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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Le Cuirassé Potemkine



Réalisateur : Sergueï Eisenstein
Avec : Grigoriy Aleksandrov, Sergei Eisenstein, Aleksandr Antonov,
Distributeur : Potemkine Films
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : URSS.
Durée : 1h08min

Date de sortie : 12 novembre 1926
Date de ressortie : 17 juin 2026

Synopsis :
Sortie en URSS en 1925, l'œuvre se déroule en 1905, année révolutionnaire, et relate la mutinerie des marins d'Odessa, suivie d'un soutien et d'une insurrection populaire réprimée par l'armée tsariste. L'événement historique fut considéré comme précurseur de la Révolution d'octobre.





La magie méticuleuse et complexe du processus de restauration, permet non seulement la (re)découverte de trésors parfois perdus, mais également de remettre en perspective les prouesses d'hier pour mieux mesurer l'influence qu'une œuvre a pu avoir sur son époque, comme sur toutes les générations de cinéastes ayant émergés dans sa foulée.

Considéré au fil du temps comme l'un des monuments du cinéma muet (et longtemps interdit dans de nombreux pays occidentaux) mais avant tout et surtout comme une vraie leçon de montage ambulante, Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, dont l'impact créatif n'est plus à prouver (la scène de l'escalier du Potemkine et du landau, sept minutes d'une répression brutale et insoutenable, a trouvé ses plus beaux hommages chez De Palma - Les Incorruptibles - et Gilliam - Brazil - et Scola - Nous nous sommes tant aimés), s'offre cette semaine une ressortie toute pimpante et immanquable via Potemkine Films (ça ne s'invente pas), au milieu d'autres pépites qui valent tout autant leur pesant de pop-corn (oui, on pense à vous, L'Aile ou la Cuisse et Boogie Nights).

Œuvre à forte connotation propagandiste (la commission d'État l'a commandé pour célébrer le vingtième anniversaire de la révolution de 1905, et s'en est par la suite servi comme instrument de propagande) mais néanmoins emprunt, paradoxalement, d'une vraie liberté artistique, le film, scindé en cinq chapitres distincts, met en images la mutinerie de l'équipage d'un cuirassé russe contre le régime brutal et tyrannique des officiers du navire (révoltés, à raison, face à la réalité de n'avoir que de la viande avariée pour se nourrir), entraînant un véritable massacre avec les forces de l'ordre, dans les rues de l'Odessa de 1905.

Techniquement en avance sur son temps (dans son sens du rythme et du montage, sa manière de jouer avec la lumière,...), frappé d'une tension grimpant crescendo et contrant sensiblement les limites d'une écriture passablement didactique (que ce soit dans sa mise en avant caricaturale du collectif face à un système oppressif, où l'exposition de ses idéologies communistes), le long-métrage à la durée ramassée, marque tout autant par l'expressivité nerveuse de sa mise en scène (qui pourrait apparaître forcée sous certains égards) comme par son réalisme viscerale (la limpidité folle de ses travellings...), Eisenstein nous faisant lentement mais durement ressentir l'inévitable chute d'une humanité renvoyée à sa propre violence crue et primaire.
Film révolutionnaire sur l'insurrection et la révolution, urgent et tragique, percutant et hanté, Le Cuirassé Potemkine, s'il fait sensiblement son siècle d'existence, n'en reste pas moins un vrai et important moment de cinéma, une démonstration qui mérite d'être décortiquée dans les meilleures conditions qui soit, et encore plus avec avec l'alliance étrange - mais intéressante - entre les images d'Eisenstein et la partition électro-symphonique de Pet Shop Boys...


Jonathan Chevrier