[CRITIQUE] : Le Crime du 3ème étage
Réalisateur : Rémi Bezançon
Acteurs : Gilles Lellouche, Laetitia Casta, Guillaume Gallienne, Théo Augier,...
Distributeur : SND
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique, Policier.
Nationalité : Français.
Durée : 1h44min.
Synopsis :
Colette, professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre de Hitchcock, soupçonne son nouveau voisin d’en face d’avoir tué sa femme. Réalité ou déformation professionnelle ? Son mari, François, écrivain de romans historico-policiers un peu désuets, est d’abord sceptique face à l’obsession de Colette pour ce prétendu crime. Il se laisse cependant embarquer dans cette enquête rocambolesque, et, à mesure que les indices s’accumulent et que le mystère s’épaissit, ce couple ordinaire se transforme en duo de détectives hors pair. Alors, y a-t-il vraiment eu un crime au 3 e étage ?
On avait laissé le cinéma de Rémi Bezançon dans une sorte de zone de confort buddy moviesque et légère : Un coup de maître, à la fois sensiblement dans la veine de ses excellents Nos Futurs et Le Mystère Henri Pick, et dans l'ombre des tragi-comédies à l'Italienne des 60s, où le cinéaste tricotait une plongée comico-acérée au coeur du monde de l'art contemporain moderne et de son marché, au travers de l'amitié de deux âmes que tout oppose (et donc furieusement complémentaires), armé autant d'un humour complice et acide juste ce qu'il faut (mais qui ne reniait jamais pour autant, la gravité qui envahissait les bords de sa narration), que de belles réflexions plutôt bien abordées (sur l'état du marché de l'art actuel et de son conformisme consenti, la notion même de création aussi bien à travers le regard du créateur que de celui de ceux qui en font le commerce,...).
Le tout avec un tandem Vincent Macaigne/Bouli Lanners a l'alchimie folle.
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| Copyright Jerico Films - SND |
Plus audacieux - mais pas moins conventionnel, certes - se fait son nouvel effort, Le Crime du 3ème étage, engoncé entre entre le " rip-off mais pas trop " du Meurtre mystérieux à Manhattan de Woody Allen (où le mari éditeur se transforme ici en mari... écrivain) et la déclinaison romantico-méta du Fenêtre sur cour d'Hitchcock avec qui il dialogue d'une manière plutôt amusé, vissé au plus près de l'enquête rocambolesque d'un couple atypique à la routine beaucoup trop ronronnante (lui est, comme dit plus haut, un écrivain de romans historico-policiers, elle est une professeure de cinéma spécialisée dans l’œuvre... d'Alfred Hitchcock, " wink wink "), dont le pendant féminin soupçonne de manière gentiment obsessionnelle, leur nouveau voisin d'en face, comédien de théâtre, d'avoir zigouillé sa femme.
Réalité où fantasme ? Crime passionnel avéré où tentative désespéré de raviver la passion d'une union bouffée par sa monotonie ?
Sans trop de surprise, Bezançon choisit la carte de la prévisibilité au coeur d'un mystère dont la résolution a finalement moins d'importance que les jolies ficelles d'une narration qui joue ironiquement de ses références (dans ce qui s'avère moins un pastiche irrévérencieux qu'un hommage dévoué et fasciné à Hitchcock et son imposant édifice cinématographique, quitte à être même maladroit dans sa dévotion... coucou l'IA), tout autant qu'elle tisse les captivantes retrouvailles d'un mariage qui revit - joyeusement - grâce à la disparition d'autrui.
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Un poil plombé par un rythme sensiblement décousu (voire une mise en scène sans éclats, ce qui vient encore un peu plus nuire à un suspens déjà fragile) et un final manqué, mais porté autant par une légèreté salutaire que par la partition investie de Guillaume Gallienne, Gilles Lellouche et Laetitia Casta (qui offrent une prolongation amusée et amusante à leur union déjà désopilante dans la série La Flamme), Le Crime du 3ème étage ne casse pas trois pattes à un canard unijambiste mais roule gentiment sa bosse, entre la comédie méta-policière aux accents Scooby-Doo-esque et la comédie romantique sauce remariage qui, quelques mois après l'excellent Vie Privée de Rebecca Zlotowski, cite un peu moins franchement Meurtre mystérieux à Manhattan d'Allen.
Oui, la comédie française peut être hautement ludique même quand elle porte aussi explicitement ses références en bandoulière - et c'est tant mieux.
Jonathan Chevrier



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