[CRITIQUE] : D'un monde à l'autre
Réalisateur : Jérémie Renier
Acteurs : Jérémie Renier et Loury Lag
Distributeur : Pan Distribution
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Belge, Français.
Durée : 1h15min.
Synopsis :
D’un monde à l’autre est un documentaire intime, un voyage humain et sensoriel à travers le deuil et l’amitié. Après la mort accidentelle de son meilleur ami, Jérémie entame un chemin de recueillement grâce à la rencontre d’un explorateur français, Loury, qui parcourt des territoires inhabités dans des conditions extrêmes. Ils vont partir ensemble à travers la banquise arctique. Livrés à eux-mêmes, les deux hommes vont s’éprouver, jusqu’à redevenir vivants.
Comédien discret mais pas moins omniprésent dans un paysage francophone où il a plus que fait son trou, Jérémie Renier roule sa bosse depuis plus de deux décennies maintenant avec une régularité qui force intimement le respect, cravachant pour donner le maximum autant chez des nouveaux venus (Clément Cogitore, Charlène Favier, Nicolas Giraud,...) qu'à la distribution de ce que les cinémas français et belges ont de meilleurs : Jaco Van Dormael, les frères Dardenne, François Ozon, Christophe Gans, Bertrand Bonello, Patricia Mazuy, Joachim Lafosse où encore Olivier Assayas et Xavier Beauvois.
Le genre de talent qui peut pleinement justifier à lui seul un déplacement dans une salle obscure, qui plus est lorsqu'il revient derrière la caméra, même après une déception telle que Carnivores (Formellement appliqué mais d'une prévisibilité et d'une inconsistance douloureuse, un thriller psychologico-dramatique élégant et - parfois - hypnotique mais manquant cruellement de chair, un comble vu son titre...).
Seconde réalisation du bonhomme mais surtout sa première en solo, D'un monde à l'autre se fait l'opposé de Carnivores en incarnant un documentaire intime et singulier, vissé sur le véritable travail de deuil du comédien et cinéaste, à la suite de la perte soudaine de son meilleur ami, le comédien Gaspard Ulliel - jamais cité dans le film, même s'il lui est dédié.
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Un travail douloureux mais surtout sensiblement à part (quand bien même nous avons tous une manière différente et personnelle, de digérer/surmonter le deuil) puisqu'il s'est engagé dans une traversée de la banquise arctique avec l'explorateur Loury (dont la présence est vite marquée par des factures frauduleuses dégainées à la production...), s'est confronté de plein fouet à une nature à la fois extrême et implacable pour mieux conjurer une absence qui n'avait de cesse de le hanter.
Tout ce morceau de ciné-thérapie très (trop ?) concis relate cette aventure en terres pas si inconnues mais avant tout et surtout au coeur d'un vide écrasant et figé (où la mort peut frappé à la moindre maladresse) qui se fait le reflet sourd du sceau de la disparition, mais la présence sentencieuse de la voix-off (et une musique toute aussi artificielle), couplée à une durée beaucoup étriquée pour développer une réelle profondeur émotionnelle et cathartique, peine un peu à donner du corps (mais pas d'honnêteté, car il est difficile de douter des bonnes intentions de Renier, malgré un déballage technique qui sappe mignon les velléités d'introspection simple du projet) à cette renaissance maladroite mais sincère où éprouver son âme comme tout son être, devient la meilleure des armes pour damner le pion de la mort et se sentir vivant.
Jonathan Chevrier


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