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[CRITIQUE/RESSORTIE] : L'Heure de la libération a sonné


Réalisatrice : Heiny Srour
Acteurs : -
Budget : -
Distributeur : DHR distribution / A Vif Cinemas
Genre : Documentaire.
Nationalité : Libanais, Français, Britannique.
Durée : 1h46min


Date de sortie : 6 novembre 1974
Date de ressortie : 1er avril 2026


Synopsis :
Un film de patrimoine d’une actualité brûlante. En 1965, la province du Dhofar se soulève contre le sultan d'Oman soutenu par les Britanniques. En 1971, Heiny Srour et son équipe traversent 800 km de désert et de montagnes à pied en Zone libre, sous les bombardements de la Royal Air Force, pour atteindre la ligne de front. Elle nous offre le seul document au monde sur une expérience sociale totalement laïque, démocratique et féministe en terre arabe et musulmane. Un témoignage à l’avant-gardisme intact.

Le film est accompagné de :

Introduction de Heiny Srour, assistée de Yorgo Scheib (2026, 18') :"Dans mon pays, le Liban, j'étais une féministe vaincue ..."
- Épilogue de Heiny Srour, assistée de Yorgo Scheib avec Tom Leveritt (2026, 26') : " Donc il y a bien eu une conspiration du silence"






Quarante ans, c'est le temps qu'il aura fallu pour que le film merveilleusement engagé qu'est Leila et les loups, second long-métrage de la cinéaste et auteure libanaise Heiny Srour, pionnière du cinéma féministe dont le nom est liée au septième art de manière indélébile, ne trouve son chemin dans nos salles obscures, une éternité que le CNC, qui a restauré numériquement le bébé, a permis de rompre l'an dernier, clairement le genre de beau, magnifique cadeau, que les cinéphiles ne doivent pas manquer.

Une oeuvre profondément expérimentale et vibrante dans sa manière de plonger son auditoire au coeur des histoires poignantes de femmes palestiniennes et libanaises qui se sont battues pour la liberté, au plus près du voyage imaginaire et spatio-temporel d'une étudiante, Leila (véritable alter ego de la cinéaste), qui, après avoir assistée à une exposition de photographies des périodes révolutionnaires de l'histoire palestinienne et libanaise, où ne figuraient aucune femme, part d'une manière fantastique à la découverte des contributions oubliées des femmes avant (face à la puissance mandataire britannique) et après la création violente de l'État d'Israël, pour mieux révéler les rôles politique et résistant des femmes au Moyen-Orient face aux « loups » colonialistes, sensiblement occultés dans les récits masculins.

Un an plus tard, les spectateurs ont désormais la chance de pourvoir (re)découvrir son premier long-métrage, L'Heure de la Libération a sonné, effort sensiblement moins experimental mais qui a fait d'elle la première réalisatrice arabe à avoir un film au Festival de Cannes; une plongée au coeur du soulèvement du Dhofar contre le sultanat d'Oman et le joug néocolonial de l'impérialisme britannique (et de ses alliés de la « sainte alliance », composée également des États-Unis, de la Jordanie et de l'Iran), où la cinéaste n'a pas hésité à traverser - avec son équipe - 800 km de désert et de montagnes à pied en Zone libre, sous les bombardements de la Royal Air Force, pour atteindre la ligne de front et composer le seul document au monde sur ce conflit qu'elle aborde sans détour et en profondeur.

Au plus près de la lutte égalitaire, laïque et féministe du Front de Libération du Dhofar, la cinéaste fustige la violence sourde de l'impérialisme tout en déconstruisant les idées préconçues sur les notions de rébellion et de dissidence, à travers le prisme du développement communautaire, humanitaire et éducatif, où comment en une poignée d'années plusieurs âmes ont inversés un temps la dynamique d'une région délibérément et douloureusement sous-développée, à travers des (r)évolutions parfois en avance même sur celles de l'oppresseur rétrograde occidental (éducation pour toutes et tous, abolition de l’esclavage, de la polygamie et de la dot,...), dont les intérêts priment sur toute idée d'humanité.
En résulte une oeuvre profondément instructive et captivante, une vraie leçon de courage et d'intégrité qui ne se perd ni dans les bras d'un misérabilisme putassier, ni dans ceux d'un idéalisme béat.


Jonathan Chevrier