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[CRITIQUE] : Élise sous emprise


Réalisatrice : Marie Rémond
Acteurs : Marie Rémond, José Garcia, Gustave Kervern, Olivia Côte, Anne Le Ny,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h26min.

Synopsis :
Rien ne va plus dans la vie d’Élise : engluée dans une relation toxique avec Léopold, elle se retrouve propulsée à la tête d’une troupe de théâtre, suite à la mort soudaine du metteur en scène dont elle était l’assistante. Submergée par des crises de panique, Élise vacille. Mais peut-être est-ce dans cette confusion qu’elle parviendra à se libérer de ses emprises et à reprendre le contrôle de sa propre vie ?





Il fut un temps, pas si lointain si l'on ne joue pas trop de la mauvaise foi, où la présence devant la caméra de José Garcia était un vrai gage de qualité, lui qui était passé assee brillamment du statut de second couteau de luxe/voleur de scènes désopilant à vrai comédien protéiforme, capable de jongler sans trop d'embûches entre la comédie et le drame - voire même quelques excursions étonnantes vers le fantastique.

Reste que l'accumulation de péloches pas toujours défendables ont fait qu'il a sans doute perdu un brin de son pouvoir attractif (aussi bien pour le spectateur moyen que pour une industrie hexagonale qui ne lui offre, peut-être, pas assez d'opportunités pour voir plus loin qu'une zone de confort devenue, justement, trop confortable) même si, paradoxalement, il s'est offert quelques-unes de ses plus belles prestations dans des oeuvres plutôt récentes : Chamboultout d'Éric Lavaine, Nous, les Leroy de Florent Bernard mais surtout Lola et ses frères de Jean-Paul Rouve (on pourrait, peut-être, citer également le convenu Le Panache de Jennifer Devoldère, séance hautement oubliable où il n'en reste pas moins convaincant et touchant).

Copyright Films Grand Huit

C'est au détour d'un premier long-métrage qu'on le retrouve en ce mois de mai où l'attention des cinéphiles est sensiblement (et à raison) tournée du côté de la Croisette, Élise sous emprise, premier effort de la comédienne et wannabe cinéaste Marie Rémond (également comédienne vedette et scénariste, pour ne rien gâcher), dont le titre à la fois cohérent et trompeur, n'induit pas forcément l'idée d'une comédie dramatique à forte tendance biographique et introspective, vissée sur les aternoiements d'une jeune femme littéralement sous tension et atteinte de trouble panique, fruit d'une existence autant malmenée par une relation sentimentale profondément toxique et à sens unique, que par un syndrome de l'imposteur carabiné (mais aussi un rapport compliqué avec les transports en commun, ce qui n'aide pas dans un quotidien citadin sans permis de conduire), qui voit son importance se démultiplier lorsqu'elle doit reprendre la main sur une troupe de théâtre, à la suite de la mort soudaine du metteur en scène dont elle était l'assistante.

Une femme sous emprise de ses multiples problèmes invisibles pour les autres donc, dont la narration va suivre la lente mais essentielle (re)prise de contrôle de son existence, au détour d'une écriture toute aussi bienveillante qu'angoissée, une vraie comédie du malaise qui tend à modestement (et sans excès risible et/où frappé par le sceau d'un pathos putassier) aborder le terrain sinueux de la santé mentale, au détour du parcours semé d'embûches d'une héroïne vulnérable mais vaillante, tentant de comprendre ses névroses comme ses blessures pour mieux vivre avec à défaut de pouvoir pleinement les combattre/guérir.

Copyright Films Grand Huit

De belles intentions pour une oeuvre qui souffle à la fois le chaud et le froid, de son rythme en dents de scie à sa mise en scène gentiment rudimentaire, comme la fâcheuse impression qu'il s'empêche d'aller sensiblement au fond des choses.
Mais il y a quelque chose d'attachant pourtant qui se dégage de cette balade bienveillante et décalée dont la prévisibilité n'est finalement pas si dommageable, notamment du côté de sa jolie distribution (mention autant à Jose Garcia, parfait en charmeur hautement manipulateur, qu'à Gustave Kervern et ses chèvres si attachantes), et de son intelligente mise en abîme avec une pièce de théâtre toute aussi chaotique que son héroïne.

Oubliable donc, mais franchement sympathique.


Jonathan Chevrier