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[CRITIQUE] : Mon grand frère et moi


Réalisateur : Ryôta Nakano
Acteurs : Kô Shibasaki, Joe Odagiri, Hikari Mitsushima,...
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Comédie dramatique.
Nationalité : Japonais.
Durée : 2h07min.

Synopsis :
Entre Riko et son frère aîné, rien n’a jamais été simple. Même après sa mort, il continue de lui compliquer la vie : une pile de factures, des souvenirs embarrassants… et un fils ! Aux côtés de son ex-belle-sœur, elle traverse ce capharnaüm entre fous rires et confidences, et redécouvre peu à peu un frère plus proche qu’elle ne l’aurait cru.





C'est parce qu'il est douloureusement universel, que le deuil est une mécanique très souvent abordé par le septième art, tant sa complexité et son acceptation peuvent avoir une définition différente selon la personne qui en est touché et, de facto, dans l'expression que cherche à en offrir le cinéaste à sa barre.

S'il a été abordé/usé sous toutes ses formes possibles ou presque, à tel point qu'il est intimement difficile de proposer quoique ce soit d'original à son sujet, gageons qu'il est rare d'avoir vu une exploration de celui-ci aussi touchante et dense - même si pas dénué de maladresses -, qu'au cœur du nouveau long-métrage du cinéaste nippon Ryôta Nakano (le très beau mais peut-être encore plus perfectible La Famille Asada), Mon grand frère et moi, qui reprend la même vibe " feel good-esque " que son précédent effort, sans pour autant laisser son émotion de côté ni totalement se laisser embraser par les facilités d'un pathos putassier, dans son regard sur un deuil qui transforme - paradoxalement pour le meilleur - une relation frère-sœur tout en amertume et en incompréhensions.

Copyright 2025 Bring Him Down to a Portable Size Film Partners / Art House

Car Nakano vise souvent juste dans son exploration de l'introspection inévitable et brutale d'une sœur qui, passé sa quête désespérée de faire comprendre que son ennemi imaginaire de toujours, son grand frère, était l’antagoniste passif de son existence, commence justement, lentement mais durement, à comprendre qui il était réellement par la force de son absence, à transformer sa jalousie (notamment par rapport à l'amour disproportionné que leur mère lui portait) en humilité.

D'une honnêteté à toute épreuve dans son expression d'une vérité universelle (on ne connaît jamais pleinement les autres, et encore plus au coeur d'un cadre familial où l'ego prime souvent plus que de raison), cette expérience humaine authentique tout en espoir et en guérison, ne déjoue certes pas totalement les maladresses de sa volonté à nouer deuil et catharsis intime, mais difficile néanmoins de ne pas saluer l'ambition du cinéaste pour bâtir un édifice sincère et cohérent (même si un peu trop étiré pour son bien), pour bâtir un beau récit existentiel élégant et stimulant dont la vérité jaillit autant d'un humour subtil et délicat - à l'image de son émotion -, que d'une écriture simple et concise qui explore sans moralisme ni cynisme, les notions d’identité à travers la cellule familiale et ses relations complexes.


Jonathan Chevrier