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[CRITIQUE] : Duchess


Réalisateur : Neil Marshall
Avec : Charlotte Kirk, Colm Meaney, Sean Pertwee, Philip Winchester,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Thriller, Action.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h54min

Synopsis :
Dans le monde perfide du trafic de diamants, Duchess, laissée pour morte, est déterminée à se venger.





C'est assez fou, voire même assez tragique au fond, de voir comment un cinéaste tel que Neil Marshall, est devenu selon l'avis général - ce qui n'en fait évidemment pas pour autant une vérité indiscutable - le plus gros des tâcherons en l'espace d'une seule et unique péloche : Hellboy sauce 2019, gros nanar friqué qui n'arrive même pas au plus bas de la cheville du diptyque de Guillermo Del Toro, à qui on aurait pu/dû laisser clore sa trilogie.

Il n'en reste pas moins un solide faiseur et un véritable amoureux du cinéma de genre, qui à défaut d'être un bon grammarien du septième art, avait su joliment replacer sur la carte du fantastico-horrifique, sans forcément avoir une grammaire cinématographique férocement dense, le film de loup-garou bricolé et jouissif - Dog Soldiers -, et le survival viscéral dans les entrailles de dame nature - le bouillant The Descent -, avant de gentiment se perdre avec des péloches sincèrement bis mais croulant bien trop autant sous leurs défauts que leurs multiples références pas toujours bien digérées.
Alors évidemment, il y a autant à boire et à manger que de choses à éviter dans ses dites péloches, mais difficile tout de même de férocement taper sur la passion indéfectible du bonhomme pour l'horreur et la bisserie qui tâche, même si elle lui fait accoucher du pire.

Saban Films / Indie Wire

Un peu comme Duchess, qui confirme encore un peu plus son virage full Paulo WS Anderson du pauvre puisqu'il met à nouveau en vedette son épouse Charlotte Kirk (également co-scénariste du bousin, et définitivement moins badass que Milla Jovovich), dans une sorte de contrefaçon Wish des films de gangsters de Guy Ritchie - sans la moindre autodérision - plaquée sur une formule éculée du revenge movie à papa, qui voit une femme fatale/pickpocket/anti-héroïne un poil allergique au textile, devenir une professionnelle du vol de diamants grâce au pouvoir de l'amour, avant d'être laissée pour morte et de passer par la case vengeance, sans toucher les 200 balles de la banque.

Tout le sel périmé du cinéma de Marshall y est condensé (une violence décomplexée et gore, une écriture effroyablement stéréotypée, une réalisation souvent sans ampleur, une direction d'acteurs qui laisse à désirer, une misogynie à peine masquée, des effers numériques datés...), sans être contrebalancé cette fois par quelques maigres réjouissances voire un panache brut et sincère, comme si le cinéaste se savait déjà condamné à ne jamais retrouver son mojo perdu.
Pastiche qui n'en est jamais tellement un, aussi fastidieux et grossier qu'il est d'une paresse abyssale, Duchess est l'ultime goutte de pisse sur le cercueil en colza d'un talent qu'on a longtemps aimé défendre mais qui, par amour pour sa belle et moins pour son (où le, tout court) cinéma, s'est offert un ticket sans retour dans les limbes crasseux du bis à forte tendance Z qui ne vaut même pas sa place dans le catalogue fragile - pour être poli - de Prime Vidéo.


Jonathan Chevrier