[CRITIQUE] : The Drama
Réalisateur : Kristoffer Borgli
Avec : Robert Pattinson, Zendaya, Alana Haim, Mamoudou Athie,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Drame, Comédie, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h46min.
Synopsis :
Un couple comblé voit son bonheur mis à l’épreuve lorsqu’un rebondissement inattendu vient tout bouleverser à une semaine de son mariage.
Il y a quelque chose de profondément grisant dans la manière de découvrir comment le cinéaste norvégien Kristoffer Borgli, pense chacun de ses efforts comme des miroirs déformés des précédents, tout en les liant dans une forme de pertinence qui va bien au-delà de sa propension de jouer d'un humour particulièrement féroce et décalé.
Dream Scenario, satire audacieuse sur la renommée instantanée et la cancel culture, qui louchait gentiment du côté des cinémas de Charlie Kaufman et Ari Aster (avec, certes, une figure de gentil névrosé purement Allenienne), répondait directement à Sick of Myself, dans sa manière d'incarner autant une critique incisive des normes qui régissent notre société contemporaine, qu'une réflexion tout aussi piquante sur la notion de célébrité/popularité.
Si la Signe de Kristine Kujath Thorp, avec son visage totalement défiguré, fruit d'une spirale autodestructrice qui se faisait parfaitement et ironiquement, le symbole de l'obsession furieusement contemporaine des jeunes générations à vouloir atteindre coute que coûte une renommée instantanée et fugace, sans jamais mesurer les conséquences de leurs actes; le Paul Matthews de Nicolas Cage explorait lui le coût même de cette popularité indesirée mais pourtant désirable, le prix d'être sous le feu des projecteurs d'un public qui n'hésite pas à décortiquer toute intention où toute action, à sur-interpréter qui nous sommes - d'une manière réelle ou fantasmée.
Son nouveau long-métrage, The Drama, répond à Dream Scenario en usant de la même structure narrative au détour d'une intrigue retorse qui joue avec les perspectives et les points de vue (même si la pratique du montage alterné s'étiole méchamment sur la durée), tout en arborant une gymnastique à la fois réaliste et surréaliste dans son exploration sensiblement voyeuriste des vicissitudes d'un mariage déjà à la dérive avant même d'avoir prononcé le double « oui » fatidique.
Entre la comédie romantique légère et douce-amère (et pas dénué de moments gênants - ici volontaires - comme chez Gary Marshall, dont il détruit gentiment les tropes) et le rip-off de Scènes de la vie conjugale sauce Woody Allen qui assume pleinement son humour noir tout autant que l'ironie à peine masquée de son titre (qui aurait très bien pu être « Pour le meilleur et pour le pire »), le film articule toute sa mécanique cérébrale au détour justement de ce « drama », un secret sombre et troublant (de ceux qu'il est impossible à oublier au détour d'une conversation) qui vient faire vaciller l'union entre un conservateur de musée, Charlie, et une éditrice littéraire malentendante, Emma, à quelques jours de leur mariage.
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L'ouverture d'une boîte de Pandore pire que la boîte de Lemarchand (sur lequel toute la promotion s'est appuyé mais face auquel Borgli ne désire pas vraiment s'attarder, une désinvolture qui dessert in fine ses intentions) qui va lentement devoiler la psyché comme les angoisses et les travers (non sans une drôlerie à la fois absurde et dérangeante dans ses contours empathiques) de ses deux entités amoureuses - et souvent odieuses - qui peinent à sauver les apparences, avec une nette propension à célébrer la lente autodestruction/agonie psychologique du trentenaire pathétique et lâche qu'est Charlie (à la passivité-agressivité marquée), qui prend il est vrai un peu trop le pas sur le conflit intérieur d'une Emma insaisissable qui subit in fine moins le chaos de ses révélations (un manque cruel de développement alors que son parcours tragique est définitivement, le pan le plus passionnant à aborder), que les actions/réactions d'un futur époux qui emporte tout le monde dans sa chute.
Si l'on voit évidemment où le cinéaste veut en venir avec sa romcom vacharde façon farce paranoïaque sur les « joies » du mariage (titiller l'idée que l'on ne connaît jamais réellement l'autre, mais également que nous ne sommes jamais assez prêt à encaisser les réponses à nos questions), qui confronte ses personnages à leurs propres malaises et amour-propre pour mieux questionner les nôtres (et, à partir de là, déconstruire l'idéalisation du mariage comme de l'autre, pour ne pas tout envoyer valser à la moindre vérité), difficile de totalement adhérer à sa prose sur les limites de la cohabitation entre amour et vérité, même dans ses tics familiers (sa prise en grippe des dérives moralistes, violentes et hypocrites de notre société contemporaine), tant il laisse trop de trous dans sa copie (où d'insatisfactions, comme dans son final), à l'image de quelques-uns des efforts récents d'un Lanthimos perdu dans une forme d'autosatisfation étrange depuis qu'il a pleinement traversé l'Atlantique.
Reste qu'il sait toujours aussi habilement faire naître l'humour de la tension (comme Ari Aster), et que sa direction d'acteurs, comme sa mise en scène clinique, est une nouvelle fois impeccable tant il s'appuie intelligemment sur l'alchimie folle et le talent d'un tandem Robert Pattinson/Zendaya totalement voué à sa cause - et au timing comique plus affuté qu'on le pense.
Pas le vertige comique et psychologique espéré certes, mais une sacrée balade tout de même.
Jonathan Chevrier


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