[CRITIQUE] : Un jour avec mon père
Réalisateur : Akinola Davies Jr.
Acteurs : Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo, Godwin Egbo,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Nigérian, Britannique.
Durée : 1h33min.
Synopsis :
Un Jour avec mon père est un récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l'immense ville alors que des troubles politiques menacent.
Il est assez fou de se dire que si le cinéma nigérian est, factuellement et à travers les des deux extrémités de son pays (Nollywood d'un côté, Kannywood de l'autre), la deuxième plus grosse puissance cinématographique au monde en nombre de films produits par an, loin devant la Chine et Hollywood, ses productions n'atteignent que sporadiquement - pour rester poli - les salles obscures françaises, alors même que la distribution hexagonale ne nous a jamais paru aussi imposante (d'une manière toute aussi frustrante - car il est impossible de tout voir - qu'enthousiasmante) et incroyablement éclectique.
Une absence qui ne nait pas d'une simple constation faite à la volée, pour preuve le seul exemple qui nous vienne réellement en tête : Toutes les couleurs du monde de Babatunde Apalowo, une épopée sentimentale et délicate façon romance à trois cœurs touchante et d'une étonnante pureté, sorti en catimini au printemps 2023.
Pas un petit événement donc que la sortie du premier long-métrage du wannabe cinéaste britannico-nigérian Akinola Davies Jr., Un jour avec mon père, adoubé par la dernière réunion cannoise - mention spéciale à la Caméra d'or en prime - et les derniers Baftas - Meilleur Premier Film.
Un premier effort qui a tout d'un petit miracle, merveille de drame mi-fictionnel, mi-autobiographique nourrit par les souvenirs de son auteur (et de ceux de son frère, co-scénariste) comme par son regard socio-politique affûté, pensé comme le portrait à la fois enthousiaste et rugueux d'un père mystérieux et complexe mais douloureusement absent (un excellent Sope Dirisu), au détour des notions essentielles d'héritage et de fraternité, et auquel se juxtapose le dessin d'un Nigéria de 1993 politiquement et socialement troublé (la figure paternelle symbolisant pleinement les traumatismes de toute sa nation).
Le tout à travers le regard innocent de deux mômes qui aiment leur paternel au moins autant qu'ils sont bouffés par les ressentiments causés par cette figure qui n'a eu de cesse de leur échapper (un père loin d'être idéal mais dont l'amour pour les siens se fait de plus en plus claire et évidente, à mesure que la narration avance), heureux d'être avec lui au coeur d'une journée appelée à être charnière, tout en étant conscients de la brièveté presque inéluctable de ce temps passé à ses côtés, une bulle de légèreté vite rattrapée par la dure réalité (l'annulation des résultats des élections locales et de toute espoir de démocratie par Ibrahim Babangida, qui auraitment mis fin à sa dictature militaire).
Entre le récit initiatico-temporel, le drame familial nostalgique et le road movie urbain sauce fresque politique sur une nation en crise, alliant poésie, chaleur et tensions dans un ballet des sens mélancolique et bouleversant, Un jour avec mon père est, au-delà d'une sacrée réussite formelle (une mise en scène precise et immersive, au plus près des corps et des âmes) et narrative pour un premier passage derrière la caméra, l'avènement potentielle d'une voix cinématographique qui pourrait compter dans le septième art de demain.
C'est tout ce que l'on souhaite à Akinola Davies Jr. et, de facto, aux cinéphiles que nous sommes.
Jonathan Chevrier
Acteurs : Sope Dirisu, Chibuike Marvellous Egbo, Godwin Egbo,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Nigérian, Britannique.
Durée : 1h33min.
Synopsis :
Un Jour avec mon père est un récit semi-autobiographique se déroulant sur une seule journée dans la capitale nigériane, Lagos, pendant la crise électorale de 1993. Un père tente de guider ses deux jeunes fils à travers l'immense ville alors que des troubles politiques menacent.
Il est assez fou de se dire que si le cinéma nigérian est, factuellement et à travers les des deux extrémités de son pays (Nollywood d'un côté, Kannywood de l'autre), la deuxième plus grosse puissance cinématographique au monde en nombre de films produits par an, loin devant la Chine et Hollywood, ses productions n'atteignent que sporadiquement - pour rester poli - les salles obscures françaises, alors même que la distribution hexagonale ne nous a jamais paru aussi imposante (d'une manière toute aussi frustrante - car il est impossible de tout voir - qu'enthousiasmante) et incroyablement éclectique.
Une absence qui ne nait pas d'une simple constation faite à la volée, pour preuve le seul exemple qui nous vienne réellement en tête : Toutes les couleurs du monde de Babatunde Apalowo, une épopée sentimentale et délicate façon romance à trois cœurs touchante et d'une étonnante pureté, sorti en catimini au printemps 2023.
Pas un petit événement donc que la sortie du premier long-métrage du wannabe cinéaste britannico-nigérian Akinola Davies Jr., Un jour avec mon père, adoubé par la dernière réunion cannoise - mention spéciale à la Caméra d'or en prime - et les derniers Baftas - Meilleur Premier Film.
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| Copyright Le pacte |
Un premier effort qui a tout d'un petit miracle, merveille de drame mi-fictionnel, mi-autobiographique nourrit par les souvenirs de son auteur (et de ceux de son frère, co-scénariste) comme par son regard socio-politique affûté, pensé comme le portrait à la fois enthousiaste et rugueux d'un père mystérieux et complexe mais douloureusement absent (un excellent Sope Dirisu), au détour des notions essentielles d'héritage et de fraternité, et auquel se juxtapose le dessin d'un Nigéria de 1993 politiquement et socialement troublé (la figure paternelle symbolisant pleinement les traumatismes de toute sa nation).
Le tout à travers le regard innocent de deux mômes qui aiment leur paternel au moins autant qu'ils sont bouffés par les ressentiments causés par cette figure qui n'a eu de cesse de leur échapper (un père loin d'être idéal mais dont l'amour pour les siens se fait de plus en plus claire et évidente, à mesure que la narration avance), heureux d'être avec lui au coeur d'une journée appelée à être charnière, tout en étant conscients de la brièveté presque inéluctable de ce temps passé à ses côtés, une bulle de légèreté vite rattrapée par la dure réalité (l'annulation des résultats des élections locales et de toute espoir de démocratie par Ibrahim Babangida, qui auraitment mis fin à sa dictature militaire).
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Entre le récit initiatico-temporel, le drame familial nostalgique et le road movie urbain sauce fresque politique sur une nation en crise, alliant poésie, chaleur et tensions dans un ballet des sens mélancolique et bouleversant, Un jour avec mon père est, au-delà d'une sacrée réussite formelle (une mise en scène precise et immersive, au plus près des corps et des âmes) et narrative pour un premier passage derrière la caméra, l'avènement potentielle d'une voix cinématographique qui pourrait compter dans le septième art de demain.
C'est tout ce que l'on souhaite à Akinola Davies Jr. et, de facto, aux cinéphiles que nous sommes.
Jonathan Chevrier



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