[FUCKING SERIES] : Malcolm: Rien n’a changé : Une réunion de famille manquée ?
(Critique - avec spoilers - de la mini-série événement)
Il était évident que tous ceux ayant un tant soit peu grandit avec la vénéré sitcom Malcolm et ses rediffusions toujours actuelles sur un groupe M6 qui en a fait l'un de ses programmes " bouche-trou " phares (avec Kaamelott, dont la sur-présence frise lourdement avec l'abrutissement de masse), ne pouvaient qu'adorer l'idée d'un revival avec la distribution originale, même si celui-ci venait à la fois trahir un final on ne peut plus parfait (et dézinguer sa plus belle promesse : un Malcolm lancé dans une longue course vers la présidence du pays, par une Lois ayant déjà tracé tout son avenir), et titiller notre nostalgie d'une manière plus où moins outrancière - comme tout bon revival qui se respecte, au fond.
Mais est-ce qu'une réunion qui taquine furieusement notre nostalgie (et qui n'était, sur le papier, pas destinée à voir plus loin que ses quatre petits épisodes événement), faisant suite à une série qui elle-même jouait déjà gentiment avec la nostalgie de son auditoire (définitivement trop de nostalgie dans ce billet), peut-elle être foncièrement mauvaise, même avec un seuil d'objectivité relativement bas ?
Si That '90 show, pensée pour s'inscrire sur la durée avec une nouvelle génération à sa distribution (le gang original, excepté les parents Forman, ne dépassait pas le stade de l'apparition clin d'œil), avait su répondre - un temps - par la positive, idem pour une Scrubs fraîchement sur le retour et dont l'accueil critique n'est pas des plus heureux outre-Atlantique (heureusement que le public lui, semble répondre présent), le come-back de Malcolm (écrit par le créateur de la série, Linwood Boomer, et réalisé par Ken Kwapis, réalisateur de longue date sur le show) a lui, comme celui de Arrested Development à son époque, le popotin bien plus solidement coincé entre une modernité dans laquelle il peine à s'inscrire - même au forceps -, et une formule plus traditionnelle qui elle-même galère un chouîa à totalement reproduire sa saveur anarchique si familière.
Où comment un pur produit de son époque - dans le bon sens du terme - fait son retour pour, ironiquement, incarner un autre produit de son époque de part non plus ses qualités, mais les inégalités qui la caractérise...
Si Life is still unfair ne tarde pas à combler les deux décennies - où presque - de trous (rien n'a sensiblement changé, excepté l'arrivée de Kelly, le fameux bébé annoncé dans le final de la saison 7, un personnage non-binaire qui rappelle la Lois adolescente; et le fait que Malcolm, devenu un papa heureux qui dirige une association caritative florissante, fuit comme la peste les siens), le point d'orgue de cette réunion est symbolisé par les préparatifs du quarantième anniversaire de mariage de Lois et Hal, terrain propice - et facile - pour justifier tous les retours/clins d'œil (certains savamment limités, notamment pour les changements de distributions de Dewey et Jamie) mais aussi pour organiser le chaos d'une confrontation entre un héros toujours propice à briser le quatrième mur, et une famille qui n'a rien perdu de ses dynamiques complexes comme de son énergie à se causer elle-même des problèmes.
Et c'est sans doute là le vrai bon point de ce revival, structuré comme un film en quatre parties : ramener la folie désopilante de chacun de ses personnages si atypiques et attachants (mais sans Dewey, et ça fait mal), tout en faisant pleinement confiance en ses comédiens et en leur alchimie incroyable, pour venir combler les maladresses d'une écriture qui ne leur laisse pas assez de grain à moudre : voire Justin Berfield faire revivre l'innocence absurde comme la complexité touchante de Reese, Christopher Kennedy Masterson dans la peau d'un Francis qui n'aura de cesse de lutter pour obtenir l'approbation d'une Lois/Jane Kaczmarek qui n'a rien perdu de son mordant, où même un Bryan Cranston toujours aussi halluciné et hallucinant dans le costume d'un Hal plus lunaire que jamais; est un vrai et pur régal.

David Bukach / Disney / Los Angeles Times
Même Frankie Muniz ne peine pas à retrouver le ton juste d'un Malcolm condamné à renouer avec une famille qu'il ne pourra jamais réellement fuir, mais aucun n'arrive à pleinement contredire l'impression douce-amère d'un " tout ça pour ça " qui, même armé des meilleures intentions, ne parvient pas à masquer l'artificialité d'une déclaration d'amour certes sincère (même dans son sentimentalisme forcé), mais aussi plus opportuniste qu'elle n'en a l'air, sapant aux passages dans sa répétition générale, l'évolution de certains personnages au crépuscule de la saison 7 (Francis comme Reese).
C'est dans sa crudité comme dans sa créativité que Malcolm avait su aussi bien se démarquer que perdurer dans le temps, d'être à la fois un fier marqueur de son temps (le début des années 2000) tout en proposant une peinture chaotiquement géniale de l'american way of life, et il n'y a rien de plus douloureux que de voir un téléfilm nous marteler inlassablement que rien n'a véritablement changé sur un petit peu moins d'une heure et demie, tout en nous démontrant cruellement que rien n'est véritablement pareil non plus.
Et tout passe, justement, dans son manque cruel de créativité d'un point de vue narratif (que la mise en scène, très téléfilm Disney, ne pète pas d'ambition non plus, n'est pas un si gros souci en soit), tant l'écriture bâclée et aux références creuses, bazarde sans envie son intrigue tout en distillant les effluves d'un hypothétique mais bien réel nouveau départ, au détour du personnage de la fille de Malcolm, Leah, capable elle aussi de briser le quatrième mur : une gimmick paresseuse qui perd tout son sens originel, tant si Malcolm se voyait affublé de cette capacité c'est parce qu'il était le personnage central de la série mère, ce qu'il n'est définitivement plus le cas ici, et encore moins sa descendance qui tente avec plus où moins d'enthousiasme, de nous affirmer que l'adolescence d'aujourd'hui n'est pas toute rose... comme son paternel à l'époque, la famille dysfonctionnelle en moins.
Partant des bases d'une sitcom familiale bousculant les codes conventionnels du divertissement télévisuel ricain ronflant des années 90/2000, Life is unfair dirige la série sur les rails d'un show " in the middle " (t'as la ref), à la fois généreuse dans sa nostalgie et irrémédiablement triste dans son incapacité à pouvoir n'être autre chose qu'une pâle et vaine copie du passé - aussi réconfortante puisse t-elle être sur certains points -, totalement larguée dans son maigre désir de s'inscrire dans une modernité qu'elle ne cherche ni à comprendre, et encore moins à railler.
Si la vie est toujours injuste, c'est parce que l'industrie contemporaine peut désacraliser ce qui nous apparaissait sacré sous le sceau d'une nostalgie qui n'en est pas réellement une (un show à la disponibilité aussi facile sur les diverses plateformes de streaming, n'a pas réellement besoin d'être 1) relancé et 2) présenté à une génération plus jeune qui soit s'en moque, soit y a déjà accès), exploitant " artistiquement " nos souvenirs amusés comme émus jusqu'à la moelle, sans le moindre remord.
Il y a toujours une réunion de famille pour laquelle on peut regretter d'y être allé, douloureux de se dire que celle-ci peut totalement en être une...
Jonathan Chevrier

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