme ambiant) et traditionnel (la corrida), comme si toute une nation restait figée dans un carcan infernale de brutalité et de machisme, n'hésitant jamais à nimber la barbarie crue de son histoire d'un grotesque salvateur, Los Golfos, pessimiste as hell, n'en reste pas moins frappé d'une mélancolique sèche qui rend d'autant plus puissant son portrait d'une jeune génération sans idéal ni perspective et encore moins avenir.
Une sacrée (re)découverte.
Jonathan Chevrier








