[CRITIQUE] : Sanguine
Réalisatrice : Marion Le Corroller
Acteurs : Mara Taquin, Sami Outalbali, Kim Higelin, Karin Viard,...
Distributeur : ARP Sélection
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Français.
Durée : 1h43min.
Synopsis :
Margot débute son internat aux urgences, où elle peine à s’adapter. Très vite, elle fait face à des patients de son âge aux symptômes inexpliqués. La récurrence de ces cas exceptionnels l’interroge, d’autant qu’elle observe, sur son propre corps, des manifestations de plus en plus inquiétantes…
Il y a toujours une certaine excitation à l'idée de découvrir une nouvelle voix au coeur d'un cinéma de genre hexagonal audacieux mais à la verve encore timide, pas tant dans l'espoir de voir émerger une certaine singularité s'exprimer dès un galop d'essai, qu'une réelle confirmation que l'élan lancé avec poigne et talent par Julia Ducournau et Coralie Fargeat (adoubement des grands réunions cinématographiques en prime), même s'il ouvre un temps la porte à des copies plus ou moins calquées, ne sera pas tué dans l'œuf aussi vite qu'il a poppé.
Sensiblement dans l'ombre des deux cinéastes citées plus haut (envers qui les révérences sont de toute manière suffisamment frappantes pour ne pas avoir à le préciser, aussi stérile que puisse paraître pourtant le jeu des comparaisons), Marion Le Corroller s'essaie au long-métrage avec un premier effort aussi ambitieux que perfectible, Sanguine, co-écrit avec Thomas Pujol, dont la double exposition aurait pu incarner une formidable profession de foi : un employé de fast-food, sous la pression combinée d'un client/influenceur excessivement exigeant et d'une hiérarchie oppressive et menaçante, voit noir - où plutôt rouge sang - et zigouille celui qui lui fait face de l'autre côté du comptoir, dans un feu d'artifice furieux.
Trash, sanglant et férocement cartoonesque, même si la narration allait mettre du temps pour justifier la pertinence de ce déchaînement de violence, la promesse d'un roller-coaster sauce body horror bien craspec et tout en mauvais goût comme on les aime.
Sauf que... pas vraiment où plutôt, pas totalement.
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Si Le Corroller à la bonne idée de vouloir donner du corps comme du sens à son horreur baroque et hyperbolique (penser son body horror comme un mal générationnel où la pression de milieux professionnels hostiles poussent les corps en surmenage à muter, à se rebiffer, induisant ainsi que la Gen-Z souffre davantage que les générations précédentes, de la précarité, du surmenage et de la nécessiter de surperformer professionnellement... pourquoi pas), tout en arpentant le chemin balisé du récit initiatique - et de ses rites de passage - à hauteur d'une jeune étudiante en médecine sous pression (logique dans un corps de métier où des décisions rapides doivent être prises, mais son incapacité à résister à la pression s'accompagne d'étranges excroissances, saignements et autres lésions, qui vont de pair avec une hyper-efficacité exceptionnelle), elle se prend sensiblement la pellicule dans les limites même de sa satire bateau et d'une représentation stéréotypée (et affreusement surlignée, quitte à prendre son auditoire pour une patare) et dénuée de toute densité, de ce qu'elle dénonce (un capitalisme aliénant et une économie qui broie ses plus jeunes travailleurs).
Des maladresses narratives évidentes (auxquelles s'ajoutent des sous-intrigues sentimentales - toutes aussi survolées - totalement dispensables), jamais contrebalancées par une distribution plutôt impliquée (Mara Taquin et Sami Outalbali en tête), ni par une mise en scène néanmoins généreuse, qui joue joliment la carte du vertige et de la désorientation (la SnorriCam dans son climax, la " VaginaCam " de Frank Henenlotter au coeur d'une scène d'accouchement inversée, quelques beaux cadrages inclinés, ...), tout en s'appuyant sur une colorimétrie d'un rouge profond qui donne une vraie identité chromatique au film (fruit d'une photographie gentiment anxiogène de Guillaume Schiffman, qui s'appuie sur un chouette travail sur les décors d'Anne-Sophie Delseries).
Contagion allégorico-capitaliste, angoisses existentielles (le concept, très réaliste, de l'abandon total de soi pour réussir) et ironie mordante font bon ménage (penser le body horror et la mutation, Cronenbergienne en diable, d'un corps pour survivre aux exigences brutales du monde du travail et de la productivité déshumanisée et déshumanisante moderne, est une put*** d'idée sur le papier, si elle est muée par une écriture solide et une puissance dramatique/émotionnelle un tant soit peu étoffée), mais moins sous le poids des lacunes et des imperfections criantes inhérentes à tout premier long-métrage, aussi ambitieux et référencé soit-il.
Mais difficile de taper sur une ambulance rouge sang qui, justement, sait se faire intense (avec une excellente B.O. électro de Rob), fun et brutal.
On suivra, évidemment, la suite de la carrière de Marion Le Corroller avec un intérêt plus que certain.
Jonathan Chevrier


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