[ENTRETIEN] : Entretien avec Laura Wandel
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| Copyright Laura Wandel // Copyright TANDEM // © Bruno Martin / Le JDD |
Avec Un monde et L’intérêt d’Adam, Laura Wandel a su s’affirmer comme une metteuse en scène à la mise en scène empathique et aux œuvres bouleversantes. Venue donner une masterclass au Love International Film Festival de Mons, la réalisatrice a rapidement répondu à quelques-unes de nos questions. Certaines peuvent paraître maladroites mais la façon dont Laura Wandel a échangé avec nous, témoignant aussi de sa timidité en préférant « parler avec des images que des mots » nous a rassuré, tout en appuyant le côté très empathique de ses œuvres.
Évidemment, je ne m'attendais pas au « succès » qu’a eu Un monde. Je me suis aussi rendu compte qu'il y a un certain impact économique dont je ne me rendais pas forcément compte avant. Et en faisant le deuxième, comme j'avais beaucoup plus conscience de ça, il y a quand même plus un stress. Et puis, ce n'est pas du tout la même chose de travailler avec des stars, avec des enfants, avec une plus petite équipe. C'est deux manières de travailler complètement différentes et je suis vraiment contente d'avoir expérimenté les deux. - Laura Wandel
Est-ce qu'il y a moyen de parler de la genèse de votre premier film, Un monde, et comment vous le voyez avec le temps qui passe ?
Oh, c'est vrai que je l’ai tourné en 2021 déjà. Je me sentais attirée par le monde de l'école et plus particulièrement ce qui se passe dans une cour de récré parce que j'avais l'impression qu'il y a énormément de choses qui s’y passent qui sont finalement un peu des reflets de ce qui se passe dans notre société. Et en tant qu'enfant, ça nous marque énormément et dans un certain sens, ça nous conditionne un peu après sur notre manière d'être en société en tant qu'adulte. Je crois que c'est parce qu'on passe quand même minimum 12 ans à l'école. Forcément, ça marque. C'est là qu'on apprend aussi, en dehors des parents, le rapport à l'autre, le rapport en société. Donc, je crois qu'il y a énormément de choses qui se jouent là après, pour notre vie d'adulte.
Justement, la manière dont vous captez ce milieu fait très microcosme, un peu l'hôpital dans L'intérêt d'Adam.Peut-être, pour parler de la mise en scène, il y a la caméra portée mais qui arrive vraiment à rester à hauteur d'enfant. Mais comment conserver ce regard d'enfant dans sa réalité la plus brute?
L'idée, c'était vraiment en fait de faire ressentir au spectateur, d'essayer de lui faire rappeler ce que c'est. Par exemple, simplement de voir le monde à cette hauteur-là. Donc, on ne voit pas, on n'a pas accès forcément à tout. On a tous déjà eu cette sensation, je crois, de retourner dans un endroit où on n'a plus été depuis tout petit et que ce lieu nous paraisse réduit, alors qu’enfant, ça nous paraissait énorme. Et donc, c'était une volonté de faire ressentir au spectateur. C'est vrai que là, en faisant un saut avec L'intérêt d'Adam, c'est hyper important pour moi en général que le spectateur ne ressente pas que les choses intellectuellement, mais aussi physiquement, par exemple les scènes dans la piscine. On a tous à un moment été au bord de cette piscine, à avoir froid, avoir eu envie, eu peur. J'avais envie que le spectateur se reconnecte à sa mémoire d'enfant finalement.
| Un monde - Copyright TANDEM |
Pour parler un peu de L'intérêt d'Adam, il y a cette même tension dans les deux films qui reste toujours à hauteur d'humain, toujours au plus proche des personnages.Comment conserver justement ce rapport émotionnel?
C'est vrai que c'est ce que j'essaie de faire car le plus important pour moi, c'est que le spectateur soit en empathie avec tous les personnages, autant dans Un monde, même si je sais que c'est difficile, mais qu'il soit aussi finalement dans une certaine empathie avec les harceleurs. Je pense qu’il y a chez eux une blessure qui n'est pas résolue. Et dans L'intérêt d'Adam, c’est peut-être avec les médecins qui sont un peu plus procéduriers. Je pense qu'il y a toujours ça derrière. Et aussi, à nouveau, je pense que c'est cette manière de filmer pour que le spectateur ressente des choses aussi physiquement dans son corps.
Comment avez-vous senti cette transition du premier long métrage qui a été admirablement bien accueilli, avec peut-être une pression pour faire le deuxième ?
C'est sûr qu'on dit toujours que le deuxième, c'est le plus difficile. Je n'en ai fait que deux donc je ne sais pas. Mais c'est vrai qu'il y avait effectivement énormément de pression. J'essaie de ne pas en tenir compte parce que ça n'aide à rien. Mais je crois aussi qu'il y a plus une conscience des enjeux. Évidemment, je ne m'attendais pas au « succès » qu’a eu Un monde. Je me suis aussi rendu compte qu'il y a un certain impact économique dont je ne me rendais pas forcément compte avant. Et en faisant le deuxième, comme j'avais beaucoup plus conscience de ça, il y a quand même plus un stress. Et puis, ce n'est pas du tout la même chose de travailler avec des stars, avec des enfants, avec une plus petite équipe. C'est deux manières de travailler complètement différentes et je suis vraiment contente d'avoir expérimenté les deux.
En parlant du travail des enfants, comment bien les diriger dans pareilles œuvres ?
Alors ça, il faut savoir, évidemment, que je ne suis pas toute seule, bien sûr. J'ai travaillé avec deux coachs enfants extraordinaires qui ont d’ailleurs retravaillé sur L'intérêt d'Adam, Perrine Bigot et Charlotte Moors. C'est Perrine qui a mis en place cette méthodologie parce qu’avec Un monde, Maya Vanderbeque apprenait déjà à lire et écriremais elle était encore très petite. L’idée était donc de ne pas leur faire lire le scénario et de les amener au film. On se voyait tous les week-ends environ deux mois avant le tournage pour apprendre à se connaître, pour les habituer à la caméra. Ce qu'on faisait, c'est qu’on leur expliquait le tout début de la scène et on leur demandait ce qui pouvait se passer.« Qu'est-ce qui pourrait se dire ? » On discutait, on discutait. Ils ont souvent apporté énormément d'idées parce que j'avais très peur, comme j'avais écrit le scénario, que ce ne soit pas des mots d'enfants. C’était très important qu'ils se réapproprient le langage. Et puis, une fois qu'on avait mis plus ou moins en place la scène, on leur demandait de commencer à improviser par rapport à tout ce dont on avait discuté. C’était à ce moment-là qu’on filmait pour commencer aussi à les habituer à la caméra. Et puis, la dernière étape, c'était qu'ils dessinent la scène. D'ailleurs, j'ai apporté certains des dessins pour la leçon. Finalement, ils ont dessiné tout le scénario sur des cartons. Par exemple, la scène numéro 5, ils ressortaient leurs cartons et ils savaient exactement ce qu'on avait fait. Donc, c'est une méthode hyper ludique qui participe complètement à l'élaboration.
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| L'intérêt d'Adam - Copyright Laura Wandel |
Vous avez été assistante de régisseuse costumière et assistante casting.Comment ces expériences vous ont peut-être servi dans la conception de vos films ?
C'est vrai que j'ai pas mal travaillé sur des tournages. C'était important pour moi parce que j'ai fait l'IAD et quand j’y suis rentrée, j'avais 18 ans. C'était une expérience vraiment incroyable mais on est quand même très protégés au sein de l'école. On fait des tournages mais on reste très protégés. C'était important pour moi de me confronter à la réalité du terrain. Donc, j'ai appris énormément de choses, même en tant que régisseuse, comme des choses à observer. J'ai aussi rencontré pas mal de gens de la profession. Alors déco, accessoires, costumes, je ne l'ai fait qu'une fois et c’était vraiment passionnant, mais disons que c'est énorme, en fait. Ça m'a appris aussi plein de trucs au niveau de l'organisation. Par exemple, je ne pourrais jamais faire assistante réal parce qu'au niveau de l'organisation, je suis complètement nulle (rires). J'ai adoré être assistante casting car ça permet de sentir la présence des gens, comment ils sont face à la caméra.
Propos recueillis par Liam Debruel
Merci à Valérie Cornelis et Shahinèze Hasnaoui de La Com des Demoiselles ainsi qu’à l’organisation du Love International Film Festival de Mons pour cet entretien.







