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[ENTRETIEN] : Entretien avec Daphné Huynh (membre du jury international du BIFFF)

© Vlad VDK


Il suffit de quelques secondes pour constater que Daphné Huynh dispose d’une certaine musicalité dans son ton, quelque chose qu’elle reconnaît elle-même en interview. Ce fut en tout cas l’une des raisons du grand plaisir qu’on a eu d’échanger avec cette artiste multifacettes à l’occasion de sa venue au Brussels International Fantastic Film Festival en tant que membre du jury international.

J'adore voir des films toute la sainte journée, et prendre plein de petites notes dans mon petit carnet, dans le noir. - Daphné Huynh

On se rencontre dans le cadre du Festival du Film Fantastique de Bruxelles, dont tu es membre du jury international. Qu'est-ce que ça te fait d'abord d'être dans le jury et quel est ton sentiment par rapport à pareil festival dans le cinéma d'aujourd'hui ?

C'est la deuxième fois que je fais partie d'un jury de cinéma, c'est la deuxième année consécutive, et c'est trop chouette. J'adore voir des films toute la sainte journée, et prendre plein de petites notes dans mon petit carnet, dans le noir. C'est très rigolo parce qu'on est tous et toutes en train de noter des trucs, et après on se relit, on fait « qu'est-ce que c'est que ces pattes de mouche ? » (rires) Mais ça me permet aussi personnellement de voir des films que je n'aurais pas spontanément vus toute seule au cinéma et de découvrir plein d'autres artistes. Le fait d'être dans le jury d’un festival comme celui-ci, ça permet plein de chouettes rencontres aussi, d'ouvrir le champ des possibles, j'ai envie de dire !

Tu étais dans un court-métrage qui est passé au BIFFF, Fashion Victim de Katia Olivier. Est-ce que tu peux parler un peu de cette expérience ?

C'était une de mes premières expériences de tournage après mon diplôme du conservatoire en théâtre. Et oui, c'est Katia Olivier qui l’a fait, je ne sais même plus si on a passé un casting. Oh la la, ça fait une décennie maintenant ! (rires) Mais elle cherchait des acteurs asiatiques et métisse asiatiques en France et en Belgique pour jouer dans son court-métrage, et elle savait que ce serait, je pense, programmé au BIFFF. En tout cas, c'est une grande habituée du festival et elle savait que ce serait dans pas mal d'endroits comme ça. Et donc, j'ai dit oui tout de suite parce que je trouvais le scénario hyper délirant. C'était la première fois que je maniais une arme aussi pour un tournage.
J'ai eu l'occasion de le faire deux ou trois autres fois après. Mais là, c'était la première fois. Et donc, c'est super en tant que jeune actrice aussi de pouvoir manier une arme, ça fait partie du CV. J'ai rencontré des copains du milieu qui sont toujours mes amis maintenant, des acteurs et actrices asiatiques francophones. Et c'est trop chouette. Je remercie beaucoup Katia pour ça. Et c'était ma première expérience au BIFFF d'ailleurs aussi, après, en tant que spectatrice.

Qu’est-ce qui t'a poussée à devenir actrice ?

J'ai toujours voulu faire ça. Quand j'étais petite, je faisais plein d'activités extrascolaires, et mes parents m'avaient inscrite à l’académie d'Ixelles, et à des activités théâtre aussi. J'ai toujours aimé ça, être sur scène, surtout faire des blagues. Au début, j'adorais refaire les sketches des Inconnus. Après, en grandissant, en étant ado, j'ai continué le théâtre, et puis j'ai été au conservatoire de Lille aussi. Et là, on avait fait une activité, des exercices de Theatre Kids, des trucs que je ne pourrais même pas expliquer parce que ça fait gros zinzin. Bref, des gros exercices d'imagination. Et j'ai tellement oublié le temps et l'espace, le temps d'une heure, que je me suis dit « En fait, ce n'est pas possible, c'est vraiment ça ce que je veux faire ». Et je me souviens très bien m'être dit que si je ne faisais pas tout ce qui était en mon pouvoir pour être actrice, je me voyais sauter par la fenêtre, tout simplement. (rires). Donc, même si je ne suis pas encore aux Oscars ou à Cannes, ça ne saurait tarder, j'espère. Le fait est que, comme je n'ai jamais dérivé de cet objectif, j'ose espérer que j'ai réussi à planter mes petites graines par-ci, par-là. Ce que je veux dire, c'est que je suis plutôt contente de l'avancement de mon CV, petit à petit. Il fait son nid.

J’ai lu justement dessus que tu as été doublure de Lindsay Lohan.

Ah oui, j'ai fait ça, oui. Mais pour un film de loup-garou, je ne sais même plus comment il s'appelle…

The Shadow Within.

C'est ça ! C'était une scène au Palais de Justice en plus, parce qu'il se trouve que Lindsay Lohan, dans ce film apparemment, était encore dans la période où elle n'allait pas très bien. Et donc, elle faisait parfois des petits coups où elle n'apparaissait pas, ou bien où elle disparaissait pendant deux jours. Donc il fallait des doubleurs au pied levé. On m'a foutu une perruque rousse. J'avais plus ou moins la même taille que Lindsay, la même morphologie et je devais m'éloigner au loin dans le Palais de Justice. Moi qui suis une grande fan de Mean Girls et de Lindsay, je me suis dit : « eh bien voilà ! » (rires) J'avoue, c'est une scène très unique à avoir dans son CV quand même.

Tu as été dans des courts de Laetitia Casta et Lucile Hadzihalilovic. Peux-tu revenir sur ces expériences ?

Pour le coup, c'était ma première expérience de tournage, et j'étais encore au conservatoire à ce moment-là. C'était pendant l'été 2013 qu'on a tourné ça et c'était vraiment chouette, parce que toutes les actrices ont été toutes logées à la même enseigne, vu que c’étaient des rôles silencieux. Et le cinéma de Lucie Hadzihalilovic est très organique et très visuel. C'était super, parce que je trouve que Lucille, malgré son parcours, elle n’est pas si... Enfin, si, elle est impressionnante, mais dans le sens où elle est accessible. Elle est accessible, elle est hyper douce, très professionnelle, j'ai adoré travailler avec elle. Et pour Laetitia Casta, c'est différent, parce que c'était vraiment une scène où on était plusieurs... On était beaucoup de jeunes femmes, et c'était l'une de ces scènes qu'on accepte quand on est jeune débutante ou jeune sortante d'école. Et puis je me dis que je vais rencontrer Laetitia Casta, donc c'est super. Mais pour le coup, Laetitia Casta, c'était vraiment une scène d'une après-midi, donc j'ai moins eu l'occasion d'interagir avec elle qu'avec Lucille, et probablement que Laetitia ne se souvient pas de nous. Lucille, oui. Mais on était très bien encadrés, très bien dirigés, c'était une chouette expérience aussi.

© Jean Luc Flemal / La Libre.be

Personnellement, moi je te connais plus pour tes chroniques radio sur La Première. Est-ce que celles-ci t’apportent une autre forme de contribution dans ton jeu ?

Je ne pense pas que mes chroniques influencent ma manière de jouer au théâtre ou au cinéma. Par contre, avant de faire des chroniques, j'ai longtemps fait, je fais toujours du doublage radio, des voix off radio et du doublage de cartoons et de séries. Je pense que ça, ça a plus inspiré ma manière de délivrer mes chroniques à la radio. Je sais que je l'ai noté plutôt que l'inverse. Et c'est vrai que mes copains me disaient qu’on reconnaît ma musique à ma façon de lire mes chroniques. J'ai une certaine musique dans la voix manifestement quand je délivre mes chroniques.

Peux-tu parler un peu plus de Wallifornia Dreamin qui est actuellement en phase de développement ?

C'est une comédie féministe et déjantée que j'écris avec mon amie Lucie Mattot parce qu'on est des grandes fans de chick flicks. C'est le cinéma, entre gros guillemets, de filles, très girly, surtout référencé à l'année 2000 avec des films comme La Revanche d'une blonde, Mean Girls, tout ça. Ce sont nos films préférés, nos films de chevet. Et on s'est dit, merde, qu’en Belgique, on n'a que du cinéma d'auteur ou un peu de genre mais très peu de comédie et qu’on n'a jamais osé faire de chick flicks. Donc, j'ai dit « Let's go, soyons les premières ! » C'est venu de là. On a très vite été accompagnées par Pierre Foulon de Kozak Films parce qu'on a fait une séance de pitch au BRIFF et il nous a accompagnées tout de suite avec des personnalités comme Camille Didion et Anouchka Walewyk. Elles ne sont pas coscénaristes mais elles sont scénaristes de profession, de base, alors que nous, on débarque. Elles nous ont appris les rudiments du métier. Notre réalisateur, Julien Henry, nous a beaucoup aidées également dans le processus créatif. C'est l'histoire, pour résumer en deux, trois lignes, de deux meilleures copines trentenaires, complètement loseuses. Certains pourraient dire qu'elles ont raté leur vie. Elles ont un chien, un carlin qui s'appelle Bukkake, qui est dépressif et qui est leur gagne-pain puisqu'il est chien de publicité. Donc elles l'exploitent un petit peu, il faut dire ce qui est. Mais comme il est gravement dépressif, il faut le guérir à tout prix sinon plus de moulaga. Elles décident donc de faire un road trip à travers la Wallonie pour trouver une chamane guérisseuse d'animaux parce que pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Et malheureusement ou heureusement, sur la route il y a un serial killer qui ne leur veut pas du bien. Donc ça mélange le chick flick, le slasher, le road trip, la grosse comédie potache et en même temps le thriller. On a vraiment fait un gros melting pot même si le genre principal qui nous inspire le plus reste le chick flick mais qui va petit à petit essayer de se faire bouffer par les autres genres. On va faire du méta cinéma quelque part ! C'est bien, on a déjà eu tellement de méta cinéma toute la période où les mecs voulaient refaire Tarantino. C'est cool aussi d'avoir du chick flick méta. Dans l'ensemble en tout cas, ça reste une bonne comédie. Enfin une comédie en tout cas : c’est à vous de juger si elle est bonne…

Mais peut-être justement, quel est ton premier vrai souvenir de cinéma ?

Je pense que c'était Titanic. Je pense que je devais avoir 5 ou 6 ans à ce moment-là. Je pense que ça a été un de mes plus vieux souvenirs de cinéma et le plus marquant aussi forcément : Jack sur le radeau, ça marque un esprit enfantin ! Mais ouais, c'est Titanic.

Est-ce que tu as d'autres projets pour le moment dont tu as envie de parler un peu plus ?

Je joue dans le film du youtubeur Babor lelefan qui s'appelle Irréalisable et qui va faire ses premières projections à partir du mois prochain avec des avant-premières un peu partout. Il y a une avant-première à Bruxelles qui aura lieu le 27 mai au cinéma Aventure. Venez si vous voulez voir une grosse parodie de slasher, c'est par là que ça se passe !

Est-ce que tu aurais adoré avoir une dernière question pour clôturer cet entretien ?

Let me think… En tant que jury, qu'est-ce que je recherche dans les films qui sont à l'affiche ici au BIFFF ? Quels sont mes points importants ? Je dirais, bien sûr, une cohérence, un certain sens de la mise en scène, un bon dialogue, une bonne histoire et comme on est au BIFFF quand même, je ne m'attends pas forcément qu’à de l'hémoglobine mais surtout à des frissons, à être vraiment recroquevillée dans mon siège. J'aime beaucoup l'aspect « LOL », donc bien sûr qu'il y a des films qui ne sont pas drôles mais on peut y trouver de la comédie ainsi que des choses dans d'autres petits détails. Je fais très attention à ça, à l'humour et à l'autodérision.



Entretien réalisé par Liam Debruel.
Merci à Jonathan Lenaerts et l’équipe du festival pour cet entretien.