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[CRITIQUE] : L'Ultime Héritier


Réalisateur : John Patton Ford
Acteurs : Glen Powell, Margaret Qualley, Jessica Henwick, Ed Harris, Topher Grace, Bill Camp,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Britannique, Français, Américain.
Durée : 1h46min.

Synopsis :
Becket Redfellow n’a qu’une obsession : se venger de la famille richissime qui a renié sa mère, coupable d’être tombée enceinte trop jeune… et surtout d’un homme beaucoup trop fauché pour eux ! À la mort de sa mère, Becket décide d’exécuter son souhait : récupérer l’héritage qu’il estime lui revenir. Le problème ? Sept membres de la famille se dressent entre lui et cette fortune. Qu’à cela ne tienne : pour mener à bien son projet, Becket est prêt à les éliminer un par un… jusqu’au dernier.





À l'instar de sa camarade de jeu Sydney Sweeney (le triomphe de La Femme de Ménage et clairement l'arbre qui cache la forêt de vraies déconvenues, Christy en tête), sur le carton improbable Tout sauf toi, difficile de ne pas avouer que l'on commence gentiment mais sûrement à douter du statut potentiellement bankable d'un Glen Powell au demeurant talentueux et toujours - excessivement - demandé, alors que la plupart de ses récents efforts se sont gentiment bananés en salles (le Running Man d'Edgar Wright en tête), même si c'est moins une question de qualité intrinsèque (ça se discute pour le Wright, certes), que de réussite à séduire un public pourtant enclin à le suivre en salles.

Copyright Ilze Kitshoff / STUDIOCANAL SAS

How to make a Killing aka L'Ultime Héritier de John Patton Ford fait décemment partie de ses " bonnes " séances, fable satirico-Dickensienne/libre adaptation du Noblesse oblige de Robert Hamer contée à rebours, auprès d'une figure vengeresse en passe d'être exécutée, Redfellow, belle gueule volubile et gentiment opportuniste qui s'amuse à raconter l'enchaînement des événements qui l'ont conduit dans le couloir de la mort : le désir ardent de récupérer, après une exsitence pleine de revers, l'héritage qu'il estime lui avoir été volé à lui et à sa mère (chassée du cocon familial pour avoir refuser d'avorter, et qui transmet toute son amertume à la chair de sa chair), en liquidant tous les noms de la liste des héritiers qui le séparent des 28 milliards de dollars du milliardaire Whitelaw Redfellow, symbole à l'ancienne d'un rejeton de l'American Dream glacial et égoïste.

Du velours donc pour titiller gentiment la morale de son auditoire en le poussant à prendre le parti, non sans malaise, d'un tueur en série " attachant " qui voit le zigoullage de son prochain comme une corvée (dit prochain qui incarne une galerie d'archétypes savoureusement imbuvables/hypocrites), et dont le peu de sincérité se heurte de plus en plus à un monde à la cupidité dévorante (un sociopathie humain, mais qui ne vaut pas forcément plus que ceux qu'il prend pour cible), au coeur d'une narration omnisciente qui ne laisse aucune place au mystère mais cherche à s'amuser des ravages implacables de la causalité avec une désinvolture et une ironie mordante, élément essentiel qui vient tromper les limites d'un rythme un poil décousu comme de la redondance d'une structure épisodique.

Copyright Ilze Kitshoff / STUDIOCANAL SAS

L'aspect " film de petit malin " n'est évidemment jamais très loin, à l'image même d'un personnage qui a l'arrogance de croire pouvoir tenir les rênes de son histoire jusqu'au bout (et que sa quête d'un bonheur artificielle est légitime, même si totalement bâtie sur une question matérielle), d'autant que Patton Ford ne jongle pas toujours habilement entre la satire burlesque et tout en opulence des ultra-riches et le polar - légèrement - matiné de thriller au réalisme discutable, mais il sait intimement bien mener sa barque, entre une mise en scène aérienne (qui s'appuie sur une magnifique photographie de Todd Banhazl) et une direction d’acteurs assurée, pour que la balade se fasse ludique et un poil plus étoffée qu'elle n'en à l'air, dans sa prise en grippe d'une machine capitaliste prônant l'idée - consciemment - biaisée de la méritocratie, auprès d'une âme appelée à enchaîner les mauvais choix, pour embrasser une réussite éphémère.


Jonathan Chevrier