[CRITIQUE] : Alice aux pays des colons
Réalisateur : Yanis Mhamdi
Avec : -
Distributeur : BLAST
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h45min
Synopsis :
Alice Kisiya a 30 ans. Elle est originaire de Bethléem et possède, fait rare, la nationalité israélienne. Cela n’a pourtant pas empêché les colons de s’emparer de son terrain, là où se dressaient la maison familiale et le restaurant de ses parents. Chaque jour, Alice revient sur place pour défier cette dépossession, seule face à l’armée israélienne qui protège les colons. Sa double identité, loin de la préserver, rend son combat d’autant plus symbolique : elle incarne une forme de résistance civile, déterminée et frontale, menée au coeur même d’un système colonial. Alaa Nasr, lui, a 27 ans et vit à Madama, un petit village du nord de la Cisjordanie. Madama est encerclé par deux colonies israéliennes qui le surplombent, menaçant à tout instant de l’engloutir. Dans ce contexte d’étouffement progressif, Alaa et ses amis refusent de fuir. Malgré les attaques régulières, les tirs, les meurtres, ils choisissent de rester, de défendre leur village, leur mode de vie, leur histoire. Leur résistance est celle d’un ancrage, physique et moral, sur une terre que l’on tente de leur arracher. En suivant Alice et Alaa dans leur quotidien, le film éclaire deux trajectoires qui se croisent sans se rencontrer, deux formes de courage face à une machine d’occupation toujours plus brutale.
À une heure où les médias choisissent une manière sournoise et partiale de couvrir l'actualité, pour quiconque n'ayant pas le réflexe de se perdre dans les méandres des réseaux sociaux où, il est vrai, tout et son contraire y est affirmé telle une vérité irréfutable; le septième art est plus que jamais un outil de prise de conscience et de connaissance essentiel, pour réaliser ce qu'il se passe réellement sur notre planète.
Le journaliste et réalisateur Yanis Mhamdi fait sensiblement parti de ces voix qui ne taisent pas cette dure vérité dont on limite consciemment et politiquement l'écho : il nous catapulte au plus près d'elle, l'embrasse dans toute sa crudité tragique, nous oblige à ne plus fermer les yeux.
Son documentaire, Alice aux pays des colons, dont l'exploitation en salles relève presque d'un petit miracle en soit, nous catapulte au plus près de la mécanique (trop) bien huilée de la colonisation en Cisjordanie, entre spoliation de terrains, violences plurielles et abolition de toute liberté, au plus près du quotidien sous occupation et du combat de deux jeunes adultes qui résistent comme ils le peuvent, aux actions des colons israéliens : Alice, originaire de Bethléem et Alaa, vivant à Madama.
La première, jeune femme chrétienne ayant la double nationalité israélienne et palestinienne (ce qui implique qu'elle n'a pas les mêmes droits que les autres), tente courageusement - et pacifiquement - de récupérer les terres familiales spoliées par les colons, là où Alaa, jeune musulman dont le présent est marqué par une privation de mouvement - voire de tout - et une violence sourde, n'a strictement aucune perspective d'avenir, coincé entre des checkpoints absurdes qui lui délimitent un présent sans espoir ni paix, et des colons qui grappillent sans cesse du terrain (jusqu'à que ses terres soient prises pour cible).
Sans tambour ni trompette mais avec une crudité qui n'a d'égale que celle du réel et de son injustice persistante, le documentaire célèbre la résilience extraordinaire d'un peuple (à qui il donne la parole, puisque les médias s'y refusent) victime d'une politique agressive et inhumaine toute aussi internationalement tolérée que soutenue, un cauchemar dont la finalité est simple et sans issue saine : partir où mourir.
Jonathan Chevrier







