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[CRITIQUE] : Vivaldi et moi


Réalisateur : Damiano Michieletto
Avec : Tecla Insolia, Michele Riondino, Fabrizia Sacchi, Andrea Pennacchi,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Historique, Musical.
Nationalité : Italien, Français.
Durée : 1h51min

Synopsis :
Au début du XVIIIᵉ siècle, l’Ospedale della Pietà à Venise recueille et forme de jeunes orphelines à la musique. Dissimulées au public, souvent masquées ou derrière une grille, l’orchestre de jeunes filles se produit pour les riches mécènes de l'institution. Cécilia, 20 ans, y excelle en tant que violoniste. Jusqu'au jour où l'arrivée d’un nouveau maître de musique, Antonio Vivaldi, vient bousculer sa vie et celle de l’Ospedale.




Il arrive parfois, souvent même, que l'on se rende dans une salle obscure sans réellement savoir ce qui nous attend, un privilège rare pour quiconque reste un minimum à l'affût - comme nous - de toute sortie dans le but d'en laisser le moins de côté possible chaque mercredi de sortie (une tâche sisyphéenne tant la proposition ne cesse de se faire de plus en plus imposante).

Dès lors, un frisson étrange nous parcourait l'échine à la lecture du titre du premier long-métrage du wannabe cinéaste et metteur en scène de théâtre italien Damiano Michieletto, Vivaldi et moi : l'idée, à une heure où le biopic musical moderne peut intimement se voir comme l'une des propositions les plus facilement déclinables du marché, que l'on se retrouve fasse à une énième proposition du genre au moment même où Michael d'Antoine Fuqua, hante nos mémoires en incarnant le tacos six viandes absolu : un exercice glorifié de gestion de marques/icônes, articulé entre des numéros musicaux fédérateurs - continuellement à la lisière du fan service -, des performances d'acteurs plus ou moins grimés à la truelle et une intrigue (ou un semblant d'intrigue) distribuant avec plus ou moins de subtilités, des affirmations biographiques généralement approuvées en amont par la succession et/ou les proches des défunts (parfait pour une course aux statuettes dorées).

Rien de tout cela, heureusement, tant ce qui est une adaptation plus où moins fidèle du roman épistolaire Stabat Mater de Tizano Scarpa, est moins un biopic qu'un drame historico-musical dans la veine du pas forcément mémorable La Jeune Fille à la perle de Vermeer de Peter Webber (il fallait un exemple, calmes-toi cher lecteur) : la figure artistique - ici Vivaldi - n'est pas le protagoniste de l'histoire, mais bien le second couteau d'un fin et joliment féministe portrait de femme dans le Venise affreusement patriarcal du XVIIIᵉ siècle (montré sans concession, dans toute sa lâcheté comme dans toute sa laideur institutionnelle).

Copyright Moana Films 2026 / Michele Riondino / Diaphana Distribution

Soit Cécilia, orpheline (arrachée très jeune à une mère qu'elle n'a jamais connu, mais qui cherche toujours, obstinément, à la projeter dans son imaginaire) de l’Ospedale della Pietà (qu'elle ne quittera que mariée... où plutôt vendue) qui excelle dans la pratique du violon, qui aura le privilège d'avoir pour maître Antonio Vivaldi, dans une relation qui, même marqué par le sceau d'un déséquilibre évident, ne se résout jamais à se perdre dans les méandres d'un rapport dominé/dominant, et encore moins dans les bras glucosés d'une romance sirupeuse et dérangeante : ils sont uniquement unis par un amour inconditionnel de la musique, une pratique à la fois épanouissante et propice à combler un vide existentiel...

En résulte une oeuvre un brin ambivalente, à la fois poignante et douce-amère mais dans le même mouvement prévisible et cruellement conventionnelle (mais définitivement plus défendable que le Gloria! de Margherita Vicario, dans son exploration du pouvoir cathartique de l'acte musical comme dans son hymne à l'émancipation féminine, comme sa mise en images de la condition de la femme à cette époque), la faute à une écriture sans aspérités que ne vient jamais relever une mise en scène sans ampleur (mais, heureusement, dénuée de tout maniérisme putassier, à laquelle s'ajoute une reproduction, des décors aux costumes, particulièrement soignée), là où son utilisation de la musique se fait paradoxalement juste et délicate.

Une belle et ludique séance néanmoins, renforcée par la prestation nuancée et intense d'une Tecla Insolia incroyablement magnétique - et définitivement à suivre à l'avenir.


Jonathan Chevrier