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[CRITIQUE] : Les Fleurs du manguier


Réalisateur : Akio Fujimoto
Avec : Muhammad Shofik Rias Uddin, Shomira Rias Uddin,...
Distributeur : Arizona Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais, Français, Malaisien, Allemand.
Durée : 1h39min

Synopsis :
Dans l’espoir de retrouver leur famille dispersée, Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans, quittent un camp Rohingyas du Bangladesh pour rejoindre la Malaisie. Guidés par leur regard d’enfant, ils entreprennent une traversée périlleuse.





Fort d'un cinéma certes encore jeune mais déjà puissant, articulé autour des douloureuses notions de déracinement et de confusions identitaires et existentielles, le cinéaste nippon semble consciemment répondre à son excellent Passage of Life, au détour de son troisième long-métrage, Les Fleurs du manguier, coup de projecteur sur le calvaire - toujours actuel - qui sert de quotidien au peuple Rohingya et à son identité culturelle fragmentée (un peuple persécuté et - majoritairement - musulman qui vivait jadis dans le nord de l'État d'Arakan, dans l'ouest de la Birmanie, avant d'être flanqués dans des camps de réfugiés au Bangladesh, dont la condition d'apatrides à qui l'ont refuse tout droit - politique, économique où même social -, les oblige à migrer dans des pays frontaliers où ils sont un minimum - et humainement - reconnus), capturé au détour de la fuite en avant de deux mômes - Shafi, 4 ans, et sa sœur Somira, 9 ans - qui s'échappent justement d'un camp de réfugiés au Bangladesh, pour essayer d'accrocher la Malaisie et y rejoindre leurs oncles déjà installés, dans un périple périlleux où les liens du sang et du coeur sont la seule richesse, le seul refuge qu'il leur reste.

Copyright Arizona Distribution

Un exode brutal embaumé dans un réalisme particulièrement cru mais qui, par le prisme du regard choisi, celui de confronter l'innocence et les angoisses d'une enfance dépassée à la dureté et à la violence sourde - comme absurde - des adultes et de l'inconnu (un parti pris qui le rapproche, instinctivement, du cinéma d'Hirokazu Kore-eda et, évidemment, du maître Ozu), rend la balade certes plus empathique mais également encore plus authentique (malgré la distance imposée par le regard à hauteur de bambins), tant le cinéaste trouve un équilibre certes précaire mais juste en ne sombrant ni dans un misérabilisme putassier (jusque dans la musique délicate de Ernst Reijseger, collaborateur régulier de Werner Herzog), ni dans une idéalisation maladroite d'une réalité désespérée et désespérante où, yeux d'enfants oblige, l'espoir persiste mais dans le brouillard le plus complet.

Pudique et épuré, dans le sens où la grammaire cinématographique est réduite ici à l'essentiel (une caméra vissée à l'épaule pour conserver une immédiateté vraie et chaotique, le jeu pur de comédiennes/comédiens non-professionnels, une narration expurgée de toute superficialité dramatique), Les Fleurs du manguier se fait une oeuvre douce-amère et déchirante, une observation anthropologique percutante et poignante d'une migration obligée.
L'une des (très) belles découvertes du moment.


Jonathan Chevrier