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[CRITIQUE] : Silentium


Réalisateur : Nidhal Chatta
Acteurs : Mohamed Dahech, Abdelmonem Chouayet, Rym Hayouni, Lamine Belkhodja,...
Distributeur : Media Art
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Tunisien.
Durée : 1h33min.

Synopsis :
Une vieille bâtisse isolée, au bord de la mer. A l'abri des murs défraîchis, des vies mornes et désenchantées. Malek, vit seule au rez-de-chaussée. Elle observe à travers son judas ses voisins Lotfi et Fatma. Leurs disputes sont fréquentes, la violence est routinière. Malek entretient une forte amitié avec Khaled, son voisin du dessus, un jeune banquier homosexuel qui la connaît mieux que quiconque et qui est son dernier refuge. A l'occasion, Malek garde la petite Lilia, la fille de Mona, une jeune divorcée qui peine à joindre les deux bouts et fait don de son corps pour rembourser ses dettes. Tout l'immeuble le sait. Malek côtoie ce petit monde avec humour et inquiétude aussi. Car elle sait qu'entre ses murs se cache un monstre qui veut assouvir son désir.





Quand bien même sa production apparaît peut-être un poil discrète que son voisin marocain (quoique, cela se discute selon les années), le cinéma tunisien n'en reste pas moins particulièrement prolifique et passionnant à suivre, pour preuve les solides propositions que la « petite perle du Maghreb » nous a dégainé sur les douze derniers mois, que ce soit à travers de deux de ses plus belles ambassadrices, Erige Sehiri (Promis le ciel, beau et sensible drame dénué de tout sentimentalisme putassier, abordant le sujet, rarement exprimé a l'écran, de l'expérience migratoire en Afrique, et plus directement de l'Afrique subsaharienne vers l'Afrique du Nord) et Kaouther Ben Hania (La Voix de Hind Rajab, un incroyable et douloureux mémorial sur pellicule d'une tristesse insondable, sur une catastrophe humanitaire - un génocide dont on veut taire le nom - qui se conjugue au présent depuis bien, bien trop longtemps), mais aussi des figures émergentes comme Lotfi Achour (Les enfants rouges, une tragédie authentique et philosophique aux émotions et à la poésie brutes) et Mehdi M. Barsaoui (Aïcha, un thriller sous-tension dans son portrait authentique et sans concession d'une nation oppressive et patriarcale).

Copyright Media Art

Énième preuve en date avec le nouveau long-métrage du cinéaste Nidhal Chatta - rarement célébré dans nos salles -, Silentium, auscultation crue et sombre d'une Tunisie contemporaine encore tributaire de la politique patriarcale et des dérives du passé, loin des espoirs que la Révolution a pu susciter chez des citoyens qui, justement, ne semble plus réellement réellement avoir, que Chatta capture au détour d'une sorte de microcosme crépusculaire, un immeuble lessivé par le temps au bord de mer où gravitent une pluie d'âmes tourmentées et abîmées, victimes comme prédatrices d'une violence qui dévore tout.
L'attention se porte plus particulièrement sur Malek (une Rym Hayouni tout en nuances), une figure distante et observatrice rongée par un passé douloureux - un viol dans son enfance - qui n'a de cesse de s'effriter rappeler à elle, tant son bourreau hante les murs mêmes de ce qui est censé être un lieu sur, et dont elle souhaite secrètement se venger...

Drame douloureux, radical et anxiogène mis en scène avec élégance et assurance, là où sa narration un peu trop brute et pleine d'aspérités (une structure éclatée en tête), le fait parfois un poil vaciller, Silentium n'en reste pas moins un lucide et nécessaire brulôt, dans l'ombre du diamant noir La Belle et la Meute de Kaouther Ben Hania.


Jonathan Chevrier