[CRITIQUE] : Mauvaise pioche
Réalisateur : Gérard Jugnot
Avec : Gérard Jugnot, Philippe Lacheau, Thierry Lhermitte, Jean-Pierre Darroussin, Michèle Laroque, Zabou Breitman, Reem Kherici,...
Distributeur : Pan Distribution
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h32min.
Synopsis :
Arrêté par erreur et confondu avec l’homme le plus recherché de France, Serge Martin, paisible retraité, devient la cible des médias. Pris dans un tourbillon sans fin, il va tout tenter pour prouver son innocence et retrouver sa vie... si c’est encore possible !
Comme il le dit dans l’interview qu’il nous a accordée, Gérard Jugnot peut être vu par certains comme un réalisateur plus mineur dans le domaine de la comédie française comparé à certains de ses pairs. Ce serait pourtant diminuer l’affection que l’on peut réellement avoir pour ses personnages dans des situations diverses de comédie, à l’instar de ses premières œuvres où il incarnait perpétuellement un homme en décalage de la société malgré ses envies de bien faire. On ressent cette même envie de début avec cette Mauvaise Pioche, inspirée par l’arrestation improbable d’un individu pris pour Xavier Dupont de Ligonnès sans en partager un trait, et c’est à nos yeux le meilleur atout du film.
De sa première scène de reconstitution historique à une conclusion que l’on ne dévoilera pas, le long-métrage joue la carte de la réappropriation d’image, de la volonté de se réaffirmer face à des regards opposés qui imposent la caractérisation sans essayer de laisser une place à l’individu. Cette forme déshumanisée s’accentue même par le côté très procédural des instants de l’arrestation et de sa montée médiatique croissante afin de renvoyer le besoin de notre héros malheureux de se défaire d’une situation qui le dépasse largement, le tout avec une caractérisation classique mais assez solide pour tenir.
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C’est ainsi que, comme dans nombre de ses réalisations passées, la comédie naît de son personnage et de son écrasement constant, ce qui ne peut que résonner avec les thématiques qu’il cherche à élaborer ici, en particulier sa critique médiatique. Sa vision des chaînes en continu ne pourra que faire sourire par la manière d’y faire résonner une course à l’audimat et à la déstructuration par le visuel, là où les besoins de notre héros sont assez simples, sommaires même. Il en va d’une confrontation entre une forme de naïveté face à l’écrasement machinal, l’envie de détruire le système avec ses outils tout en replaçant l’être dans quelque chose d’aussi simple que doux, voire burlesque, à l’instar de sa conclusion ou d’une scène d’amour où un lieu d’enfermement se métamorphose.
En poussant différents curseurs comiques, Gérard Jugnot cherche avec Mauvaise Pioche à replacer de nouveau l’individu comme essentiel malgré son esseulement médiatique. En se concentrant beaucoup sur les conséquences de sa base narrative assez drôle, le réalisateur cherche à conserver une forme de dramaturgie solide, qui peut se défaire difficilement d’une certaine simplicité mais a le mérite de conserver une affection sincère pour ses personnages. Cela n’en fera peut-être pas une grande comédie mais un bon moment de rire assez sincère dans ses intentions. « Le mode mineur est important en musique », nous dit le metteur en scène en interview : nous répondrons qu’il est aussi plaisant dans l’art de la comédie populaire.
Liam Debruel









