[CRITIQUE] : Plus fort que moi (I swear)
Réalisateur : Kirk Jones
Avec : Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake, Scott Ellis Watson,...
Distributeur : Tandem
Budget : -
Genre : Biopic, Drame.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h40min
Synopsis :
Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours d’abord semé d'embûches se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.
Il peut être compliqué de parler de certains films tant on les limite à des polémiques de pacotille qui diminuent la chronique artistique. Ainsi, la réussite éclatante du film de Kirk Jones, I swear, avec un BAFTA logiquement remis à Robert Aramayo dans le rôle principal, peut être vue comme moindre suite aux événements s’étant déroulés lors de la cérémonie de récompenses du cinéma britannique, renforçant néanmoins l’intérêt de pareil long-métrage. Concentrons-nous donc sur le film-même car c’est un coup de cœur éclatant à nos yeux, abordant les difficultés de la vie avec le syndrome de la Tourette tout en marchant sur un fil très fin entre le tragique et le comique.
Comme il nous l’a raconté en interview, Kirk Jones a fait le choix judicieux de déplacer la rencontre de John Davidson, dont le film raconte la vie, en début de narration, ce qui permet d’introduire la réalité du syndrome tout en étant drôle mais sans jugement. Sa note d’intention de faire comprendre à son audience qu’elle a le droit de rire permet de capter directement son attention tout en restant au plus près de cette condition, sans jugement mais avec beaucoup d’empathie et de proximité afin de montrer un réel souvent humorisé en vain.
En cela, le film surprend car, bien qu’on se trouve dans une comédie dramatique avec des instants vraiment drôles, jamais il ne manufacture la condition de son personnage principal en des gags vains. C’est cette même direction que prend le jeu de Robert Aramayo, toujours dans une volonté de réel et d’affect qui sied tonalement au propos. Il s’y crée une justesse clairement émouvante, qui fait de son drame quelque chose de lourd et marqué tout en essayant de trouver une place dans une société rejetant cette condition avec une violence aveuglante. Tout du long, le récit parvient à trouver son équilibre et à offrir quelque chose de doux, brutal et fort, avec une mise en scène subtile mais dont la discrétion relève d’un travail précis et pertinent émotionnellement (et qu’on laissera le choix au réalisateur de décrire plus correctement).
I Swear se révèle in fine un trésor de cinéma grand public, drôle et bouleversant, parlant d’un réel sans tomber dans du larmoyant tiraillé et toujours avec la volonté de rester au cœur de ses protagonistes. Par ses cadres où ils parviennent à respirer, le film offre quelque chose touchant à la fois du feel good movie au drame des plus solides. Il y a dedans l’espoir d’une société plus compréhensible envers des conditions affectant tous les jours des personnes qui se voient ostracisées de normes imposées. Et dans une période où l’on se divise de plus en plus et où le rejet se voit prôné avec violence, pareil plaisir de film populaire (dans le sens positif) fait énormément de bien tout en se révélant, osons le dire, indispensable.
Liam Debruel
Les biographies ne manquent jamais parmi toutes les sorties en salles d'une année. Certaines peuvent être inattendues, comme ici à propos du premier cas (connu) d'un britannique affecté par le syndrome de la Tourette. Plus fort que moi (I Swear, titre original) raconte l'histoire de John Davidson, de l'apparition des premiers symptômes jusqu'à sa décoration par la Reine Elizabeth II pour ses accomplissements en tant qu'adulte. Le film est mis en scène par Kirk Jones, habitué des récits de réconciliations, le plus souvent à travers la comédie. C'est ce qui permet à cette biographie de se distinguer du potentiel ennui de la restitution programmatique d'une histoire vraie. Ni totalement un drame mélodramatique rempli de pathos, ni totalement une comédie, il s'agit avant tout d'une chronique.
L'objectif est moins de chercher la pitié ou l'héroïsme, que de rendre compte d'un rapport au monde. Celui où la moindre différence ne rend pas moins humain, car le personnage fictif de John Davidson reflète ces tentatives de s'intégrer dans une société qui s'orchestre autour de jugements hâtifs. Kirk Jones place donc sa mise en scène ici, non pas dans l'exposé des difficultés qu'impliquent le syndrome de la Tourette, mais dans ce qu'il fait ressortir des constructions sociales. John est un "personnage pivot" : son histoire personnelle a autant d'importance que tout ce qu'elle permet de révéler autour. C'est ce qui permet d'éviter un effet catalogue des difficultés éprouvées par le protagoniste, car la concision de ses expériences est en miroir des failles de la société.
De nombreux sujets sont évoqués autour de John, afin de montrer sa solitude face à l'incompréhension générale. Ca commence par l'éducation et ce qu'elle peut avoir de très strict et punitif. Il y a la question de la parentalité, du sentiment d'incapacité à gérer une telle situation et la fracture familiale. Il y a aussi le harcèlement scolaire, la violence policière, les limites de la justice, l'inclusivité au travail, la recherche scientifique. Ce n'est pas tant pour prendre le protagoniste en pitié que d'aussi nombreux obstacles se présentent. Mais plutôt pour remettre en question les moeurs dans un but de sensibilisation. John n'abandonne jamais, il continue d'être déterminé à pouvoir vivre comme tout le monde. L'optimisme qui règne dans le film permet ce mélange de drame et d'humour.
Il s'agit de percer le bouclier de sentimentalité en construisant un commentaire sur les convenances de la bienséance en société, où chacun n'ose plus dire quoi que ce soit, où les gens finissent par s'isoler de plus en plus. Le personnage de John permet alors deux choses : de retrouver une connexion généreuse avec autrui, et de poser la question de savoir comment et quand il faut rire de / avec lui. Evidemment, Plus fort que moi (I Swear) n'apporte jamais de réponse, ni aux sujets abordés autour de John, ni à cette dernière interrogation ; tout en n'étant jamais non plus offensif dans son commentaire social. Ce qui compte est comment les épreuves endurées par John (en sachant qu'il déclare lui-même que ce n'est ni une maladie ni un handicap), avec de véritables moments sombres et violents, sont contrebalancées par la présence d'autres personnages.
Ne serait-ce que Maxine Peake en mère adoptive et Peter Mullan en employeur, apportent cet élan solaire qui évite tout accablement et toute colère facile. Le film est en quelque sorte dans la lignée de nombreuses "chroniques du quotidien" au sein du cinéma britannique de ces quinze dernières années. On lui concède sa mise en scène très modeste et minimaliste, mais elle convient justement très bien à cette idée que John Davidson peut se retrouver seul face à la souffrance, tout en pouvant accéder à un contrepoint chaleureux grâce aux mouvements permanents (ceux qui caractérisent sa persévérance). Il faut également saluer la prestation de Robert Aramayo, acteur britannique qui se révèle de plus en plus (Les fleurs du silence, Palestine 36 pour les plus récents), car si le film prouve quelque chose, c'est que le rapport à l'être humain est ici plus important que de vouloir comprendre le syndrome.
Teddy Devisme
Avec : Robert Aramayo, Shirley Henderson, Maxine Peake, Scott Ellis Watson,...
Distributeur : Tandem
Budget : -
Genre : Biopic, Drame.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h40min
Synopsis :
Dans les années 1980, John Davidson grandit avec le syndrome de Gilles de la Tourette, une pathologie encore largement méconnue. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, son parcours d’abord semé d'embûches se transforme en combat pour être reconnu tel qu’il est, au-delà des préjugés.
Il peut être compliqué de parler de certains films tant on les limite à des polémiques de pacotille qui diminuent la chronique artistique. Ainsi, la réussite éclatante du film de Kirk Jones, I swear, avec un BAFTA logiquement remis à Robert Aramayo dans le rôle principal, peut être vue comme moindre suite aux événements s’étant déroulés lors de la cérémonie de récompenses du cinéma britannique, renforçant néanmoins l’intérêt de pareil long-métrage. Concentrons-nous donc sur le film-même car c’est un coup de cœur éclatant à nos yeux, abordant les difficultés de la vie avec le syndrome de la Tourette tout en marchant sur un fil très fin entre le tragique et le comique.
Comme il nous l’a raconté en interview, Kirk Jones a fait le choix judicieux de déplacer la rencontre de John Davidson, dont le film raconte la vie, en début de narration, ce qui permet d’introduire la réalité du syndrome tout en étant drôle mais sans jugement. Sa note d’intention de faire comprendre à son audience qu’elle a le droit de rire permet de capter directement son attention tout en restant au plus près de cette condition, sans jugement mais avec beaucoup d’empathie et de proximité afin de montrer un réel souvent humorisé en vain.
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| Copyright Tandem Films |
En cela, le film surprend car, bien qu’on se trouve dans une comédie dramatique avec des instants vraiment drôles, jamais il ne manufacture la condition de son personnage principal en des gags vains. C’est cette même direction que prend le jeu de Robert Aramayo, toujours dans une volonté de réel et d’affect qui sied tonalement au propos. Il s’y crée une justesse clairement émouvante, qui fait de son drame quelque chose de lourd et marqué tout en essayant de trouver une place dans une société rejetant cette condition avec une violence aveuglante. Tout du long, le récit parvient à trouver son équilibre et à offrir quelque chose de doux, brutal et fort, avec une mise en scène subtile mais dont la discrétion relève d’un travail précis et pertinent émotionnellement (et qu’on laissera le choix au réalisateur de décrire plus correctement).
I Swear se révèle in fine un trésor de cinéma grand public, drôle et bouleversant, parlant d’un réel sans tomber dans du larmoyant tiraillé et toujours avec la volonté de rester au cœur de ses protagonistes. Par ses cadres où ils parviennent à respirer, le film offre quelque chose touchant à la fois du feel good movie au drame des plus solides. Il y a dedans l’espoir d’une société plus compréhensible envers des conditions affectant tous les jours des personnes qui se voient ostracisées de normes imposées. Et dans une période où l’on se divise de plus en plus et où le rejet se voit prôné avec violence, pareil plaisir de film populaire (dans le sens positif) fait énormément de bien tout en se révélant, osons le dire, indispensable.
Liam Debruel
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| Copyright Tandem Films |
Les biographies ne manquent jamais parmi toutes les sorties en salles d'une année. Certaines peuvent être inattendues, comme ici à propos du premier cas (connu) d'un britannique affecté par le syndrome de la Tourette. Plus fort que moi (I Swear, titre original) raconte l'histoire de John Davidson, de l'apparition des premiers symptômes jusqu'à sa décoration par la Reine Elizabeth II pour ses accomplissements en tant qu'adulte. Le film est mis en scène par Kirk Jones, habitué des récits de réconciliations, le plus souvent à travers la comédie. C'est ce qui permet à cette biographie de se distinguer du potentiel ennui de la restitution programmatique d'une histoire vraie. Ni totalement un drame mélodramatique rempli de pathos, ni totalement une comédie, il s'agit avant tout d'une chronique.
L'objectif est moins de chercher la pitié ou l'héroïsme, que de rendre compte d'un rapport au monde. Celui où la moindre différence ne rend pas moins humain, car le personnage fictif de John Davidson reflète ces tentatives de s'intégrer dans une société qui s'orchestre autour de jugements hâtifs. Kirk Jones place donc sa mise en scène ici, non pas dans l'exposé des difficultés qu'impliquent le syndrome de la Tourette, mais dans ce qu'il fait ressortir des constructions sociales. John est un "personnage pivot" : son histoire personnelle a autant d'importance que tout ce qu'elle permet de révéler autour. C'est ce qui permet d'éviter un effet catalogue des difficultés éprouvées par le protagoniste, car la concision de ses expériences est en miroir des failles de la société.
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| Copyright Tandem Films |
De nombreux sujets sont évoqués autour de John, afin de montrer sa solitude face à l'incompréhension générale. Ca commence par l'éducation et ce qu'elle peut avoir de très strict et punitif. Il y a la question de la parentalité, du sentiment d'incapacité à gérer une telle situation et la fracture familiale. Il y a aussi le harcèlement scolaire, la violence policière, les limites de la justice, l'inclusivité au travail, la recherche scientifique. Ce n'est pas tant pour prendre le protagoniste en pitié que d'aussi nombreux obstacles se présentent. Mais plutôt pour remettre en question les moeurs dans un but de sensibilisation. John n'abandonne jamais, il continue d'être déterminé à pouvoir vivre comme tout le monde. L'optimisme qui règne dans le film permet ce mélange de drame et d'humour.
Il s'agit de percer le bouclier de sentimentalité en construisant un commentaire sur les convenances de la bienséance en société, où chacun n'ose plus dire quoi que ce soit, où les gens finissent par s'isoler de plus en plus. Le personnage de John permet alors deux choses : de retrouver une connexion généreuse avec autrui, et de poser la question de savoir comment et quand il faut rire de / avec lui. Evidemment, Plus fort que moi (I Swear) n'apporte jamais de réponse, ni aux sujets abordés autour de John, ni à cette dernière interrogation ; tout en n'étant jamais non plus offensif dans son commentaire social. Ce qui compte est comment les épreuves endurées par John (en sachant qu'il déclare lui-même que ce n'est ni une maladie ni un handicap), avec de véritables moments sombres et violents, sont contrebalancées par la présence d'autres personnages.
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| Copyright Tandem Films |
Ne serait-ce que Maxine Peake en mère adoptive et Peter Mullan en employeur, apportent cet élan solaire qui évite tout accablement et toute colère facile. Le film est en quelque sorte dans la lignée de nombreuses "chroniques du quotidien" au sein du cinéma britannique de ces quinze dernières années. On lui concède sa mise en scène très modeste et minimaliste, mais elle convient justement très bien à cette idée que John Davidson peut se retrouver seul face à la souffrance, tout en pouvant accéder à un contrepoint chaleureux grâce aux mouvements permanents (ceux qui caractérisent sa persévérance). Il faut également saluer la prestation de Robert Aramayo, acteur britannique qui se révèle de plus en plus (Les fleurs du silence, Palestine 36 pour les plus récents), car si le film prouve quelque chose, c'est que le rapport à l'être humain est ici plus important que de vouloir comprendre le syndrome.
Teddy Devisme






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