Breaking News

[CRITIQUE] : Juste une illusion


Réalisateurs : Olivier Nakache et Éric Toledano
Avec : Camile Cottin, Louis Garrel, Pierre Lottin, Simon Boublil, Alexis Rosenstiehl,...
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Français.
Durée : 1h56min

Synopsis :
Nous sommes en 1985, Vincent, bientôt 13 ans, vit en banlieue parisienne dans une famille de la classe moyenne, entre un grand frère distant et des parents en conflit permanent. Alors qu’il n’est « déjà plus » un enfant et qu’il n’est « pas encore » un adulte nous allons partager ses questions et ses doutes sur l’identité, l’amitié, la famille, la religion, le désir et les premiers élans amoureux.

Une comédie sur cette période de l’enfance où l’espoir de changer le monde n’était pas “Juste une illusion…





Qu'on se le dise, quand bien même ils ont une propension à produire des films sensiblement feel good et réconfortants, fruit d'une formule à l'italienne qui sait savamment presser sur tous les boutons fédérateurs avec un enrobage nostalgico-bienveillant suffisamment sucré : il n'y a, peut-être, pas cinéma populaire qui vieillit plus mal que la filmographie du tandem Olivier Nakache/Éric Toledano, malgré quelques petites exceptions vraiment notables : Nos jours heureux mais surtout Le sens de la fête, leurs seules vraies tentatives authentiquement humoristiques, où ils ne tentaient pas d'insérer au chausse-pied un propos social mal amené/digéré - coucou SambaHors normes et Une année difficile.

Copyright Manuel Moutier - 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD_TEN

C'est justement sur ce dernier qu'on avait laissé le duo en 2023, effort pas subtil pour un sou, où l'écriture empilait avec gourmandise les clichés et la caricature faciles, desservant autant son propos écologique urgent (puisque le message, moqué et jamais pris au sérieux, est véhiculé par l'humour et des personnages volontairement stéréotypés... jamais pris au sérieux) que celui plus familier d'une hypocrisie générale à dénoncer (le capitalisme démesuré ou encore le consumérisme décomplexé, uniquement et démagogiquement à hauteur du simple citoyen ordinaire), tout en survolant fébrilement le moindre des thèmes abordés, à coups de rebondissements jouant clairement avec les limites de la cohérence et de la crédibilité (des forces de l'ordre à la bienveillance gentiment lunaire, gardiens de notre paix factice face à des militants bobos-écolos-bloqueurs-relous qui nous emmerde).

Autant dire donc qu'on ne pétait pas forcément d'enthousiasme à l'idée de les retrouver au détour d'une œuvre suitant - potentiellement - la nostalgie des 80s : Juste une illusion, fusion entre la comedie familiale feel good et le récit initiatique à hauteur de pré-adolescent, deux terrains archi-balisés et rarement abordés avec un minimum d'originalité et encore moins d'enthousiasme dans l'hexagone (Play d'Anthony Marciano et Été 85 de François Ozon sont de belles exceptions).
Monumentale erreur - où pas loin -, tant la plume pataude des deux cinéastes retrouve sensiblement des couleurs sous la patine vintage d'un regard sans trop d'illusions (même pas pardon) sur une époque qu'ils idéalisent avec juste ce qu'il faut d'innocence (les références sont légion mais jamais écrasantes) et d'humour, pour ne pas dénaturer un propos socio-politique un chouïa plus subtil qu'à l'accoutumée.

Copyright Manuel Moutier - 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD_TEN

Tout est une question de changement ici, celle d'un môme lancée sur la voie de la vie d'adulte et des premiers émois amoureux à quelques encablures de sa bar-mitzvah (et plus largement, d'une jeunesse qui se cherche et se mobilise), d'une mère qui espère s'élever socialement et professionnellement (comme l'espère toutes les femmes) mais également d'un père qui voit son statut de chef de famille dangereusement vaciller (et pas uniquement des suites de la perte de son emploi); au sein même d'une société en pleine transition où chacun doit négocier avec ses propres angoisses comme ses échecs et ses triomphes, doit embrasser ses possibilités comme les stagnations qu'elle impose.

Et c'est là que le prisme bienveillant habituel des cinéastes fait gentiment mouche (là où il est plus discutable ailleurs, sensiblement plus voué à emporter l'adhésion d'un maximum de spectateurs, sans jamais brusquer personne), tant il n'obscurcit jamais le trait - déjà un poil grossit - du sombre nuage de conflits qui menace ses personnages attachants, pour mieux le dissiper au fil d'une narration certes un poil facile (voire un poil artificiel dans son refus de toucher frontalement aux maux sombres de son époque, dont certains sont esquissés de très loin) mais mué par un sentiment louable et sincère de bon vivre ensemble mélancolique - renforcé par la bonhomie non feinte suscitée par sa distribution -, qui tranche avec notre quotidien où il n'est plus qu'une illusion.

Copyright Manuel Moutier - 2026 ADNP - TEN CINEMA - GAUMONT - TF1 FILMS PRODUCTION - QUAD_TEN

On pourrait considérer cela comme un déni de la réalité subvertit par la nostalgie, un manque de lucidité qui pourrait lui-même cacher une forme cynique du " c'était mieux avant " que l'on use avec un opportunisme crasseux (l'éternel ouroboros culturel qui recycle chaque décennie précédente comme un totem, dans une mécanique de citation/régurgitation créative uniquement voué a titiller la fibre nostalgique - le portefeuille - du spectateur), mais on préfère penser Juste une illusion comme une séance pas totalement consciente d'elle-même - et de ses travers -, qui n'a pour but de n'être qu'une évasion légère (une " illusion ") et sucrée par deux cinéastes regardant dans le rétroviseur de leur enfance, avec douceur et tendresse.

Sans doute leur meilleur effort avec Nos Jours Heureux et Le sens de la fête, peut-être aussi parce qu'ils sont leurs plus personnels.


Jonathan Chevrier