[CRITIQUE/RESSORTIE] : Vol au-dessus d'un nid de coucou
Réalisateur : Milos Forman
Acteurs : Jack Nicholson, Louise Fletcher, William Redf, Brad Dourif, Danny DeVito, Christopher Lloyd,...
Distributeur : La Filmothèque Distribution (ex Ciné Sorbonne)
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h14min.
Date de sortie : 1 mars 1976
Date de ressortie : 25 mars 2026
Synopsis :
À l’automne 1963, un vétéran de la guerre de Corée est accusé d’un crime. Pour échapper à la prison, il simule la folie et se fait admettre dans un hôpital psychiatrique, où il déclenche une révolution des patients maltraités contre la tyrannie des infirmières.
Adapté du best-seller éponyme de Ken Kesey, Vol au-dessus d'un nid de coucou décrit les traitements infligés aux patients dans les années 1960 : médicaments surdosés, douches glacées, électrochocs ou encore lobotomie. Mais ce pamphlet contre le fonctionnement des hôpitaux psychiatriques questionne aussi le sens de la révolte : pourquoi doit-on résister ? Jusqu'où peut-on s'opposer ? Où se situe la frontière entre l'héroïsme et la folie ? D'un côté, convaincue de faire le bien, l'infirmière Ratched applique les règles aveuglément et infantilise ses patients. De l'autre, McMurphy se bat pour leur rendre leur dignité, quitte à défier les lois d'un système répressif et inhumain.
Il est difficile d'écrire sur un film dont on a quasiment tout dit, sur une œuvre qui a marqué au fer rouge l'histoire du septième art mais également, sur une œuvre dont les mots eux-mêmes ne suffisent presque pas à décrire la beauté autant que la puissance et l'intensité émotionnelle qu'incarnent ses images.
Alors c'est bateau oui, mais Vol au-dessus d'un nid de coucou d'un Milos Forman alors au sommet de son art (et qui adapte ici le roman éponyme de Ken Kesey), est clairement ce que l'on peut considérer comme un chef-d'œuvre, un vrai, dans la plus pure définition d'un terme qui ne veut plus forcément rien dire aujourd'hui, tant il est dégainé à toutes les sauces par des spectateurs/cinéphiles à l'avis facile (comprendre : souvent inconsistant).
Une oeuvre culte et populaire mais qui n'est, paradoxalement, ni superficielle dans son fond comme dans sa forme, et encore moins simple à appréhender quand bien même son pitch de départ est des plus ramassés : s'attacher à une figure criminelle plus dérangeante que dérangée (Randall P. McMurphy, un sociopathe/vétéran de la Guerre de Corée de 38 ans condamné à une peine de travaux forcés pour diverses agressions et un viol sur mineur), qui simule l'aliénation pour se faire interner et ainsi sortir de l'établissement pénitentiaire où il était incarcéré.
Le ver dans la pomme d'un hôpital psychiatrique mené d'une main de fer par les méthodes répressives de l’infirmière Ratched, dont il va être le principal opposant après avoir été touché par la détresse et la solitude des patients, lui qui ignorait tout du traitement réservé aux patients.
Tout le génie du film réside là, dans l'introduction d'un élément perturbateur au coeur d'une machine déshumanisée et déshumanisante à l'horreur trop bien huilée, pour mieux pointer l'ignominie institutionnelle plus restrictive et archaïque que maladroite (ironiquement persuadée de bien faire les choses, dans le dépouillement de tout droit et de toute dignité d'âmes malades dont les désirs/besoins sont totalement ignorés; des âmes qui n'existent plus réellement, eux qui survivent sans faire de vagues pour ne pas voir leur condition empirer) du système de santé américain (mondiale ?) comme d'une société contemporaine abordant avec condescendance la psychatrie, faisant des malades des victimes autant de leurs maux que du mépris et de la pression social, où être malade - où considéré comme tel - nous relégue au plus bas de l'échelle, où la maladie elle-même n'est plus considéré comme un mal, mais comme une expression de la folie.
Mis en scène avec une épure presque chirurgicale, dénuée de tout artifice putassier (Forman s'appuyant sur la sublime photographie du tandem Haskell Wexler/Bill Butler), Vol au-dessus d'un nid de coucou, peinture d'une époque pas si lointaine de la nôtre - et à l'évolution difficile - où le conformisme était imposé d'une manière définitivement moins subtile et plus brutale (même si hier comme aujourd'hui, les systèmes oppressifs ne se cachent plus), ne serait il est vrai rien sans sa fantastique distribution, d'un Jack Nicholson en symbole d'un élan de liberté qui propage ses bienfaits avant d'être douloureusement rattrapé au vol, à une Louise Fletcher impériale en fée létale dont la rigueur implacable n'a d'égale que la cruauté, en passant par un Brad Dourif incroyablement attachant en gamin bègue bouffé par des figures féminines autoritaires et castratrices.
Des talents incroyables au service d'un film qui ne l'est pas moins, tout simplement.
Jonathan Chevrier








