[CRITIQUE] : Romería
Réalisatrice : Carla Simón
Avec : Llúcia Garcia, Mitch, Tristán Ulloa,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Espagnol, Allemand.
Durée : 1h56min
Synopsis :
Afin d’obtenir un document d’état civil pour ses études supérieures, Marina, adoptée depuis l’enfance, doit renouer avec une partie de sa véritable famille. Guidée par le journal intime de sa mère qui ne l’a jamais quittée, elle se rend sur la côte atlantique et rencontre tout un pan de sa famille paternelle qu’elle ne connait pas. L’arrivée de Marina va faire ressurgir le passé. En ravivant le souvenir de ses parents, elle va découvrir les secrets de cette famille, les non-dits et les hontes…
Cheffe de fil des nouvelles voix d'un cinéma espagnol à la fraîcheur retrouvée, on avait laissé le cinéma encore naissant de Carla Simón au détour d'une véritable merveille, Nos Soleils, drame empathique et bouleversant qui se faisait autant un constat cruel et réaliste d'un monde paysan qui se meurt au travers de l'épopée héroïque - même dans l'échec - d'une famille lancée dans une quête désespérée pour mener a bien leur ultime récolte, qu'un magnifique hymne à la beauté de la vie rurale et des traditions - ici catalanes - dont le simple fait de les préserver et de les transmettre coûte que coûte, est le plus bel acte de résistance dans la société déshumanisée et déshumanisante actuelle, où le mépris est roi.
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| Copyright Quim Vives/Elastica Films |
Une merveille de cinéma vérité presque méta où l'écriture était intelligemment expurgée de toute fioriture superflue (chaque ligne de dialogue évite de recourir à des sur-explications et des contextualisations pour communiquerla verite de ses personnages, transmise avec sobriété et simplicité), qui mettait en lumière un monde sacrifié et à l'agonie autant que les contradictions réelles qui sous-tendent notre conscience environnementale.
C'est sensiblement dans l'ombre de son premier long-métrage, Été 93, morceau de cinéma naturaliste tout en introspection intime et en émancipation délicate (avec un usage Proustien de la notion de souvenir comme d'un laboratoire cinématographique, terrain propice pour dérouler une sorte de journal intime aux accents mi-autobiographiques, mi-fictionnels, sans pour autant être définissable par le terme bateau de " l'autofiction "), qu'elle nous revient en ces belles et ensoleillées journées de printemps avec son troisième effort, Romería, nouveau pèlerinage doux-amer et complexe scincé en deux temps, au coeur sa propre et douloureuse histoire familiale tout en secrets et en névroses, opéré à travers les aternoiements de son alter-ego, Marina, adoptée depuis l’enfance et obligée de renouer avec une partie de sa véritable famille - son pendant paternel -, pour obtenir un document d’état civil nécessaires à son accession à des études supérieures.
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| Copyright Quim Vives/Elastica Films |
Moins un journal intime à charge qu'une douce tentative d'apaisement par le prisme bienveillant du septième art, tout aussi bouleversant que spontané, trouvant un équilibre précaire mais enchanteur entre le récit rétrospectif et le récit introspectif face aux paysages marins somptueux de Galice, noué autour de thèmes particulièrement puissants (la stigmatisation du sang, ironie cruelle pour la fille d'un père décédé du VIH; la quête douloureuse de vérité comme d'identité familiale), Romería, certes un poil plombé par son pendant onirique voire même un rythme un poil en dents de scie, n'en reste pas moins une belle expérience à cœur ouvert, singulier et touchant, dominé par une impressionnante Llúcia Garcia, avec qui Simón créée un vrai sentiment de proximité et d'intimité.
Jonathan Chevrier










