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[CRITIQUE] : Une jeunesse indienne


Réalisateur : Neeraj Ghaywan
Acteurs : Ishaan Khatter, Vishal Jethwa, Janhvi Kapoor,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Indien, Français.
Durée : 1h59min.

Synopsis :
Dans un village du nord de l’Inde, deux amis d’enfance tentent de passer le concours de police d’État, un métier qui pourrait leur offrir la dignité qu’ils n’osent espérer. Alors qu’ils touchent du doigt leur rêve, le lien précieux qui les unit est menacé par leurs désillusions...




Bien que nous ne puissions - évidemment - pas choisir notre famille, nous pouvons tous décider avec qui nous voulons passer notre vie et, en ce sens, nos amitiés proches sont souvent plus fortes que les liens du sang, fruit d'une intimité toute particulière, spéciale même, répondant à une logique qui parfois nous dépasse.

C'est ce lien, presque (souvent) indestructible, qui sert de sève fantastique au second long-métrage de Neeraj Ghaywan (le brillant Masaan, et ici adoubé par Martin Scorsese à la production)Une jeunesse indienne, double récit initiatique poignant et enthousiasmant à la fois sous fond de résilience, d'amitié indéfectible et fusionnelle, et de nécessité à poursuivre coûte que coûte ses ambitions (inaccessibles), même au coeur d'une Inde à la hiérarchisation sociale empoisonnée et humiliante, qui façonne brutalement les idéaux et les aspirations d'une jeunesse prisonnière de sa condition - où de ses croyances - et soumise à une capitulation tragique.

Copyright Dharma Productions

Capturant de manière patiente et viscérale la réalité sociale de sa nation comme l'optimisme pétri de candeur d'une jeunesse lucide mais qui ne cesse jamais de croire en l'impossible, la caméra se fixe tout du long sur deux jeunes mômes marginalisés et unis dans leur volonté commune d'échapper à la précarité comme à la discrimination qui bouffent leur quotidien, en intégrant des forces de police qui, au-delà de leur apporté un semblant d'avenir, pourraient leur offrir le respect et le contrôle de leur existence auxquels ils aspirent tant (quitte à perpétuer une violence dont ils ont eux aussi été victimes).

Étreinte cinématographique intimiste qui emporte totalement l'adhésion dans son refus de céder aux sirènes faciles du mélodrame, en abordant la tragédie en son coeur avec réalisme, sans fatalité ni artificialité putassières (chaque once d'émotion est le fruit autant de l'honnêteté brutale de la narration, que des performances attachantes et complices de Vishal Jethwa et Ishaan Khatter), tout en croquant une représentation puissante des inégalités sociales et des conflits de classes, tout comme l'ingérence étatique durant la crise du Covid-19 (qui n'a gait que creuser encore un peu plus les traumatismes déjà solidement implantés); Une jeunesse indienne, embaumé dans la superbe photographie d'Avinash Arun Dhaware, questionne la possibilité (l'impossibilité) d'un minimum d'égalité au sein d'une société structurellement et idéologiquement stratifiée, tout autant qu'il se fait une douce et délicate ode à l'amitié.


Jonathan Chevrier