[SƎANCES FANTASTIQUES] : #119. Tesis
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| © CEA Studios Las Producciones del Escorpión Sogepaq/Kobal/Shutterstock |
Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Sorti en 1996, Tesis de Alejandro Amenábar marque le premier long-métrage d’un réalisateur qui allait devenir une figure majeure du cinéma espagnol contemporain. Ce thriller psychologique et technologique explore la curiosité morbide et la fascination pour la violence à travers le regard d’Ángela, étudiante en cinéma qui réalise sa thèse sur la violence dans les médias. Le film articule un récit à suspense avec une réflexion profonde sur l’éthique, la manipulation et la manière dont l’image peut transformer la réalité en spectacle morbide, plaçant le spectateur face à ses propres limites de voyeurisme et de morale.
L’idée originelle remonte à l’expérience personnelle d’Amenábar et à son intérêt pour la psychologie de la peur et la réception des images violentes. Le scénario, coécrit avec Mateo Gil, est directement nourri par sa passion pour le cinéma et les questions morales qu’il soulève : jusqu’où l’homme peut-il aller dans la curiosité morbide, et quel rôle joue le spectateur dans la validation de la violence lorsqu’elle est médiatisée ? Tesis fonctionne comme une méditation sur l’obsession, le voyeurisme et le poids des images dans la société contemporaine, anticipant les débats sur le rôle des médias dans la banalisation de la violence.
Le film s’appuie sur un casting minimal mais efficace. Ana Torrent incarne Ángela, mêlant curiosité intellectuelle et vulnérabilité émotionnelle. Son personnage est central : elle est à la fois l’enquêtrice et la spectatrice, confrontée à des situations qui remettent en question ses valeurs et son éthique. Fele Martínez, interprétant Chema, son camarade de thèse, incarne l’ami ambivalent, dont la complicité avec Ángela évolue vers un dilemme moral et émotionnel. Les personnages secondaires, en particulier le mystérieux Bosco, incarnent la menace et la corruption morale, catalyseurs de tension et de suspense.
Techniquement, Amenábar montre dès son premier film une maîtrise remarquable. La mise en scène alterne plans serrés et mouvements de caméra dynamiques, accentuant l’intrusion du spectateur dans l’univers d’Ángela et la tension psychologique. La photographie joue sur les contrastes entre espaces lumineux et sombres, reflétant la dualité entre curiosité et danger. Le montage soutient un rythme haletant, mêlant enquête, découverte et menace latente, tout en maintenant l’équilibre entre suspense et réflexion morale.
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© CEA Studios Las Producciones del Escorpión Sogepaq/Kobal/Shutterstock |
Les sous-textes du film sont multiples. Tesis interroge la relation entre spectateur et violence médiatisée, explorant comment l’image peut séduire, choquer et manipuler. La fascination d’Ángela pour les vidéos interdites fonctionne comme un miroir du spectateur : chacun est invité à réfléchir à son propre regard, à sa curiosité et à sa complicité éventuelle dans la consommation de la violence. Le film explore également la manipulation et le pouvoir, montrant que le contrôle de l’information et de l’image peut devenir une arme puissante.
L’œuvre développe une tension morale et psychologique qui dépasse le simple thriller. La quête d’Ángela pour résoudre le mystère de la vidéo interdite devient une métaphore de la confrontation avec ses propres limites et ses choix éthiques. Le film questionne la responsabilité individuelle face à l’information et aux images, et comment la fascination pour l’horreur peut se transformer en danger personnel.
La narration serrée, la caractérisation précise des personnages et l’exploitation dramatique de l’image et du son transforment un récit sur le voyeurisme et la violence en une expérience cinématographique captivante et intellectuellement stimulante. L’œuvre reste un exemple précoce de la manière dont le cinéma peut explorer les frontières entre fascination, éthique et peur, annonçant la carrière d’un réalisateur attentif à la psychologie de ses personnages et à l’impact moral de l’image. Un bijou fascinant à ne pas ignorer !








