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[CRITIQUE] : Scènes de nuit


Réalisateur : Filipe Matzembacher et Marcio Reolon
Acteurs : Gabriel Faryas, Cirillo Luna, Henrique Barreira,...
Distributeur : Outplay Films
Budget : -
Genre : Thriller, Érotique, Drame.
Nationalité : Brésilien.
Durée : 1h59min.

Synopsis :
Un jeune acteur en vogue et un politicien ambitieux entament une liaison clandestine. Ensemble, ils explorent leur fétichisme pour les rapports sexuels dans les lieux publics, la nuit. À mesure qu’ils prennent davantage de risques lors de leurs escapades nocturnes, leur désir s’intensifie, menaçant de faire voler en éclats leur carrière et tout ce qu’ils ont construit.





Sous-genre gentiment populaire au cœur des années 80/90, bien aidé les papes Adrian Lyne, Paul Verhoeven et Brian De Palma, le thriller érotique s'est lentement mais sûrement éteint au virage des années 2000, époque où le cinéma Hollywoodien a amorcé son policage PG-esque en règle, quand bien même quelques irréductibles frondeurs ont tentés, sporadiquement il est vrai, d'en raviver ses cendres : Adrian Lyne encore une fois, Jane Campion, Atom Egoyan ou même le cinéaste brésilien Karim Aïnouz chez qui la notion de désir, plurielle et terreau de tous les possibles, a toujours été le moteur vibrant de son cinéma, que ce soit dans son approche stylistique ou même narrative (l'exemple le plus probant reste son perfectible mais prenant Motel Destino, adaptation (très) libre et singulière du facteur sonne toujours deux fois de James M. Cain, le désir ici de la chair non pas uniquement comme jouissance, mais comme une déclaration, une affirmation d'existence.


De faiseur de rêves brésilien et de désir, sous des coutures légèrement De Palma-esques dans sa manière de généreusement flirter avec le film noir, il en est totalement question avec Scènes de nuit du tandem de cinéastes Filipe Matzembacher et de Filipe Matzembacher et Marcio Reolon, drame érotico-analogique mâtiné de thriller et aux légers inserts oniriques, principalement noué autour de la romance - comme des tendances exhibitionnistes - secrète entre un aspirant comédien qui peine à percer, et un aspirant politicien qui cherche à briguer le poste de maire, totalement guidés par le désir.

Copyright Avante Films, Vulcana Cinema / Outplay Films


Si la narration dresse des pistes particulièrement fascinantes (la notion de représentation et de performance au détour d'un danseur qui voue sa vie pour la scène, et un amant qui se doit de jouer un rôle en public, pour préserver les apparences et ne pas nuir à sa carrière politique; tous empêchés de vivre librement et d'être eux-mêmes publiquement) sans forcément se donner la peine de réellement les approfondir (cette notion même d'exhibitionnisme, dont on ne sait pas si elle découle d'une passion brûlante pour le risque de se faire prendre, où la volonté justement consciente d'être pris sur le fait accompli, et de ne plus avoir à performer), c'est totalement dans sa mise en scène et son atmosphère que cette parabole psychosexuelle sous fond de déni de soi prend plus de sens, brouille plus clairement les pistes entre sincérité et artifice, avec une caméra à la fois voyeuriste et personnage à part entière (un troisième regard qui est celui extérieur que titille ses ébats nocturnes, comme celui approbateur que les personnage réclament à travers leurs " performances " professionnelles), au plus près des corps qu'elle sublime sans peine, entre ombre et lumière.

À défaut de donner suffisamment de substance dramatique à sa prose pourtant pertinente sur une identité queer à la liberté empêchée (ses personnages ne sont pas forcément mieux servis, malgré un solide tandem Gabriel Faryas/Cirillo Luna), Matzembacher et Reolon lui donnent une enveloppe léchée et chatoyante (une photographie aux teintes chaudes et sensuelles de Luciana Baseggio, couplée à un score enivrant de Thiago Pethit), quand bien même l'entreprise se délite mignon dans son dernier tiers.
La balade au naturalisme exacerbé, n'en reste pas moins prenante.


Jonathan Chevrier