[CRITIQUE] : Les Filles du Ciel
Réalisatrice : Bérangère McNeese
Acteurs : Héloïse Volle, Shirel Nataf, Yowa-Angélys Tshikaya, Mona Berard,...
Distributeur : Memento
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Belge, Français.
Durée : 1h36min
Synopsis :
Héloïse n’a nulle part où aller. Elle fait la rencontre de Mallorie qui lui propose de l’héberger dans l’appartement qu’elle partage avec deux autres jeunes femmes. Héloïse va trouver là un nouveau foyer et une nouvelle famille. Mais leurs blessures passées menacent l’équilibre fragile entre ces femmes en apparence si solides.
Qu'on se le dise, même au coeur d'un septième art mondial qui n'a plus peur - et encore moins honte - de plonger tête la première dans la redite la plus grossière et paresseuse qui soit, certaines péloches nous démontrent, parfois, qu'il n'y a rien de fondamentalement désagréable à l'idée qu'une œuvre soit gentiment sous-influence et ne péte pas forcément dans la soie de l'originalité dans sa proposition (visuelle comme esthétique et narrative), tant que la plume - mais également la caméra - à l'ouvrage approfondit suffisamment ses personnages comme son histoire, pour que l'on puisse se laisser bercer par ce qu'ils•elle ont à nous raconter.
En ce sens, le premier effort pas exempts de quelques aspérités de la wannabe cinéaste belge Bérangère McNeese, Les Filles du Ciel, ne révolutionne absolument en rien la popote familière du récit initiatique à hauteur d'une jeunesse au féminin confrontée de plein fouet à la dureté d'un monde contemporain auquel personne n'est jamais véritablement préparé, mais c'est définitivement dans sa propension à capturer avec délicatesse et optimisme son parcours semé d'embûches, à aborder la fragilité comme la puissance du lien sororal sans jamais faire bifurquer son entreprise là où elle n'en a pas besoin, qui en fait l'une des chroniques d'émancipation les plus plaisantes à suivre de récente mémoire.
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| Copyright Kris Dewitte / Memento |
Partant d'un pitch volontairement ramassé (Héloïse, qui n’a strictement nulle part où aller, fait un soir la rencontre de Mallorie qui lui propose de l’héberger dans l’appartement qu’elle partage avec deux autres jeunes femmes, un foyer un temps de fortune qui va devenir in fine une famille de cœur indispensable), McNeese, forte d'une sensibilité à fleur de peau (sans pour autant loucher une seule seconde, du côté du cinéma de la papesse du spleen YA au féminin, Sofia Coppola), cherche intelligemment à conserver les personnalités dissemblables comme les élans de solidarités sincères, d'un petit groupe de femmes unies tout autant par les blessures du passé que par un art de la débrouille joliment exacerbé, dans son portrait touchant d'une petite communauté marginalo-sororale s'inventant un refuge bricolé et (légèrement) utopiste fonctionnant avec ses propres règles, pour venir tromper un temps la dureté de leur condition, à l'équilibre continuellement précaire et à l'autonomie presque chimérique.
Si les récits d'affirmation/construction de soi sont légion, et encore plus ces dernières années (tant mieux), rares sont ceux comme Les Filles du Ciel à être aussi vivant et franc dans sa manière de capturer les vicissitudes d'une jeunesse jamais idéalisée, à embrasser son enthousiasme comme ses tensions crues et ses excès chaotiques, quand bien même l'écriture n'est pas exempt d'un certain schématisme - voire même de quelques facilités discutables.
Du bel ouvrage, perfectible (notamment dans sa manière de ne pas loger toutes ses figures feminines sous la même enseigne, et d'en délaisser la moitié) et sous influence (coucou Andrea Arnold) mais lucide et admirablement dénué de tout sentimentalisme putassier, qui vaut décemment son pesant de pop-corn.
Jonathan Chevrier


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