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[CRITIQUE] : Sauvage


Réalisateur : Camille Ponsin
Avec : Céline Sallette, Lou Lampros, Bertrand Belin,...
Distributeur : Memento
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h41min

Synopsis :
Au cœur des Cévennes, Anja décide de vivre à l'écart des autres, au milieu des bois. Insaisissable et sauvage, elle bouleverse peu à peu l'équilibre de la vallée et de ses habitants. Sa mère reste son seul lien avec le monde extérieur... D'après une histoire vraie.





On avait été de ceux a avoir beaucoup aimé le premier passage derrière la caméra de la comédienne Céline Sallette, Niki, mise en images passionnée et passionnante sur près d'une décennie, de l'existence de la plasticienne et artiste peintre Catherine Marie-Agnès Fal de Saint Phalle, où elle nouait quête existentielle et créativité dans un balai des sens où désespoir et illuminations artistiques ne font parfois qu'un.
Un biopic certes un choia conventionnelle dans sa forme et pas exempt de quelques maladresses (inhérentes à tout premier long-métrage, évidemment), mais soigné, généreux et énergique, qui célébrait joliment l’importance autant que le talent son sujet

Si l'on attendait avec une certaine impatience la suite de son pendant de cinéaste, qui devra sans doute attendre encore un peu avant de se matérialiser, c'est au travers d'un retour devant la caméra, plus consistant que sur ses précédentes propositions (un court passage dans Limonov, la balade de Kirill Serebrennikov, un second rôle il est vrai marqué dans le très beau L'Été de Jahia d'Olivier Meys), à la distribution du Sauvage de Camille Ponsin (l'excellent documentaire La Combattante, qui traitait autant des rescapés du génocide et les réfugiés du Darfour, qu'il incarnait un beau portrait de l’ethnologue Marie-José Tubiana), dont la tagline sentencieuse " inspiré d'une histoire vraie " semble plus le desservir qu'autre chose.

Copyright Memento Distribution


Soit celle d'Anja, une adolescente vivant consciemment en marge et vivant dans les bois, décidée à fuir tous les carcans imposés et anxiogène de la société contemporaine, un retour - littéralement - à l'état sauvage où son seul réel lien avec le monde, est celui que tente désespérément de préserver sa mère, seule contre une famille comme des locaux (voire, plus directement, tout le monde) qui voient la vie nomade de sa fille, comme un véritable problème imprévisible qu'il faut régler - même dans la violence.

Portrait, à la lisière de la fable humaine, d'une existence tout en rupture à la fois sensorielle et poignant, embaumé dans une photographie léchée (qui profite des merveilleux paysages des Cévennes), le film, pas exempt d'asperités, ausculte néanmoins joliment, par le prisme d'une relation mère-fille poignante, les travers et dérives d'une société contemporaine abusivement normative et refusant toute personne fuyant le conformisme (et auquel il est jamais réellement possible de totalement échapper), tout en l'agrementant d'un modeste et tragique regard sur les âmes marginalisées d'une France en crise.
Du bel ouvrage donc.


Jonathan Chevrier