[CRITIQUE] : Le Diable s'habille en Prada 2
Réalisateur : David Frankel
Acteurs : Anne Hathaway, Meryl Streep, Emily Blunt, Stanley Tucci, Justin Theroux, Lucy Liu,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h59min
Synopsis :
Miranda, Andy, Emily et Nigel replongent dans l’univers impitoyable et glamour du magazine Runway et des rues new-yorkaises où l’élégance est une arme redoutable.
Difficile de ne pas admettre qu'au-delà de son joli petit carton en salles (renforcé à la base, par le succès littéraire de son matériau d'origine signé Lauren Weisberger, que la Fox avait acquis avant même qu'il ne soit publié), Le Diable s'habille en Prada de David Frankel a acquis un réel statut de film culte au fil du temps, voire même presque celui d'œuvre importante (oui) au coeur des années 2000, pour sa pseudo-satire du monde de la mode (moins potache que pour le génial Zoolander de Ben Stiller), sa romance plus ou moins surannée (avec un Adrian Grenier alors en pleine hype Entourages), sa lutte de classe matiné de conflit générationnel, son regard sans complaisance pour ses héroïnes/anti-héroïnes mais aussi et surtout pour la prestation mémorable de Meryl Streep en magnat glaciale, abusive et sociopathe " mais pas trop " (le personnage est plus humanisé que nos souvenirs le laisse croire, tant Miranda incarnait une vraie figure maternelle pour Andy, au point de récompenser son dur labeur par une lettre de recommandation exceptionnelle qui la mènera au job qu'elle désire tant).
Du divertissement populaire qui en avait dans ses Jimmy Choo (et dans les costumes dingues de Patricia Field), dans le bon comme dans le mauvais sens du terme, entre le champagne euphorisant de la bourgeoisie (oui, l'argent rend heureux, demandez à Rocky Balboa entre deux Rocky) et de la confiance en soi (sans forcément avoir à rester totalement soi-même pour réussir son ascension sociale), et le style comme notion de respect intime et professionnel (si tu veux être un•e vrai•e journaliste et être accepté dans les hautes sphères culturelles : impose ton style comme le dit si bien Ali-G... et respecte la mode ?), le tout à travers une auscultation - légère parce que jamais réellement critique ni satirique - du pouvoir absolu (comme de ses limites) et des affres du néoliberalisme avec un prisme totalement féminin - une rareté absolue.
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Autant dire que l'idée d'une suite pile poil deux décennies plus tard, à une heure où les réalités du paysage médiatique n'ont jamais paru aussi moroses, avait de quoi intriguer : aborder comment le concept même du fantasme artificiel des magazines de mode est aujourd'hui passé de mode face à l'avènement d'internet et des réseaux sociaux, une immersion dans le rétrécissement/déclin du marché (rachats et dictats des milliardaires, coupes budgétaires, omniprésence écrasante de la publicité,...) enrobé dans un prisme méta mi-nostalgique, mi-opportuniste as hell (l'effet de mode lui-même écrasant et poncé jusqu'à la moelle, de la franchisation à outrance de tout film un tant soit peu populaire, par une Hollywood à l'originalité lessivé).
Sauf que ce second opus, sobrement intitulé Le Diable s'habille en Prada 2 (pourquoi s'emmerder ?) et toujours signé par un David Frankel peu inspiré derrière la caméra (mais qui n'aura pas, cette fois, pas la photographie jadis léchée et chaleureuse de Florian Ballhaus, pour contrebalancer sa paresse, puisque le bonhomme adopte un style plus impersonnel que jamais), ne semble jamais véritablement aborder frontalement cette idée, au-delà d'une introduction un poil crue (le licenciement par SMS d'Andy) et de quelques pistes dégainées d'une manière profondément caricaturales, tant elle préfère miser sur un aveu d'échec terrible : une redite méticuleuse qui exprime douloureusement le manque de cap d'une extension consciente qu'elle n'arriverait jamais à justifier son existence - et encore moins sa pertinence -, au-delà d'un élan nostalgique que l'on nous demande de digérer sans trop se plaindre.
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Un esprit And Just Like That... autant dans ses clins d'œil forcés que dans sa manière d'être parfois totalement déconnecté de la réalité, qui se paye le (mauvais) luxe d'introduire des personnages dont elle n'a que faire (tout en sous-exploitant ses valeurs fortes, Emily Blunt comme Stanley Tucci), mais également d'adoucir son humour mordant - comme sa sensualité affirmée -, à l'image d'une Miranda plus assouplie que jamais.
Au lieu de questionner la place et l'importance de la presse dans une société 2.0 saturée d'images et d'informations, la narration balisée et prévisible la survole avec un mépris digne d'un lever de sourcil de la Miranda d'hier.
Le monde a changé, et ce n'est pas en regardant le passé dans le rétroviseur, que le film peut remettre en question aussi bien le présent, que sa propre existence...
Jonathan Chevrier



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