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[CRITIQUE] : Ulysse


Réalisatrice : Laetitia Masson
Avec : Élodie Bouchez, Alphonse Roberts, Stanislas Merhar, Romane Bohringer, Gringe,
Distributeur : ARP Sélection
Budget : -
Genre : Comédie dramatique.
Nationalité : Français.
Durée : 1h37min

Synopsis :
Alice, chercheuse en sociologie découvre qu’elle est enceinte. Luc, son mari, exulte. Ce sera un garçon ! Ils l’appelleront Ulysse. Sauf qu’à un an, Ulysse ne rentre pas dans les courbes. Trop petit, trop maigre. Les pédiatres s’interrogent et le verdict tombe : syndrome génétique. Ulysse ne sera pas comme les autres. Mais comment sera-t-il ? Mystère. Commence alors la très particulière odyssée d’Ulysse : marcher, parler, apprendre, comprendre, s’épanouir. Alice se lance dans l’aventure, déterminée à ce qu’Ulysse trouve sa place dans le monde.




On avait laissé le cinéma de Laetitia Masson au détour d'une séance un poil inégale mais sensiblement ambitieuse : Un Hiver en été, qui s'appuyait frontalement sur un dérèglement climatique qui est déjà bien ancré dans nos quotidiens, pour déroulee une comédie dramatico-romantique chorale prenante même si un brin décousue (et volontairement dans l'ombre du maître Alain Resnais), une fresque humaine douce-amère sur une impression de fin du monde douloureusement persistante (et faisant cruellement écho à la récente pandémie du Covid-19), où les cœurs ne savaient plus véritablement s'il fallait s'unir où se déchirer.

Copyright ARP 2026

D'humanité, au prisme plus resserré, il en est de nouveau question avec son nouvel effort, Ulysse (qui sort quelques semaines avant L'Odyssée de Christopher Nolan, douce ironie), drame familialo-hagiographique à la résonance férocement intime puisqu'elle y conte ici rien de moins que sa propre histoire et celle de son fils (jusqu'à pousser son accent autobiographico-méta à l'extrême, en le faisant figurer à la distribution dans son propre rôle), à travers son experience de mère et au détour d'un récit d'apprentissage qui, sur le papier, semblait s'inscrire dans une veine un poil similaire au récent Qui brille au combat de Joséphine Japy.

Soit l'histoire d'Alice (une poignante Élodie Bouchez), chercheuse en sociologie qui, lorsqu'elle apprend que son fils, Ulysse, âgé d'un an, est diagnostiqué avec une maladie génétique rare, le syndrome de Noonan (qui provoque des retards de développement et plusieurs troubles cognitifs), décide de consacrer à la différence d'un mari fuyant et insensible - à l'image même de l'administration française -, toute son existence à l'aider à apprendre à marcher, à parler et à s'épanouir, et à pleinement trouver sa place dans le monde.

Copyright ARP 2026

Dix-huit ans de résilience et d'amour, une célébration pieuse du sacrifice maternel au coeur d'un récit tout en ellipses qui jongle plus où moins adroitement entre le mélodrame mâtiné de comédie et le film social qui cherche à interroger le regard de son auditoire sur le handicap tout en, paradoxalement, l'empêchant de percevoir les événements à travers celui de sa figure titre (au-delà d'une séquence maladroite), Ulysse arrive à toucher même s'il peine à susciter une réelle empathie, la faute à un parti pris romanesque (s'incliner totalement devant la méthode autodidacte de sa mère courage) qui l'hôte de toute universalité (difficile de s’enraciner dans une réalité vécue par de nombreux parents, quand on s'attache à une famille sans la moindre difficulté financière et, de facto, bien moins durement frappé par la discrimination comme les limites de l'accessibilité et d'une bureaucratie française à la rue), et diffuse même une morale certes réelle mais assez amère (le statut social et la richesse déterminent sensiblement le développement et l'épanouissement d'enfants handicapés).

Une odyssée mitigée donc, mais prenante.


Jonathan Chevrier