[CRITIQUE] : Retour avant 15 heures
Réalisateur : Gaël Lépingle
Acteurs : Serge Renko et Philippe Girard.
Distributeur : La Traverse
Budget : -
Genre : Documentaire, Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h14min.
Synopsis :
C’est un homme et son lieu, le père dans un pavillon de lotissement. C’est après sa mort. On a retrouvé quelque chose. Pas un secret, mais l’envers des jours, consigné avec une précision obsessionnelle. Une lutte quotidienne avec la vie matérielle et le temps qui passe.
C'est parce qu'il est douloureusement universel, appelé à habiter nos existences jusqu'à notre dernier souffle, que le deuil est une mécanique très souvent abordé par le septième art, tant sa complexité et son acceptation peuvent avoir une définition différente selon la personne qui en est touché et, de facto, dans l'expression que cherche à en offrir le cinéaste à sa barre.
S'il a été abordé/usé sous toutes ses formes possibles ou presque, à tel point qu'il est intimement difficile de proposer quoique ce soit d'original à son sujet, le nouveau long-métrage de l'essayiste et cinéaste Gaël Lépingle, à la carrière jusqu'ici sensiblement singulière (dans le bon sens du terme), Retour avant 15 heures, vient gentiment nous contredire en abordant le sujet d'une manière à la fois intime et poétique, objet hybride enlacant le documentaire comme la fiction pour mieux reconstruire la présence d'un père défunt par son absence, par l'inexplicabilité d'une existence et de ce qu'elle a laissé derrière elle, par l'incapacité - physique et humaine - de pouvoir communiquer avec elle sans pour autant, émotionnellement, la priver d'habiter l'espace et le quotidien.
Tout part d'une tentative de déchiffrer le trivial, l'absurde, la vérité jusqu'ici inconnue d'un père qui consignait avec une méticulosité obsessionnelle le moindre de ses faits et gestes journaliers, une manière concrète d'écrire sa vie pour souligner subjectivement son infinie banalité, d'incarner une forme d'envers du décor du quotidien, un testament singulier et cryptique de qui nous sommes par nos actes, pour nous-mêmes et les autres.
Une enquête personnelle et post-mortem qui se fait le terreau parfait et d'une poésie déjà brute (l'anecdotique qui se fait bouleversant lorsqu'il touche un membre de sa propre famille, qui plus est un être qui n'est plus), pour que le cinéaste compose un nouveau genre, la fiction post-it sur la tristesse et la beauté du banal, moins vulnérable et/où prétexte qu'elle n'en à l'air, qui ressuscite d'une manière sublime et illusoire le disparu par ses mots, récités à voix hautes comme des incantations shamanico-cinématographique (par un impressionnant Serge Renko), pour leur donner un corps nouveau dans le cadre même de leur existence (le film est tourné dans la propre maison familiale de Lépingle), une valeur théâtrale et littéraire loin de l'insignifiance que l'intimité du papier - où le numérique - lui impose.
En résulte une ultime rencontre mélancolique et métaphysique entre un père et son fils ou le second conjure l'irréversible, transforme l'intime en universel dans une quête de sens plurielle qui prend vite les contours d'une célébration bouleversante entre la résurrection et l'inhumation symbolique.
Une sacrée séance donc.
Jonathan Chevrier
Acteurs : Serge Renko et Philippe Girard.
Distributeur : La Traverse
Budget : -
Genre : Documentaire, Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h14min.
Synopsis :
C’est un homme et son lieu, le père dans un pavillon de lotissement. C’est après sa mort. On a retrouvé quelque chose. Pas un secret, mais l’envers des jours, consigné avec une précision obsessionnelle. Une lutte quotidienne avec la vie matérielle et le temps qui passe.
C'est parce qu'il est douloureusement universel, appelé à habiter nos existences jusqu'à notre dernier souffle, que le deuil est une mécanique très souvent abordé par le septième art, tant sa complexité et son acceptation peuvent avoir une définition différente selon la personne qui en est touché et, de facto, dans l'expression que cherche à en offrir le cinéaste à sa barre.
S'il a été abordé/usé sous toutes ses formes possibles ou presque, à tel point qu'il est intimement difficile de proposer quoique ce soit d'original à son sujet, le nouveau long-métrage de l'essayiste et cinéaste Gaël Lépingle, à la carrière jusqu'ici sensiblement singulière (dans le bon sens du terme), Retour avant 15 heures, vient gentiment nous contredire en abordant le sujet d'une manière à la fois intime et poétique, objet hybride enlacant le documentaire comme la fiction pour mieux reconstruire la présence d'un père défunt par son absence, par l'inexplicabilité d'une existence et de ce qu'elle a laissé derrière elle, par l'incapacité - physique et humaine - de pouvoir communiquer avec elle sans pour autant, émotionnellement, la priver d'habiter l'espace et le quotidien.
Tout part d'une tentative de déchiffrer le trivial, l'absurde, la vérité jusqu'ici inconnue d'un père qui consignait avec une méticulosité obsessionnelle le moindre de ses faits et gestes journaliers, une manière concrète d'écrire sa vie pour souligner subjectivement son infinie banalité, d'incarner une forme d'envers du décor du quotidien, un testament singulier et cryptique de qui nous sommes par nos actes, pour nous-mêmes et les autres.
Une enquête personnelle et post-mortem qui se fait le terreau parfait et d'une poésie déjà brute (l'anecdotique qui se fait bouleversant lorsqu'il touche un membre de sa propre famille, qui plus est un être qui n'est plus), pour que le cinéaste compose un nouveau genre, la fiction post-it sur la tristesse et la beauté du banal, moins vulnérable et/où prétexte qu'elle n'en à l'air, qui ressuscite d'une manière sublime et illusoire le disparu par ses mots, récités à voix hautes comme des incantations shamanico-cinématographique (par un impressionnant Serge Renko), pour leur donner un corps nouveau dans le cadre même de leur existence (le film est tourné dans la propre maison familiale de Lépingle), une valeur théâtrale et littéraire loin de l'insignifiance que l'intimité du papier - où le numérique - lui impose.
En résulte une ultime rencontre mélancolique et métaphysique entre un père et son fils ou le second conjure l'irréversible, transforme l'intime en universel dans une quête de sens plurielle qui prend vite les contours d'une célébration bouleversante entre la résurrection et l'inhumation symbolique.
Une sacrée séance donc.
Jonathan Chevrier








