[CRITIQUE] : Hokum
Réalisateur : Damien McCarthy
Avec : Adam Scott, David Wilmot, Peter Coonan, Austin Amelio,...
Distributeur : The Jokers Films
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Irlandais, Américain.
Durée : 1h48min
Synopsis :
Ohm Bauman, un romancier se retire dans une auberge en Irlande pour disperser les cendres de ses parents. Mais les récits du personnel au sujet d’une sorcière ancestrale hantant la suite nuptiale s’emparent peu à peu de son esprit...
Au rayon des petites claquettes horrifiques dans la nuque qui remettent gentiment les idées en place, Caveat de Damien McCarthy pouvait gentiment postuler au top 5 sur la dernière décennie, cauchemar hypnotique, atypique et jouissif aux images oniriques, qui prenait son temps pour embaumer pleinement l'écran de son atmosphère macabre et claustrophobique, et distiller tous ses enjeux dans une sorte de puzzle mental complexe et envoûtant.
Un put*** de premier film suivi sur le tard, quatre ans plus tard, part un second effort qui confirmait tout le bien que l'on pouvait penser du faiseur de cauchemard irlandais : Oddity, qui jouait très vite la carte du malaise graduel et du total package avec une gourmandise incroyable, trébuchant certes parfois un peu trop face à sa pluie d'idées et ses nombreux va-et-vient entre les temporalités, entre rationalisme (glacial) et surnaturalisme, mais qui séduisait sans forcer par sa simplicité assumée, son exécution clinique et épurée voire même avec son esprit grotesque détonnant.
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| Copyright The Jokers Films |
Plus que méchamment attendu au tournant, Hokum enfonce pour de bon le clou des certitudes quand au talent indéniable du bonhomme, petit bijou d'horreur folklorique louchant mignon sur le genre balisé du film de maison hanté à l'ancienne (comme Caveat), tout autant que sur le film d'enquête hanté et imbibé à l'alcool, le tout flanqué dans une Irlande moins accueillante que jamais et cloué aux basques d'un romancier à succès imbuvable, cynique, misanthrope et bouffé par la culpabilité (un tacos trois viandes supplément fromage niveau caractérisation donc, même si un Adam Scott impérial arrive à susciter une compassion inespérée pour le personnage), Ohm Bauman, décidé a disperser les cendres de ses défunts parents à l'hôtel Billberry Woods (pas le pire des hôtels qui soit, mais , dans le sud du pays, endroit où ils avaient jadis passé leur lune de miel (et où ils avaient toujours voulu revenir), ultime souvenir de bonheur d'une existence frappée par le malheur.
Le début des problèmes donc - où la fin, c'est selon -, pour cette âme errante, un archéologue du passé familial enfermé dans une prison de verre poussiéreuse, gothique et vivante (allant au-delà du simplr statut de personnage à part entière de l'histoire), qui cache elle-même son trésor maudit à l'abri des regards, mais point des histoires locales - la suite nuptiale, qui serait occupée par une sorcière.
Un homme spirituellement et intimement brisé par la mort soudaine d'une mère qui a, littéralement, bouleversé l'équilibre physique et émotionnelle d'une famille qui ne s'en est jamais remis, même dans les bras empoisonnés et paralysant d'un alcool qui n'apaise ni ne résout rien.
Son arrivée à l'hôtel Billberry Woods symbolise alors tout aussi bien sa confrontation a une culpabilité qu'il n'a jamais réellement su affronter, et son incapacité à savoir tourner la page en pensant son arrogance comme une preuve d'intelligence : sa quête de paix intérieur ne peut que mener qu'à une forme de destruction de soi dévastatrice et poignante, lui qui incarne glacialement l'union malade entre le cynisme et la vanité, le mépris et la bibine mauvaise (en admettant qu'il y en ait une bonne...), et qui va apprendre lentement et douloureusement, que les fantômes des lieux peuvent se reconnaître et se jouer des siens tout aussi bien que de ses échecs...
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Cauchemar lancinant, cathartique et claustrophobique à l'horreur tout en anticipation qui s'enracine autant dans l'absence que dans le réel de son cadre, dont la narration cite généreusement Stephen King (un surnaturel pervers et terrifiant, confrontant son anti-héros à ses propres traumatismes/faiblesses/défauts) tout autant qu'elle est parfois victime de sa propre imagination débordante (un trop plein d'idées pas forcément bien géré, tant toutes n'ont pas un traitement/développement égal voire satisfaisant), Hokum, solide dans son esthétique et sa technique (eclairage soigné, musique jamais trop intrusive) comme dans sa mise en scène (appuyée par la fluidité folle de son montage), dévoile une nouvelle fois avec brio la propension qu'à McCarthy de s'appuyer sur des codes traditionnelles pour mieux composer une horreur à son image : étrange et minimaliste, hypnotique et angoissante, qui sait ce qui hante intimement une humanité à la fois meurtrie et désespérée, tout autant que de créer un inconfort viscéral chez son auditoire.
Un grand maître de l'épouvante en devenir, rien de moins.
Jonathan Chevrier
Dans l'horreur contemporaine, il y a une rareté précieuse : le cinéaste qui sait encore faire peur sans hausser le ton. L'Irlandais Damian McCarthy en fait incontestablement partie. Avec Hokum, présenté en mars 2026 au Festival du film South by Southwest à Austin, il signe son troisième long métrage en six ans. Le film cartonne et installe McCarthy comme l'un des artisans les plus singuliers du genre, après Caveat (2020) et le bouche-à-oreille fulgurant d’Oddity (2024).
McCarthy travaille vite, en circuit court, et toujours sur des idées originales, fait notable à une époque où le moindre titre indé se voit aspiré par la machine à IP. Coproduit par l'Irlande et les Émirats arabes unis (une partie des séquences d'ouverture et de clôture a été tournée dans le désert d'Al Ain, près d'Abou Dhabi), Hokum marque sa première collaboration avec un acteur hollywoodien et son passage à une échelle plus ample, sans rien renier de l'artisanat précédent. McCarthy revendique une fascination ancienne pour Ringu de Hideo Nakata, le film qui l'a le plus marqué jeune et ça se sent dans son art du hors-champ et de l'attente.
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L'idée était belle : prendre Adam Scott, l'incarnation de la gentillesse maladroite (Severance, Parks and Recreation), et lui faire jouer Ohm Bauman, romancier alcoolique, hargneux et imbuvable, venu disperser les cendres de ses parents au Billberry Woods Hotel tout en procrastinant sur le dernier tome de sa "Conquistador Trilogy". Scott s'amuse visiblement à composer ce salaud sec, méprisant avec le bagagiste et la plupart des personnages qu’il croise. Une amitié naissante avec Fiona la barmaid (Florence Ordesh) et un événement tragique dans le premier acte rendent peu à peu Ohm plus humain, sans jamais le rendre tout à fait sympathique. Autour de lui, Peter Coonan, David Wilmot composent une galerie de personnages secondaires irlandais aux silhouettes immédiatement mémorables.
Sous son habit de ghost story classique mettant en scène un écrivain isolé dans un hôtel hanté, on pense forcément à Shining, mais Hokum déroule une mécanique plus retorse. La sorcière qui hante la suite nuptiale n'est qu'un prétexte : ce qui hante vraiment Ohm, c'est le deuil non fait de sa mère, la culpabilité de l'écrivain en panne, la question de ce qu'on doit aux morts qu'on cherche à fuir. McCarthy parsème le décor de signes, gravures de sorcières, dioramas d'enfants effrayés et fait de l'hôtel une boîte à puzzle quasi hitchcockienne. Une géométrie millimétrée d'images emplies de sens. Le titre lui-même est une déclaration d'intention. Hokum, c'est en anglais "balivernes" et McCarthy assume frontalement que son film parle de ces histoires qu'on se raconte autour du feu, celles qu'il faut croire pour qu'elles fonctionnent.
La grande affaire du film, c'est le rythme et la mise en place de la peur. McCarthy s'est imposé comme l'un des très rares cinéastes capables de réhabiliter le jump scare non pas comme béquille, mais comme une montée en pression patiemment orchestrée. La scène du monte-plats, où la caméra recadre l'image en 4:3 par l'ombre pour étouffer Ohm dans son cercueil de bois, est appelée à devenir un morceau d'anthologie, dans la lignée de la fameuse scène de tente d'Oddity. Le sound design, un souffle expansif strié de sanglots étouffés et de cloches qui tranchent, signé Joseph Bishara à la musique, le rend diablement efficace.
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Tout n’est pas parfait cela dit. On remarque un milieu de second acte où McCarthy perd un peu le fil, ajoute trop de backstory et alourdit le dénouement. Le personnage d'Ohm, volontairement monolithique, fonctionne comme un avatar de jeu vidéo plutôt que comme un protagoniste de drame intime, ce qui peut frustrer. Plus problématique : le film ne compte que deux personnages féminins significatifs, dont les arcs flirtent dangereusement avec le trope des "Women in Refrigerators" (femmes mortes pour faire avancer un homme). Et une tentative de suicide en début de film est traité un peu brusquement. Enfin, ceux qui connaissent Caveat et Oddity reconnaîtront des motifs récurrents : l'isolement, la pièce verrouillée, la créature dans l'ombre. McCarthy se répète un peu, mais quand on se répète aussi bien, on ne s'en plaint pas trop.
Hokum est une fête pour amateurs de ghost stories à l'ancienne. Un film qui croit à ses sorcières, à ses mythes et à ses ombres, et qui ne cherche jamais à "élever" le genre, ce dont on lui sera reconnaissant. McCarthy signe ici son film le plus accompli et confirme qu'il faudra suivre, désormais, chacun de ses pas.
Jess Slash'her







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