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[CRITIQUE] : Do you love me


Réalisatrice : Lana Daher
Acteurs : -
Distributeur : Les Films de Force Majeure
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français, Libanais, Allemand, Qatari.
Durée : 1h16min.

Synopsis :
Do You Love Me est une odyssée ludique et subjective à travers la mémoire audiovisuelle du Liban, entièrement composée d'images d'archives. C'est une lettre d'amour à Beyrouth, en 70 ans de cinéma, de télévision, de vidéos amateurs et de photos, qui explore la psyché collective libanaise, marquée par la joie et l'intimité, la destruction et la perte. À travers le regard des citoyens, des cinéastes et des artistes, le film reconstitue l'histoire fragmentée d'un pays dépourvu d'archives nationales, célébrant la création comme une forme de résistance, de renouveau et un moyen de préserver la mémoire.





Peut-être - assurément - l'un des cinémas les plus passionnants à suivre du moment (au même titre, sur la dernière décennie, que les cinémas iraniens où même argentins), les productions issus du septième art libanais semble de plus en plus trouver leur place au sein de nos salles obscures, une vérité des plus enthousiasmantes d'autant qu'elles s'inscrivent toutes au coeur même des nombreux tumultes d'un Pays du Cèdre " qui peine à se relever sous le poids écrasant autant des tensions entre la population et le gouvernement (dont l'indifférence des classes dirigeantes n'est, in fine, pas si differente aux nôtres) mais aussi des conflits voisins qui s'invitent sur ses propres terres (qui n'ont fait que de s'accentuer depuis deux ans maintenant, à tel point qu'il est difficile de dissocier les mots guerre et Liban dans la conscience - souvent biaisée - collective).

Passé le magnifique Un monde fragile et merveilleux, premier long-métrage de fiction de Cyril Aris, et le prenant Green Line de Sylvie Ballyot, dont c'était également le premier effort (qui voguait lui, du côté du documentaire expérimental), place au fantastique Do you love me de Lana Daher, qui vient raviver la mémoire collective (trop) habituée aux traumatismes de sa nation, à travers une exhumation/préservation passionnante de son patrimoine audiovisuel.

Copyright Films de Force Majeure

Une compilation d'archives diverses (scènes de films, reportages télévisés, articles de presse, vidéos intimes, extraits de musiques,...) pointant l'effervescence culturelle du pays comme un vrai acte de résistance humain et politique, tout en lui rendant un hommage vibrant et essentiel (d'autant qu'il n'y a aucune cinemathèque nationale au Liban), dans une réinterprétation ludique et méticuleuse de près de soixante-dix ans d'images qui interroge la psychologie comme la notion même de la représentation du Liban, sur le petit comme sur le grand écran.
Une approche particulièrement poignante et intense, enthousiasmante sans pour autant masquer l'horreur, un patchwork ébouriffant et spontané qui transpire la vérité du réel et du vécu, dont le rythme épouse le pouls comme les bouleversements du Liban.

En résulte une oeuvre à part, une sorte de cartographie cinématographico-émotionnelle à la fois expérimentale et infiniment personnel, une reconstruction comme une réappropriation d'une histoire (presque) perdue fruit d'un travail colossal, passionné et passionnant.
La belle claque indispensable de la semaine.


Jonathan Chevrier