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[CRITIQUE] : Ressacs, une histoire touarègue


Réalisateur : Intagrist el Ansari
Avec : -
Distributeur : Compagnie des 9muZFrance
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français, Mauritanien, Saoudien.
Durée : 2h00min.

Synopsis :
Une quête personnelle, une transmission générationnelle. Le voyage hiératique d’un cinéaste dans la mémoire de son peuple. Sous forme d’une lettre intime adressée à son fils, tel un testament, l'auteur descendant des Kel Ansar - tribu suzeraine dans la région de Tombouctou, raconte dans son film l’histoire, la résistance et la culture touarègues. Ebranlés par la colonisation, la sédentarisation, les sècheresses, les rebellions et exils cycliques, les touaregs tentent leur ultime survie. A la fois témoignage des conflits en cours et récit conté, le film est aussi un voyage existentiel, entre sable et mer, exil et mémoire vivante.






Elle ne s'explique pas toujours mais ce genre de petite magie n'en reste pas moins essentielle pour tout ceux qui aime un minimum, le septième art dans toute sa richesse et son imprévisibilité - comme sa prévisibilité, aussi.

Au sein d'une distribution hexagonale férocement chargée, où chaque mercredi du mois devient littéralement une jungle certes grisante mais sauvage dans laquelle chaque péloche tente un tant soit peu d'attirer l'attention des cinéphiles et des spectateurs lambda, au coeur d'une salle jamais trop obscures (une proposition qui est tout autant une bénédiction qu'une petite malédiction, tant il faut faire des choix de séances parfois frustants), certaines sorties pas forcément originales ni même accrocheuses sur le papier, parviennent pourtant à nous gentiment taper dans l'oeil voire même mieux que cela, à nous toucher en plein coeur autant par leur simplicité que par leur finesse.

Une oeuvre telle que Ressacs, une histoire touarègue de Intagrist el Ansari, qui dépasse le cadre même du septième art pour incarner une véritable fusion entre le carcan, factuel, de l'œuvre cinématographique et culturelle dont la forme est poétiquement plurielle (ici entre la quête existentielle, le film testamentaire et historico-ethnographique, et la fable ancestrale), et le discours générationnel sous fond de transmission d'une culture et d'un savoir essentiel, au plus près d'un cinéaste communiant avec les hommes et son/leurs histoires, pour remonter celle de tout un peuple - là tribu suzeraine des Kel Ansar - et perpétuer ainsi par l'image et les mots, la culture touarègue, célébrer sa résilience (une survie menacée au fil du temps et, encore aujourd'hui, par la colonisation, la sédentarisation, les sècheresses, les rebellions et exils cycliques) tout en offrant un instantané de leur quotidien aujourd'hui.

En résulte une quête existentialo-mémorielle fascinante et contemplative, vraie expérience humaine et spirituelle qui, même si elle ne semble capturer qu'un fragment d'une histoire résolument dense et mouvementée dans son introspection (" une histoire touarègue " après tout, tout est dans le titre), tout en étant frappée par un rythme sensiblement décousu (mais motiver par le désir sain de prendre son temps pour raconter les choses), n'en reste pas moins joliment immersive et profondément didactique dans son ouverture sincère sur une culture totalement méconnue.
Une belle découverte.


Jonathan Chevrier