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[CRITIQUE] : L’île de la demoiselle


Réalisateur : Micha Wald
Acteurs : Salomé Dewaels, Louis Peres, Candice Bouchet,...
Distributeur : The Jokers
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Belge, Français.
Durée : 1h41min.

Synopsis :
1542, Marguerite de la Rocque est promise à son oncle, vice-roi du Canada et commandant de l’expédition vers le Nouveau Monde. Elle fait la connaissance de Thomas d’Artois, un homme de l’équipage qui finit par abuser d'elle. Lorsque sa grossesse est découverte en pleine traversée, Marguerite est abandonnée sur une île déserte avec Thomas et sa servante. Isolés, ils vont devoir lutter contre les éléments, tandis que le désespoir et la folie menacent de les emporter...





L’histoire a cette fâcheuse tendance à se répéter sans qu’on n’apprenne réellement des erreurs du passé. Elle a aussi cette ironie de voir constamment des récits censés être effacés par le temps ressurgir, comme des signaux d’alarme des temps à venir, ce qui ne peut que nourrir la fiction par ces points de réponses à travers les siècles. L’île de la demoiselle rentre invariablement dans cette catégorie en racontant l’histoire vraie de Marguerite de la Rocque, jeune femme violée par un membre d’équipage alors qu’elle était en route vers son futur mari et condamnée par celui-ci à être exilée sur une île.

En mettant immédiatement en exergue la narration de la jeune héroïne alors que sa situation est jugée par un procès passéiste, le film de Micha Wald fait résonner les périodes, rappelant ces récits de femmes victimes obligées de justifier les violences qu’elles ont connues. Salomé Dewaels prend comme toujours à corps ce rôle avec cette sincérité de jeu qui la caractérise et donne vie à ce personnage tragique qui renvoie aux méfaits que connaissent les femmes depuis la nuit des temps. Elle constitue invariablement le cœur émotionnel d’un long-métrage solide et sa prestation se révèle incandescente tout en conservant ses nuances.

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Micha Wald, en amateur de récit de survie (il nous a déclaré dans notre interview son envie d’adapter Sa majesté des mouches), parvient à donner une vie à cette île déserte, ce sentiment de danger par un vide renvoyant à la menace humaine. La question religieuse et son imposition sur les corps s’amène comme une obligation permanente de contrôle ainsi qu’un objet de destruction, là où l’adversité de la situation se fait de plus en plus étouffante. La mise en scène se fait solide, se permettant à un moment un plan de naufrage digital pour accentuer le sentiment de noyade proche, tout en faisant résonner la modernité de ce récit de survie.

C’est ainsi que L’île de la demoiselle brûle de cette violence envers les femmes tout en offrant un personnage passionnant, une héroïne qui s’enflamme par une mise en scène maîtrisée et une Salomé Dewaels de haute valeur. Comme la marée renvoie des traces de la mer, l’histoire nous relance sur cette histoire d’impositions sur la femme tel un passé qui se répète en boucle et dont la fiction reste encore un signal d’alarme à écouter malgré tout.  


Liam Debruel