[CRITIQUE] : Caravane
Réalisatrice : Zuzana Kirchnerová
Avec : Aňa Geislerovà, David Vostrčil, Juliana Olhová,...
Distributeur : Les Alchimistes
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Tchèque, Slovaque, Italien.
Durée : 1h43min
Synopsis :
Ester élève seule David, son fils, atteint d'une déficience intellectuelle. Cet été, elle rêve d’un peu d'insouciance chez des amis en Italie. Mais après une crise de David, la tension monte, et ils se retrouvent exilés dans une vieille caravane au fond du jardin. C'en est trop pour Ester. Sur un coup de tête, ils prennent la route. Quand Zuza, jeune routarde sans préjugés, embarque à leurs côtés, un trio bancal mais sincère se forme, entre joie fragile et liberté inattendue.
Sur le papier (et seulement sur le paper), on pourrait presque tisser quelques points de concordance évidents entre le premier long-métrage de Joséphine Japy, Qui brille au combat, et le premier effort également de la cinéaste tchèque Zuzana Kirchnerová, Caravane, puisque les deux films sont réalisés par des cinéastes s'inspirant de leurs propres expériences intimes face au handicap, pour nourrir leur prose cinématographique : une soeur cadette atteinte de handicap mental et tardivement diagnostiqué comme une forme d'autisme pour la première, un enfant atteint d'une déficience intellectuelle pour la seconde.
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Mais si Japy privilégiait la carte du drame familial matiné de récit initiatique, emprunt d'authenticité et de dignité, à la fois doux-amer, juste et d'une distance salutaire; Kirchnerová choisit la voie sensiblement plus convenue du road movie sous fond d'émancipation douloureuse, d'une matriarche moins lessivé par le fait d'élever seul son fils atteint d'handicap, que de subir inlassablement le jugement comme les regards méprisants et incompréhensifs - de ses proches comme ses étrangers - sur son rejeton et la manière de l'éduquer.
Passé un événement clé au coeur de vacances en Italie, l'ultime goutte de pisse des préjugés fait déborder la cuvette et elle décide de prendre la tangente vers Calabre, accompagnée d'une jeune routarde attachante, pour goûter un brin aux joies d'une liberté (et d'un répit, partagé aussi par son fils) hors de la bulle oppressante du quotidien certes fugace mais essentielle, et renouer avec un désir qu'elle avait totalement abandonné pour prendre soin de la chair de sa chair (qui, elle-même, commence à s'ouvrir à l'éveil de ses propres désirs, un sujet rarement abordé par le septième art), qu'elle ne peut pas laisser seule - et encore moins lors de ses crises de violence.
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Auscultation brute de l'intimité d'une relation mère-fils aussi aimante que douloureusement dévorante, Caravane prend le parti pris d'une expérience joliment sensorielle et lancinante avec une caméra au plus près des corps et des échanges, pour tromper les limites d'une écriture qui ne cherche jamais réellement à se délester des figures imposées du genre (mais qui croque, néanmoins, des personnages à la complexité troublante), et qui ne parvient pas tout autant, à donner une puissance émotionnelle suffisante pour le faire voguer hors des sentiers balisés.
Une belle balade néanmoins.
Jonathan Chevrier



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