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[PAS DE BUG EN L'AN 2000!] : #4. Big Fish

Copyright Sony/Columbia

" " Quoi ? Encore une nouvelle section sur votre site ? " Bah oui, on aime parler cinema et surtout compartimenter nos billets. Tu crois qu'on devrait consulter ?
Arf, pas besoin de te demander cher lecteur, toutes les voix dans nos têtes disent que tout va bien...
Enfin... bref, dans cette section tu l'auras compris, on va faire comme pour les sections 80s et 90s, mais avec les années 2000 et une production qui risque de titiller la nostalgie des millenials... où pas.
Bref, lâches ta PSP, armes-toi de ton Mp3 (on avait pas tous des Ipod, redescends) et embrasses toute cette douce vague de mélancolie qui s'apprête à foncer sur ta poire !



#4. Big Fish de Tim Burton (2003)


Sorti en 2003, Big Fish de Tim Burton s’impose comme l’une des œuvres les plus poétiques et introspectives du réalisateur, explorant les frontières entre le réel et le merveilleux. Adapté librement du roman éponyme de Daniel Wallace publié en 1998, le film mêle drame familial, comédie et conte fantastique, inscrivant son récit dans une esthétique burtonienne où le surnaturel devient le vecteur d’émotions profondément humaines. Big Fish raconte l’histoire d’Edward Bloom, un homme à l’existence extraordinaire, et de son fils Will, qui tente de distinguer la vérité de l’exagération dans les récits fabuleux que son père lui a raconté toute sa vie. Le film interroge la manière dont les histoires façonnent notre mémoire, notre identité et notre rapport aux autres.


La base du projet tient à la fascination de Burton pour les récits oraux et l’univers du conte. Le réalisateur, alors reconnu pour ses films gothiques et excentriques tels que Edward aux mains d’argent et Sleepy Hollow, cherchait à explorer une œuvre plus intime, où le fantastique ne serait pas un simple décor, mais une métaphore de la vie elle-même. Le roman de Wallace offrait cette opportunité : il structure le récit autour d’histoires racontées comme des légendes, mélangeant réalité et fiction dans une temporalité fluide et symbolique. Burton, en collaboration avec John August pour le scénario, transpose cette approche au cinéma en conservant la fluidité entre le réel et l’imaginaire, entre les souvenirs d’enfance et les événements surnaturels.


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Le film s’appuie sur un casting central puissant. Ewan McGregor incarne Edward Bloom jeune, capable de combiner charme, exubérance et énergie narrative, tandis que Albert Finney interprète l’Edward âgé, incarnation de la mémoire et du récit légendaire. Leur alternance à l’écran matérialise le décalage entre réalité et mythe, entre les exploits vécus et les histoires enjolivées. Billy Crudup joue Will, le fils rationnel, sceptique face aux exagérations de son père, et dont le parcours consiste à comprendre la vérité derrière les contes. Les personnages de Jessica Lange en Sandra, la femme d’Edward et Alison Lohman l’incarnant jeune, ou Helena Bonham Carter dans le rôle de la sorcière mystérieuse, participent à la dimension féerique et symbolique de l’univers narratif.

Sur le plan technique, Burton déploie une mise en scène qui accentue l’aspect métaphorique du conte. Les décors sont souvent stylisés, oscillant entre réalisme et fantastique : des forêts gigantesques, des villages miniatures, un cirque exubérant ou des maisons surdimensionnées créent un monde qui n’appartient ni complètement au réel ni totalement à l’imaginaire. La photographie de Philippe Rousselot alterne des tonalités saturées pour les séquences légendaires et des tons plus neutres pour les scènes contemporaines, soulignant visuellement la frontière entre mythe et quotidien. Le montage soutient également la fluidité narrative, permettant les transitions entre souvenirs, récits et événements actuels sans rupture apparente.
La musique composée par Danny Elfman joue un rôle fondamental dans l’expérience du conte. Les thèmes lyriques et oniriques accompagnent les histoires extraordinaires d’Edward, renforçant la dimension féerique tout en soulignant les émotions intimes, comme l’amour, la peur ou la mélancolie. Le score participe ainsi à la métaphore centrale du film : la musique et les images deviennent des vecteurs d’imagination et d’émotion, transformant l’expérience narrative en un voyage sensoriel.

La métaphore du conte est au cœur de Big Fish. Chaque récit d’Edward n’est pas seulement une anecdote ; il constitue une construction poétique, où les exagérations et les personnages fantastiques représentent des vérités émotionnelles et symboliques. Le géant Karl, la sorcière, le cirque itinérant ou la ville où Edward devient maire sont autant de métaphores de l’amour, de la peur, du destin ou du passage du temps. Le film suggère que les histoires ne sont jamais neutres : elles façonnent notre perception des autres et de nous-mêmes, et offrent un moyen de transcender les limites de la réalité quotidienne.
L’imagination devient également un outil de réconciliation. La relation entre Edward et Will illustre la tension entre rationalité et imagination. Le fils, sceptique et pragmatique, peine à comprendre l’importance de ces récits. Mais en découvrant que la réalité d’Edward et l’imaginaire se complètent, Will reconnaît la valeur des histoires comme médiatrices de souvenirs, de liens familiaux et de légendes personnelles. Le conte apparaît ainsi comme un instrument de vérité émotionnelle, même lorsque ses détails sont inventés ou amplifiés.

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Enfin, le film explore la mortalité et l’héritage à travers le prisme du récit. La fin, où Will comprend l’importance de raconter et de légender la vie de son père, souligne que l’imaginaire et le conte permettent de dépasser la disparition physique et de conserver l’impact symbolique des individus. Burton propose une vision où le fantastique n’est pas fuite du réel mais réinterprétation créative de la vie, transformant chaque expérience en mythe personnel. Cette approche confère à l’œuvre une profondeur émotionnelle et philosophique rare dans le cinéma contemporain, où chaque fabulation d’Edward Bloom est à la fois aventure, émotion et leçon sur le pouvoir des histoires. Pour toujours, mon film préféré de Tim Burton.


Jess Slash'her