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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Sans toit ni loi


Réalisatrice : Agnès Varda
Acteurs : Sandrine Bonnaire, Macha Méril, Stéphane Freiss, Yolande Moreau,...
Distributeur : MK2 Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Britannique.
Durée : 1h45min.

Date de sortie : 4 décembre 1985
Date de ressortie : 11 mars 2026

Synopsis :
Une jeune fille errante est trouvée morte de froid : c'est un fait d'hiver. Etait-ce une mort naturelle ? C'est une question de gendarme ou de sociologue. Que pouvait-on savoir d'elle et comment ont réagi ceux qui ont croisé sa route ? C'est le sujet du film. La caméra s'attache à Mona, racontant les deux derniers mois de son errance. Elle traîne. Installe sa tente près d'un garage ou d'un cimetière. Elle marche, surtout jusqu'au bout de ses forces.





Curieux comment certains cinéastes issus de la Nouvelle vague nous hante d'une manière totalement différente des faiseurs de rêves d'aujourd'hui, moins dans l'affirmation nostalgique et subjective que le septième art était plus beau dans le passé qu'au présent (ce qui est à la fois vrai et faux, car tout n'est à la fois qu'une question de nuances mais aussi et surtout, de conscience que le cinéma, comme tout art, persiste dans le temps parce que les cinéastes d'aujourd'hui n'ont de cesse de s'inspirer de ceux d'hier, autant qu'ils inspireront ceux de demain), que dans l'idée d'une douce caresse artistique qui n'a de cesse de nous suivre, inlassablement, passionnément, et à laquelle on se réfère toujours même inconsciemment.

Comment ne pas comparer les comédies musicales contemporaines à celles tutélaires de Jacques Demy ? Les balades/fables estivales enchanteresses et mélancoliques à celles d'Éric Rohmer ?
Les comparaisons aux efforts de la regretté Agnès Varda se font peut-être plus subtiles, moins évident sans doute parce que sa singularité - où sa maestria, c'est selon - n'a que trop rarement été tutoyé du bout de la pellicule par des hommages hésitants, des phénomènes de citations/régurgitations chers à Quentin Tarantino, qui se prêtent beaucoup moins à l'œuvre comme a la subjectivité de la maman de Cléo de 5 à 7, à la différence de ceux de François Truffaut voire de Jacques Rivette.

De ses œuvres hantées et hantantes, Sans toit ni loi est peut-être la plus glaciale et saisissante, à l'image même d'une affiche porté par le regard perçant d'une Sandrine Bonnaire absolument incroyable en ado en marge qui, sans le savoir, marche vers sa perte.
Tout le film, dont la tragédie qui l'habite est dégainée frontalement à la gueule de son auditoire dès les premières minutes (le ramenant, si besoin était, à un sujet toujours aussi cruellement d'actualité, le quotidien des sans domicile fixe), brûle d'un réalisme saisissant, d'un sentiment de vérité qui se dégage de tous les pores de cette odyssée poignante à la fois intime et détachée d'une figure mystérieuse, " antipathique mais pas trop " mais surtout incroyablement résiliente, que Varda croque juste ce qu'il faut pour la rendre inoubliable.

Tout en travellings maîtrisés, portrait morcelé et volontairement incomplet dont la structure cite plus où moins directement Rashomon, avec des multiples témoignages tentant de reconstituer les ultimes jours de cette gamine digne qui embrassa trop sauvagement son indépendance - au point de mourir dans la solitude la plus totale -; Sans Toit ni Loi n'a strictement rien perdu de sa modernité ni de sa puissance même avec quatre décennies au compteur.
Une merveille, rien de moins.


Jonathan Chevrier