[CRITIQUE] : À voix basse
Réalisatrice : Leyla Bouzid
Avec : Eya Bouteraa, Hiam Abbass, Marion Barbeau, Feriel Chammari,…
Distributeur : Memento
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Tunisien.
Durée : 1h53min
Synopsis :
De retour en Tunisie pour les funérailles de son oncle, Lilia retrouve une famille qui ignore tout de sa vie à Paris. Déterminée à éclaircir le mystère de cette mort soudaine, Lilia se retrouve confrontée aux secrets d'une maison où cohabitent trois générations de femmes.
On pouvait déjà ressentir une douce continuité au sein de la filmographie naissante de la réalisatrice et scénariste tunisienne Leyla Bouzid, au moment de la sortie de son second long-métrage, Une histoire d'amour et de désir (frais - même si peu original - et langoureux teen movie au naturel désarmant, façon une mise en images d'un empathique conflit interne entre appréhension de l'inconnue - comme de soi - et désir sincère d'abandon - où le plus grand ennemi que l'on puisse avoir reste soi-même -, prenant lentement mais sûrement le pli d'un récit d'émancipation sensuel et charnel ou le désir physique épouse sans réserve les battements vibrants et passionnés des coeurs), qui répondait sur plusieurs points à son premier effort À peine j'ouvre les yeux (chronique à la fois sensible, mélancolique et douloureuse sur les rêves et les espoirs brisés du Printemps arabe).
Bonne nouvelle, sa troisième réalisation, À Voix Basse, tire à nouveau des points de concordance résolument fascinant avec son premier film, que ce soit à travers des questionnements identitaires de ses personnages (voire les siens), où un rapport constant avec la culture comme les traditions de sa Tunisie natale.
Elle revêt ici, une seconde fois, moins le statut d'un décor somptueux que celui d'une composante essentielle à une histoire qui traite autant de la violence absurde et sourde envers la communauté queer d'une société conservatrice et patriarcale où l'homosexualité est un crime, que de l'impossibilité d'une émancipation totale des femmes sous le poids d'une étroitesse d'esprit et d'une répression constante.
Elle revêt ici, une seconde fois, moins le statut d'un décor somptueux que celui d'une composante essentielle à une histoire qui traite autant de la violence absurde et sourde envers la communauté queer d'une société conservatrice et patriarcale où l'homosexualité est un crime, que de l'impossibilité d'une émancipation totale des femmes sous le poids d'une étroitesse d'esprit et d'une répression constante.
Le tout tissé au détour du - difficile - retour de métropole d'une jeune femme lesbienne tout autant décidé à élucider le mystère autour de la mort de son oncle, à l'homosexualité cachée (puisque pénalement condamnable, connue des siens mais pas pour autant accepté par tous), qu'à venir exploser la honte et les non-dits familiaux à travers une confrontation frontale aux autres comme à sa propre intimité (le parcours d'une affirmation empêchée de son oncle, faisant justement écho à sa propre identité queer qu'elle n'ose même pas aborder avec sa mère, d'autant que sa compagne vient ajouter une difficulte supplémentaire en l'accompagnant), où le passé vient - maladroitement - s'entremêler au présent.
Un sacré programme pour une oeuvre douce-amère à la fois un chouïa didactique et délicate, qui jongle entre le drame familial touchant et tout en ressentiments (dans son parallèle entre une ancienne garde qui voit la différence comme une tare, une jeunesse qui a peur d'être renié mais qui ne veut plus subir sa souffrance murée dans ne silence, et une génération médiane, entre tradition et modernité, qui tente de briser un cycle de malheur à la cuirasse solide), et le récit d'émancipation/d'affirmation au lâcher prise douloureux, embaumé dans une mise en scène une nouvelle fois aussi élégante et cotonneuse, À Voix Basse n'est pas toujours frappé par le sceau de la justesse mais n'en reste pas moins une belle et lancinante expérience de cinéma, authentique et militante, portée par la puissance rare de ses comédiennes, dominées de la tête et des épaules par une Hiam Abbass absolument impériale.
Jonathan Chevrier
Un sacré programme pour une oeuvre douce-amère à la fois un chouïa didactique et délicate, qui jongle entre le drame familial touchant et tout en ressentiments (dans son parallèle entre une ancienne garde qui voit la différence comme une tare, une jeunesse qui a peur d'être renié mais qui ne veut plus subir sa souffrance murée dans ne silence, et une génération médiane, entre tradition et modernité, qui tente de briser un cycle de malheur à la cuirasse solide), et le récit d'émancipation/d'affirmation au lâcher prise douloureux, embaumé dans une mise en scène une nouvelle fois aussi élégante et cotonneuse, À Voix Basse n'est pas toujours frappé par le sceau de la justesse mais n'en reste pas moins une belle et lancinante expérience de cinéma, authentique et militante, portée par la puissance rare de ses comédiennes, dominées de la tête et des épaules par une Hiam Abbass absolument impériale.
Jonathan Chevrier









